Bas-Congo : Bravant les préjugés, des jeunes femmes habitent seules

De plus en plus de jeunes femmes du Bas-Congo veulent leur indépendance. Elles quittent leurs parents pour louer leur propre maison. Pas facile cependant car celles qui vivent seules sont généralement assimilées à des prostituées…

A trente trois ans, une avocate au barreau de Matadi a finalement réussi à quitter le toit paternel pour louer, seule, une maison à Kinkanda, une commune de Matadi, chef-lieu du Bas-Congo. Célibataire, issue d’une famille aisée, ses parents n’avaient jamais voulu la voir partir. “Je voulais être indépendante, mener ma vie comme je l’entends. Je suis adulte”, explique-t-elle. Me Cherine Luzayisu, une autre avocate, s’est aussi finalement dérobée au joug de ses parents. La trentaine révolue, elle vit depuis quelques mois chez elle avec son fils et sa cousine. “La femme en Afrique si elle n’est pas sous l’autorité des parents, elle est sous celle de son mari. Nous sommes considérées comme des êtres à surveiller même quand nous avons trente ans. Or, nous avons besoin de notre liberté et nous pouvons la vivre sans un homme”, argumente-t-elle.
Elles sont de plus en plus nombreuses à partager cet avis déjà en vogue chez les jeunes femmes de leur génération à Kinshasa, capitale du pays, très proche du Bas-Congo. “A mon âge (35 ans), je devais tout faire pour rentrer avant 22h à la maison sinon, je trouvais la porte fermée. Ce n’est pas normal. En plus, je ne mange pas à mon goût et la famille pense que je ne manque pas d’argent”, avance une femme médecin qui habite désormais chez elle.

Marcher à contre courant
Ces femmes dont l’âge varie entre 25 ans et 40 ans nagent ainsi presqu’à contre courant. Car au Bas-Congo, une jeune femme qui loue seule une maison était jusqu’à présent considérée comme une prostituée. Et les hommes avaient peur de la prendre en mariage. Même des bailleurs refusaient souvent de leur louer leurs maisons, les considérant comme des prostituées. “Avec notre culture, ce n’est pas compréhensible qu’une jeune femme occupe seule une maison. Elle va la transformer en maison de passe parce que la plupart d’entres elles sont des prostituées”, raconte Madeleine Nsiawete, une bailleresse de Kitomesa à Matadi qui n’a jamais accepté une femme comme locataire chez elle.
“Je ne vois pas pourquoi refuser à ces filles mes studios. Je sais qu’elles me payeront parce qu’elles ont un travail, elles sont épanouies, respectables et responsables. Ma fille qui est en Afrique du Sud habite seule. Il faut que chez nous aussi la mentalité change”, défend de son côté Marie-Louise Vangu qui voit les choses autrement. Quatre de ses cinq studios à Boma sont ainsi occupés par de jeunes femmes.
Bien que sorties du toit parental, ces filles restent attachées à leurs familles. “Je scolarise mes cousines et mes oncles me demandent de les soutenir, avoue Bijou Ndenga de la Direction générale des douanes et accises. Or, autrefois, sa famille ne pouvait pas demander de l’argent à une femme qui vivait seule. Car dans la mentalité du milieu, c’est de l’argent de la débauche, puisque seule, elle était forcément prostituée. “Je ne suis pas mariée mais je suis très heureuse. La femme peut s’épanouir seule sans être mariée ni prostituée”, tranche Me Cherine.
“Autre temps autres mœurs, dit-on. Autant je laisse mes garçons s’épanouir, autant j’ai laissé ma fille partir. Ma femme et moi, lui demandons tout simplement d’être sage”, répond Albert Sekula, un enseignant de Matadi qui n’a rien objecté lorsque sa fille, majeure, a sollicité d’aller faire sa vie seule. Cet enseignant fait figure d’exception. En la matière, beaucoup de parents sont restés conservateurs. Pour Martin Matundu “laisser ma fille louer seule une maison, c’est amoindrir ses chances de mariage”.

Alphonse Nekwa Makwala(Syfia Grands Lacs)

Leave a Reply

Your email address will not be published.