La parole à Théophile Selubanzi, l’incorruptible

La parole à Théophile Selubanzi, l’incorruptible

Théophile Selubanzi,chef de centre de l'OCC Lukala/Infobascongo

Théophile Selubanzi,chef d’agence de Lukala, à 157 Km de Matadi, à l’ouest de la RD Congo, reste intransigeant et détruit les produits impropres à la consommation interceptés par la douane. Un incorruptible primé par des associations de journalistes.

Syfia Grands Lacs : Monsieur Théophile Selubanzi, vous êtes le chef d’agence de l’OCC Lukala. Quel rôle joue votre office ?
Théophile Selubanzi : Nous sommes chargés de contrôler la conformité des produits à l’exportation et importation dans les cinq postes frontières que partage la RDC avec l’Angola et la République du Congo. Nous couvrons deux des trois districts du Bas-Congo. A Lukula comme partout ailleurs en RDC, nos agences jouent le rôle de tamis pour le pays. Nous empêchons que des produits périmés ou impropres à la consommation ne soient mis sur le marché.

SGL : Beaucoup de gens parlent de vous comme un homme incorruptible. Qu’est-ce qui vous motive ?
T.S . : En tant que responsable de l’OCC, j’ai la vie de milliers de gens à ma charge. Je dois user du pouvoir légal conféré par ma hiérarchie pour les épargner. La corruption est non seulement une gangrène pour la RDC mais pour toute l’Afrique et surtout les pays sous-développés. Je me dis que je peux percevoir de l’argent des opérateurs économiques pour m’acheter des véhicules, des maisons au détriment des populations. Mais qu’est-ce que cela va changer dans ma vie ? J’ai besoin d’argent mais pas d’argent sale. C’est un problème de conscience et de défense des valeurs.

SGL : Comment faites-vous pour ne pas être corruptible ?
T.S : J’ai 30 ans de service. Je connais bien l’office. Quand je suis arrivé à Lukala, j’ai inculqué la nouvelle vision basée sur l’intégrité aux agents, particulièrement aux inspecteurs aux frontières. Je les réunis régulièrement et les forme. Je leur demande de protéger leur carrière, en évitant la corruption et donc de protéger la population.

SGL : Etre incorruptible, c’est s’attirer des ennuis. En êtes-vous victime ?
T.S : Les pressions sont permanentes. Elles proviennent tantôt des opérateurs économiques qui ne veulent pas que leurs marchandises avariées soient détruites. Ils font appel à des agents de sécurité voire à des ministres pour intervenir pour eux. Dernièrement, j’ai reçu des menaces de deux colonels. Un jour ma jeep a même été interceptée dans un village. Mais, je ne cède pas. Je leur fais savoir que nous devons éviter aux habitants des produits impropres à la consommation.
Fin octobre, lors de la dernière saisie (250 tonnes de farine de blé et 97 sacs de haricots avariés interceptés par nos inspecteurs à la frontière angolaise de Lufu), le parquet de Songololo a décidé une contre expertise. Elle a été faite hors norme. J’ai décrié cela et heureusement, le procureur général l’a dessaisi du dossier en le confiant au parquet de Mbanza-Ngungu. Je suis content que même à ce niveau le procureur ait tenu bon malgré les pressions.

SGL : Ce travail que vous réalisez en harmonie avec vos agents vous procure-t-il des recettes ?
T.S : Oui, le travail de contrôle génère des recettes que nous gérons avec méthode. Ce qui nous a permis de nous autofinancer à 50%. C’est ainsi que deux mois après ma prise de fonction, j’ai doté l’OCC/Lukala de son propre siège, mettant ainsi fin à 22 ans de location. C’est le Président du conseil d’administration en personne qui nous a remis le certificat d’enregistrement de notre siège. J’ai aussi remis aux inspecteurs des motos pour faciliter leur déplacement sur les frontières, acheté une jeep pour l’agence…, apuré l’arriéré de salaire des agents.

SGL : Que pense votre hiérarchie ainsi que la population du travail que vous abattez ?
T.S : Ma hiérarchie me félicite. Le conseil d’administration et le comité de gestion sont venus me féliciter. Ils ont d’ailleurs adressé une lettre à l’OCC/Lukala pour nous encourager. La recommandation est que cette lettre soit affichée dans toutes les agences du pays pour qu’elle serve d’exemple. Cette confiance placée en nous ne doit en aucun cas être trahie….
Je reçois aussi le soutien d’autres opérateurs économiques qui nous félicitent. Enfin, deux structures des journalistes m’ont déjà primé. C’est encourageant.

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