Kisangani : Adultère, une loi à deux vitesses ?

Kisangani : Adultère, une loi à deux vitesses ?

la balance

symbole de la justice/Internet

(RCN J&D-InfoSud/Syfia/Mepad) En matière d’adultère, femmes et hommes ne sont pas égaux devant la Loi. Les premières ne peuvent poursuivre leurs maris que s’ils sont infidèles sous le toit conjugal. Les seconds, eux, sont libres de répudier ou divorcer « en toutes circonstances ». A Kisangani, des femmes demandent la révision de l’article 467 du Code de la Famille.

De plus en plus de femmes dénoncent, dans des conférences et ateliers sur leurs droits, le caractère selon elles discriminatoire de l’article 467 du Code de la Famille. « Il bloque la femme, car il réprime son adultère en toutes circonstances, tandis que chez l’homme, l’adultère n’est répréhensible que quand il revêt un ‘caractère injurieux’. C’est injuste ! Nous voulons qu’on revoie cet article« , a déclaré, en juillet dernier, Lucie Basonea, députée provinciale du district de Haut–Uélé (Province orientale) lors d’un atelier entre la société civile et les députées organisé par l’ONG Femmes d’affaires du Congo.

Selon cet article, l’homme ne peut en effet être puni que s’il a des rapports sexuels avec une autre femme que la sienne sous le toit conjugal : « Sera puni, du chef d’adultère, d’une peine de servitude pénale de six mois à un an et d’une amende de 20 à 1 000 $ (…), le mari qui aura eu des rapports sexuels avec une personne autre que son épouse, si l’adultère a été entouré de circonstances de nature à lui imprimer le caractère injurieux. » Pour l’épouse, la loi dit qu’elle peut être punie si elle a eu « des rapports sexuels avec une personne autre que son conjoint.« 

Les femmes pardonnent, les maris répudient

Seul l’époux ou l’épouse lésé peut porter plainte, pas une autre personne. Selon l’article 459 du Code de la Famille , tous deux « se doivent mutuellement fidélité, respect et affection« . Toutefois, dans les tribunaux, les hommes prétextent souvent l’adultère de leur femme pour demander le divorce. De leur coté, ces dernières ont du mal prouver l’infidélité de leurs maris, faute de preuves sous le toit conjugal…

Pourtant, selon elles, leurs maris vont dans des hôtels ou entretiennent des copines. Face à ce comportement, on note une préférence du législateur pour les arrangements à l’amiable plutôt que la peine de prison. L’article 462 du même Code dit ainsi : « Lorsque la coutume le prévoit, le Tribunal de paix peut, en cas de violation par l’un des époux de ses devoirs, ordonner à celui-ci l’accomplissement de rites coutumiers susceptibles de réparer la faute commise ou de resserrer les liens conjugaux ou d’alliance pourvu que ces rites soient conformes à l’ordre public et à la loi. »

Robert Smith Twayiru, un juriste, explique que le Code la Famille est très protecteur du mariage et de la stabilité du foyer. Selon lui, « il convient, dans certains cas, d’empêcher un procès, car la mise au grand jour des difficultés familiales et la condamnation de l’époux ne feront que dissoudre le foyer. » Soucieuses de l’équilibre de leurs familles, les femmes pardonnent plus facilement. « Mon mari m’a répudiée de sa maison parce qu’il m’a trouvée en train de bavarder avec son ami devant notre domicile, en pleine journée, explique Justine, larmes aux yeux. Rencontrée au domicile de son père, elle poursuit en sanglotant : Et pourtant, la semaine passée, je l’avais attrapé avec une autre femme dans notre lit, mais je lui avais pardonné… »

Pénalisées par la Loi et la culture

Les hommes profitent souvent de leur domination culturelle. « Mon épouse est obligée de me pardonner, car la société congolaise tolère la polygamie, pas la polyandrie (fait pour une femme d’avoir plusieurs époux en même temps, Ndlr) », observe un homme que cette injustice n’a pas l’air de déranger… Porter plainte contre son mari parait encore inadmissible et entraîne souvent le divorce. Et, si elle veut refaire sa vie et se remarier, la femme perd respect et honneur. « Il y a beaucoup d’abus à la cité, mais les épouses dénoncent peu, par peur de perdre leur mariage », observe maître Micheline Musenge, avocate. M. M., rencontrée à son domicile, explique d’un ton faible : « Je ne peux pas l’accuser en justice car, c’est mon mari, bien qu’il m’offense. Et puis, une fois qu’il sera en prison, personne ne s’occupera de mes enfants et moi… »

Selon maître Trésor Asimbo, avocate au barreau de Kisangani, il reste « difficile pour une femme de prouver l’adultère de son époux, car la loi la freine. Du coup, peu d’entre elles demandent le divorce. Elles préfèrent les cadeaux ». Dans la coutume, un homme répare en effet ainsi ses torts. Mais, aujourd’hui, l’adultère n’est pas seulement une « offense« , c’est aussi un vecteur de transmission d’infections sexuelles et du Sida. Face à ces fléaux, aucun cadeau ne peut empêcher de détruire irrémédiablement un foyer…

En attendant la révision de l’article 467 du Code de la Famille , doublement pénalisées par la Loi et par la culture, de nombreuses femmes, en dernier recours, s’en remettent la parole de Dieu pour rendre leurs maris fidèles. A tort ou à raison, celles dont les époux prient se disent moins inquiètes…

Maguy Libebele

2 Responses to "Kisangani : Adultère, une loi à deux vitesses ?"

  1. Jackson  18 juillet 2018 at 8:05

    Ce pour quoi y total discrimination de la part des femmes et même l’inegalité devant la loi. Car la femme est severement puni. Les femmes mettez vous ensemble et declarer pacifique tout haut pour que le legislateur revise l’article 467 du code précité

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  2. musa  4 mai 2017 at 2:45

    vous savez de part la physiologie de l’homme, généralement les hommes ne peuvent être que des infidèles. les femmes aussi doivent savoir les hommes sont très impulsifs, elles doivent être souvent disponibles pour satisfaire leur mari sexuellement. leur caprice peut être aussi a la base de cette infidélité. donc, je crois que le législateur congolais a bien réfléchit. observons le couple dont on présume que la fidélité existe , nous verrons que la femme est habille sexuellement.

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