Bas-Congo : à l’hôpital, les malades de l’ulcère de Buruli guérissent

Au Bas-Congo au sud-ouest de Kinshasa, les personnes souffrant de l’ulcère de Buruli vont de plus en plus souvent se faire soigner à l’hôpital, enfin convaincues qu’il ne s’agit pas d’un mauvais sort mais d’une maladie. Ceux qui viennent tôt guérissent parfaitement.

« Mbasu », le nom de l’Ulcère de Buruli au Bas-Congo, « une plaie qui laisse quelqu’un invalide » en kimanianga, une des variantes du Kikongo, la langue locale, est connu depuis 40 ans dans la région. Tout le monde a été longtemps convaincu qu’un mauvais sort était jeté sur les malades. Cette maladie est causée par un agent pathogène proche de la lèpre et de la tuberculose. Elle provoque une infection de la peau qui se détruit peu à peu tandis que se forment de douloureux ulcères surtout sur les jambes et les bras. Mais, depuis près de quatre ans, les patients sont nombreux à se rendre à l’Institut médical évangélique (IME) Kimpese à 145 km de Matadi. Cet hôpital protestant est la seule formation médicale congolaise spécialisée dans le traitement de l’ulcère de Buruli. M.P, un habitant de Songololo, territoire où la maladie est endémique, y est interné depuis deux mois. Sa plaie sur le bras s’est cicatrisée. Il est tout heureux d’avoir recouvré la santé.  » Heureusement que la maladie a été détectée à temps. Maintenant, c’est de l’histoire ancienne… », se réjouit-il.

Sensibilisation

A l’hôpital général de référence de Kinkanda à Matadi, ils sont aussi nombreux à aller se faire soigner. La plupart des patients proviennent de Mvuadu, un quartier pauvre de Matadi. Selon Freddy Mbongo, l’infirmier titulaire « le taux de patients qui guérissent est moindre car plusieurs arrivent tard à l’hôpital’’. Grâce à l’appui financier de l’Ong American leprosery mission (ALM), une équipe de l’Institut médical évangélique va de village en village dans les zones de santé de Nsona-Mpangu et de Kimpese. Elle y projette des films sur l’ulcère de Buruli et explique qu’il peut se soigner. « C’est grâce à la sensibilisation intense, au traitement des patients lors des campagnes et la décentralisation de la lutte que la mentalité change », explique Dr Désiré Imposo, coordonnateur du programme de lutte contre l’ulcère de Buruli. Le financement a permis de former plus de 100 personnes dont des médecins, infirmiers et relais communautaires sur la maladie, les stratégies de lutte et le traitement.
Pour soigner l’ulcère, le patient est mis sous antibiotiques (streptomycine, Mufamycine…) mais on a aussi recours à la chirurgie pour exciser les tissus gangrénés ou corriger les défauts cutanés et les déformations. « Au bout de deux mois le malade peut être guéri ». Ce sont les témoignages des personnes guéries qui balaient peu à peu l’idée de « mbasu ». Cependant « elle doit être détectée à temps », affirme Dr Imposo. Car lorsque le patient est pris en charge en retard, sa réadaptation est difficile et parfois il devient invalide. Plusieurs d’entre eux ont eu un membre amputé.

Frein à la lutte

Malgré ces progrès, de nombreux malades restent convaincus qu’ils ne peuvent être guéris que par des tradipraticiens. Ces derniers passent dans des médias pour proposer des traitements. Comme cette maman, non loin de l’IME. Dans sa maison, des malades attendent d’être soignés. Les patients paient entre 50 $ et 100 $. « Mon mari était dans un état critique, aujourd’hui, il va de mieux en mieux », affirme Henriette. Une autre femme affirme avoir « fait la volonté de mon mari. Il ne voulait pas de l’hôpital car pour lui cette maladie ne guérit que traditionnellement ». Autre frein à la lutte, les féticheurs. Ils n’hésitent pas à inviter la population à venir se procurer le « mbasu » en vue de le jeter à qui ils veulent.

Alphonse Nekwa Makwala

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