RD Congo: retour à l’expéditeur des vieux véhicules

RD Congo:  retour à l’expéditeur des vieux véhicules

Appliquer la loi qui interdit l’importation des véhicules de plus de 10 ans, c’est ce que fait désormais le Bas-Congo où ceux-ci passent toujours frauduleusement en venant du Congo Brazza. Voici venu le temps de la répression….

 

Port de Matadi/Infobascongo

Port de Matadi/Infobascongo

Dans la cour du parquet général près la Cour d’appel de Matadi (chef-lieu du Bas-Congo sont garés des véhicules de toutes marques, allant de la voiture personnelle au bus de transport en commun. Une vingtaine en tout. Saisies aux postes frontaliers du territoire de Luozi, ces guimbardes, toutes vieilles de plus de 10 ans, attendent d’être réexportées ou d’aller à la casse, rapportent des sources au parquet général de Matadi. Ceci en application d’un décret du premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, signé le 2 octobre 2012, qui prévoyait qu’ »à partir du 2 décembre, tout véhicule d’occasion mis en circulation avant 2002 sera soit réexporté soit détruit au moment de son dédouanement aux frais du transitaire ou du transporteur pour limiter l’impact nuisible des véhicules polluant l’environnement ». Mais face à la grogne qu’avait suscitée cette mesure, le premier ministre avait reculé, accordant un moratoire de deux mois, du 17 avril au 17 juin 2013, après celui ayant fixé au 26 mars l’application de ce décret. « Ce délai supplémentaire devrait aider ceux qui avaient déjà commandé des véhicules avant le premier moratoire du gouvernement », avait expliqué le gouverneur du Bas-Congo, Jacques Mbadu.

 

 Voies détournées

 

Mais 8 mois plus tard, rien n’a changé, ces « caisses » interdites d’importation continuent d’entrer sur le sol congolais. Frauduleusement. « Le gouvernement a cru être plus malin que nous. Nous l’avons contourné en allant désormais dédouaner nos véhicules « occasion d’Europe » au port de Pointe-Noire au Congo-Brazzaville avant de les faire entrer au pays à partir des postes frontaliers du territoire de Luozi », déclare, sous anonymat, un importateur habitant Kinshasa. De nombreux, les Congolais en font autant. « J’étais allé dédouaner à peu de frais ma voiture d’occasion fin 2013 à Pointe-Noire. J’ai circulé avec là bas pendant près d’un mois avant de l’acheminer à Matadi via le poste frontalier de Mfininga dans le territoire de Luozi. Je roule avec régulièrement ici à Matadi et je n’ai jamais eu de démêlés avec la police », se réjouit un cadre d’une grande entreprise de la place.

 

Cette pratique est connue de tous dans la province du Bas-Congo. Selon Barthelemy Ngema, président de la société civile de Boma : « C’est dans la cité de Luozi que ces véhicules vieux de plus de dix ans, débarqués au port de Pointe-Noire, transitent en grand nombre ».. Très au fait du circuit, Ngema ajoute qu’ils traversent les frontières « avec la complicité des agents de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) et de l’Office congolais de contrôle (OCC) à qui ils remettent 1 000 $. par véhicule. Ces importateurs gagnent ensuite la cité de Luozi avec des nouvelles plaques d’immatriculation avant de prendre la direction de Kinshasa, de Matadi ou de Boma ». Plusieurs véhicules interdits d’accès au pays qui circulent aujourd’hui dans les grandes villes et cités du Bas-Congo voire à Kinshasa empruntent cet itinéraire. Mis au parfum, Thierry Malu Malu, commandant de la Police spéciale de roulage (PSR) qui contrôle toute la province du Bas-Congo, a dépêché ses éléments à Luozi, fin 2013. En un temps record, ses hommes ont saisi une dizaine de véhicules et les ont acheminés à Matadi où ils ont été mis en fourrière. « Après enquête, j’ai transmis tous les dossiers à la Brigade douanière… seule habilitée à statuer sur le sort de leurs propriétaires », fait-t-il savoir.     

 

 La loi est dure mais c’est la loi 

 

Pour le président des importateurs des véhicules en RDC, Freddy Nkumu, appliquer cette mesure portera un coup dur au transport en commun à Kinshasa. Il demande au gouvernement de baisser d’abord les frais de dédouanement des véhicules récents avant d’interdire les plus anciens. Freddy Nkumu estime que les frais douaniers en RDC sont les plus élevés de toute l’Afrique. « Une Rav4 d’occasion fabriquée en 1995 coûte entre 800 et 1000 euros. Mais pour l’importer, il faut payer 4 000 $ à la douane. La même marque fabriquée en 2004 et 2008 vendue à 4 000 euros doit payer 7 000 voire 8 000 $ à la douane congolaise ! », s’étonne-t-il. 

 

Pour le ministre de l’Economie nationale, Jean-Paul Nemoyato, « le gouvernement ne reviendra plus sur cette question de moratoire. La loi est dure mais c’est la loi. La RDC ne peut pas être une poubelle du monde où on doit déverser tous ces véhicules. Cette décision, même si elle est dure, elle a été prise pour essayer de renouveler le charroi automobile dans la ville de Kinshasa », se défend-t-il.

 

Dieudonné Muaka Dimbi

 

 

 

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