Bas-Congo : exaspérés d’être les laissés-pour-compte

Bas-Congo : exaspérés d’être les laissés-pour-compte

Marche des habitants de Mbanza-Ngungu/Infobascongo

Se sentant exclus du programme du gouvernement provincial et de plusieurs entreprises installées au Bas-Congo, un grand nombre de jeunes de cette province ne ratent pas une occasion de manifester leur dépit contre le pouvoir en place.

La veille de l’arrivée fin juillet à Matadi du Premier ministre Matata Ponyo, des jeunes ont arraché des banderoles et calicots qui lui souhaitaient la bienvenue et annonçaient la réhabilitation du stade de la ville. « Ce n’est que de la farce tout ça ! Depuis la campagne électorale, ces autorités nous disent la même chose ! », s’énerve un jeune de Nzanza, un quartier agité de Matadi.
Les jeunes, qui constituent plus de 68 % de la population du Bas-Congo, se disent marginalisés et déçus par les autorités après avoir placé leurs espoirs dans le gouvernement provincial qui leur avait promis dans son plan quinquennal en 2007 de créer beaucoup d’emplois pour eux. « Il nous avait promis de créer la classe moyenne et des emplois… Rien de tout cela n’a été fait », tonne Bénie Mata. Ce diplômé de l’Institut supérieur de commerce de Matadi vend des sacs de ciment dans un dépôt à Kinkanda. « Il faut que les autorités cessent de déconsidérer la jeunesse. Comment expliquer que des diplômés universitaires deviennent de petits cambistes de rue ou des vendeurs de cartes de téléphone ?, s’interroge Samy Diankenda, président du Conseil urbain des jeunes (CUJ). Il ne s’explique pas que depuis plus d’une année, la province manque de ministère de la jeunesse. N’est-ce pas un manque de considération pour cette catégorie ?’’.

Ras-le-bol
Toutes ces frustrations ont fini par développer un éveil de conscience et une antipathie à l’endroit des autorités de la province. Désormais, ces dernières se déplacent la peur au ventre et doivent dépenser beaucoup d’argent pour « maîtriser les jeunes qui ont souvent l’injure facile ». Dans certaines cités comme Mbanza-Ngungu, Luozi, Lemba, Muanda…les habitants n’hésitent pas à manifester bruyamment contre les symboles du pouvoir. Comme en juin dernier, plus de 7 000 personnes étaient descendues dans les rues de Mbanza-Ngungu pour réclamer le départ du procureur de la République, accusé de rançonner la population en demandant de fortes amendes.
« Que l’on vende la RDC et que l’on donne à chacun sa part pour qu’il en fasse ce qu’il veut », entend-on souvent de la bouche de jeunes pour marquer leur ras-le-bol. « Moi, j’ai décidé de me rendre en Angola. J’ai appris que là bas, les infirmiers ne chôment pas. Je pourrai ainsi vivre et gagner de l’argent », rêve Yvon Malonda, un infirmier qui a terminé ses études il y a deux ans.

Appel à la vigilance
Les entreprises locales qui faisaient vivre certains ont soit mis la clé sous la porte, soit tournent au ralenti. C’est le cas de la Cimenterie nationale de Kimpese, à 145 km de Matadi qui a, depuis plus de deux ans, mis au chômage 380 travailleurs. Pourtant, c’était l’une des entreprises du territoire de Songololo qui contribuaient tant soit peu à résorber le chômage. Conscientes de la colère de jeunes, les autorités cherchent à rectifier le tir. Le gouvernement provincial vient ainsi de décider la prise en charge de la scolarité de tous les élèves finalistes et de la première année de graduat dont les parents travaillaient dans cette cimenterie.
Ailleurs en province, trouver une place au sein des entreprises nationales installées au Bas-Congo (OCC, DGDA, etc) semble hors de portée des jeunes. La société civile dénonce souvent cet état de chose. « Il faut dépolitiser ces entreprises si nous voulons que les choses changent », recommande Didier Mambweni, vice-président de la société civile du Kongo central. S’attaquant à la majorité au pouvoir, qu’il accuse de se préoccuper de ses intérêts personnels, Fabrice Puela, député d’opposition, mobilise souvent les jeunes qu’il appelle à la vigilance. « Il faut user des prérogatives que vous donne la Constitution face au discours démagogique du pouvoir », enflamme-t-il les foules de jeunes. « Eux au moins (opposants, Ndlr) peuvent toucher le mal du doigt et aider à changer les choses », estime Madeleine Mumba, étudiante de l’Institut supérieur pédagogique de Mbanza-Ngungu.

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