Les mésententes freinent l’essor du Bas-Congo

Les mésententes freinent l’essor du Bas-Congo
Membres de la société civile et partis politiques du Bas-Congo/Infobascongo

Membres de la société civile et partis politiques du Bas-Congo/Infobascongo

Politiciens et acteurs de la société civile du Bas-Congo sont minés par des querelles de pouvoir interminables. Par médias interposés, ils s’insultent. Grand perdant : le développement de la province.

 

 

« L’arrivée de certaines personnes à la tête de la province est comparable au retour de Django et de Zorro… Le Bas-Congo va connaître le pire avec cet homme… D’ailleurs, il n’écoute personne… », affirmait dernièrement un acteur de la société civile sur une télévision privée de Matadi. Au même moment, sur une autre chaîne concurrente, un autre ajoutait dans le même registre accusateur et diffamatoire : « Je suis prêt à citer les noms des politiciens de la province qui sortent avec des folles pour consolider leur pouvoir. J’ai toutes les preuves. »
Ces interventions sont devenues monnaie courante au Bas-Congo. Elles résument bien la guéguerre que se livre l’élite de la province. Ces dernières années, il est devenu difficile pour les invités qui interviennent dans les émissions radiotélévisées de s’exprimer sans se lancer des quolibets.

« Cohésion provinciale » mise à mal
L’arrivée de Jacques Mbadu comme nouveau gouverneur de province en janvier était perçue comme un signe d’espoir. Conciliateur, il prône localement la cohésion. Il a même réservé un ministère au titre prometteur : « Cohésion provinciale ». Mais, la division de l’élite a la peau dure. Chaque jour, les médias sont envahis par des politiciens, des habitants dressés par ces derniers, la société civile… qui s’insultent. Certains promettent même d’en venir aux mains.
Pour beaucoup, cette situation freine l’émergence du Bas-Congo. « L’émancipation implique nécessairement la cohésion entre les dirigeants. C’est regrettable que des politiciens et des acteurs de la société civile passent leur temps à s’insulter au lieu de travailler », regrette Didier Malonda, un jeune de Matadi, par ailleurs membre de la société civile. Faisant allusion au dernier Forum national de la société civile tenu à Kinshasa (du 17 au 20 juillet), il regrette que « la société civile du Bas-Congo, laminée par la course au pouvoir, s’y soit rendue en ordre dispersé. Pour quel résultat ? »
« Avec ces tensions, le Bas-Congo risque de connaître une grave crise. Cette province va perdre sa place de choix sur l’échiquier national », craint Frez Kitoko, un jeune de Matadi au chômage.

Frein au développement
En dépit de ses potentialités, le Bas-Congo voit en effet certains de ses projets restés inachevés. Les habitants attribuent ce retard au manque d’entente entre les dirigeants. « Ces conflits ne permettent pas de mettre en place un leadership capable de défendre les intérêts de la province au niveau national », regrette Hyppolite Mbuilu, un autre habitant de Matadi. « Kinshasa nous doit 40 % de recettes provinciales à titre de rétrocessions qui ne viennent toujours pas, remarque-t-il. Dans ce climat, il est difficile de faire un lobbying pour récupérer cet argent… »
Les habitants du Bas-Congo sont souvent considérés dans le pays comme des êtres honnêtes, pacifiques… « Un peuple modèle, remarque Thérèse Ntondele, une maman maraîchère, avant de poursuivre, à cause de cette mésentente, nous n’arrivons même pas à protéger et promouvoir nos valeurs culturelles ! Aucune stratégie n’est mise en place pour sauvegarder notre langue, le kikongo. Le peuple Kongo a perdu sa morale. Nous sommes fatigués d’entendre des insanités à longueur de journées ! »
« Je suis fortement étonné que nous soyons descendus aussi bas… Quand on a un problème avec quelqu’un, il faut chercher une médiation et non aller crier sa rage au micro ! C’est ce qui manque à nos autorités et aux acteurs de la société civile », se désole le pasteur Fidèle Muanda, secrétaire exécutif provincial de la Commission justice et paix sauvergarde de la création.
Député provincial du territoire de Songololo, François Nzamasumu préconise, lui, une trêve entre les acteurs politiques et ceux de la société civile : « Ce sont les supporters des équipes adverses qui se lancent des diatribes… Cela nous fait perdre du temps inutilement. Nous devons aller à l’essentiel : le développement de la province. »

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