Katanga:Des bouteilles d’eau chaude, couveuses de fortune

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Au Katanga, au sud-est de la RD Congo, peu de maternités ont des couveuses. De plus en plus de nouveau-nés prématurés sont gardés au chaud par de simples bouteilles remplies d’eau chaude. Leurs parents manquent d’argent pour les amener dans des hôpitaux mieux équipés. Une pratique assez courante, qui fait courir d’énormes risques aux familles. 

Il est 6 heures du matin au centre de santé Soins efficaces de Kigoma, un quartier populeux de la commune Kapemba, à Lubumbashi. Des cris de nouveau-nés et des va-et-vient du personnel médical déchirent le silence dans ce petit hôpital de la banlieue de la capitale de la province du Katanga, au sud-est de la RD Congo. Seule sous la véranda de la maternité, Maguy Ciela, 29 ans, chauffe de l’eau dans une marmite posée sur un brasier. Elle a accouché depuis neuf jours, de deux jumeaux au terme de sept mois de grossesse. « Il n’y a pas de couveuse ici, maugrée-t-elle. Les infirmiers m’ont obligée de garder en permanence des bouteilles d’eau chaude autour des côtes de mes enfants. »

Les bébés entourés de bouteilles sont couverts d’un simple linge en coton. La maman renouvelle cette eau chaude toutes les trois heures. « C’est la seule façon, m’ont-ils dit, de permettre aux kabishi (prématurés, Ndlr) de continuer à bénéficier de la chaleur qu’ils auraient du avoir s’ils étaient dans le ventre de leur mère. » Infirmière à Soins efficaces, Berthe Tshibola dit qu’il n’est pas possible de déterminer à l’avance le temps durant lequel les prématurés seront ainsi gardés, sous ces couveuses de fortune. « Tout dépend de la façon dont ils gagnent du poids…« , déclare-t-elle. 

Des risques énormes

La pratique est courante dans de nombreuses maternités de Lubumbashi et ses environs. Seuls, en effet, les hôpitaux de référence qu’on trouve dans presque toutes les communes de la ville et dans quelques cliniques privées, sont équipés en couveuses modernes. Mais le niveau de vie et surtout la mentalité des gens empêchent que certains s’y rendent pour mettre au chaud des bébés prématurés. A l’hôpital général de référence Jason Sendwe (public), il faut payer 1 000 Fc (1,08 $)/jour pour garder un prématuré sous couveuse. « L’enfant y est gardé de deux semaines à un mois, en fonction de son degré de prématurité« , explique Dr Tony Lubala Kasole, médecin responsable à l’unité de néonatologie.

Les femmes pauvres qui accouchent dans ce genre de maternités n’ont ainsi pas d’autre choix. « Même à notre époque, ce système existait« , reconnait Mélanie Kapinga, 68 ans, ex-accoucheuse à l’hôpital de référence de Kamalondo, aujourd’hui en retraite. Mais à ce système elle préfère, à défaut de couveuse moderne, celui qui consiste à placer l’enfant sur le ventre de sa mère. « Là, au moins, les risques (de brûlure, Ndlr) sont réduits« , confie-t-elle.

Le Dr Kasole prévient qu’il est, en effet, dangereux de recourir aux bouteilles d’eau chaude pour prendre soins des prématurés. Avec une telle pratique, « l’environnement de l’enfant n’est pas contrôlé en terme de température et le risque de brulure est permanent pour le nouveau-né« , explique-t-il. Aucun dispositif ne permet non plus d’éviter des infections au bébé. Dans ce cas, quand une femme accouche d’un prématuré dans une maternité, le mieux est de le transférer dans un hôpital « équipé d’un minimum vital«  pour le prendre en charge, conseille Lubala.

« Êtres vulnérables »

Comme l’explique ce médecin, dans les hôpitaux équipés, l’incubateur (couveuse) permet au bébé né avant les neufs mois d’une grossesse normale, de le « chauffer pour qu’il gagne du poids, car son système de thermorégulation n’est pas arrivé à maturité. Il lui permet aussi d’être isolé, parce que la plupart de ses fonctions vitales, également immatures, l’exposent aux risques d’infections permanentes à l’air libre« , surtout lorsque le milieu ne rempli pas de bonnes conditions d’hygiène.

En 2010, Osée Kongolo, qui a perdu dans ces conditions deux prématurés de 8 mois, quatre et six jours après leur naissance, prodigue ce conseil aux familles et aux professionnels de santé. « Aujourd’hui, il est important, dit-il, que les maternités dépourvues de couveuse veillent sur les conditions dans lesquelles elles gardent ces êtres vulnérables. »

Maurice Mulamba

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