Bas-Congo : la vérité des prix profite aux agriculteurs

Bas-Congo : la vérité des prix profite aux agriculteurs

Journalistes-enquêteurs sur le terrain, affichages dans les marchés, émissions radios, suppression d’intermédiaires…. Informés sur le juste prix de leurs produits, les paysans du Bas-Congo gagnent mieux leur vie.

Photo/Radio okapi

Photo/Radio okapi

« Je me décourageais… Pour moi, l’agriculture ne nourrissait pas son homme. Maintenant, je me sens à l’aise. J’envisage d’ailleurs de faire un champ beaucoup plus grand », lance, décidé, Martine Kilende, une agricultrice du territoire de Mbanza-Ngungu. Ce matin de fin juin, cette veuve vend allègrement les produits de son champ au marché de Loma dans la cité de Mbanza-Ngungu, à 200 km de Matadi. Elle vient d’écouler un sac de cossettes de manioc à 29 000 Fc (plus de 30 $). Autrefois, elle l’aurait vendu bien moins cher.
La même joie se lit sur le visage d’Adelard Mabiala, un agriculteur de Lukula qui vend ses haricots au marché de Dinalo à Boma, la deuxième ville du Bas-Congo : « Cultiver n’est pas facile. Si nous pouvons aujourd’hui bénéficier du fruit de notre travail, c’est encourageant ! » Les agriculteurs reprennent désormais confiance, depuis qu’il y a trois mois, les prix des produits agricoles dans les principaux marchés du Bas-Congo, de Bandundu et de Kinshasa n’échappent plus à leur contrôle. Auparavant, ils s’y rendaient sans connaître la réalité du marché et étaient surpris de vendre souvent à perte.

Valorisés et informés
A l’origine de cette embellie, un programme mis en place par « Programme food production processing and marketing (Fppm) » appuyé par l’Usaid, encadre les agriculteurs et les aide à obtenir toutes les informations économiques indispensables qui entrent en compte dans la structure des prix et rentabiliser ainsi leur travail. « Nous nous battons pour valoriser le travail des agriculteurs. Ailleurs, ce sont eux qui engrangent des millions de dollars », explique Damas Kava, coordonnateur provincial du projet. Nombreux sont surpris quand nous leur demandons de prendre en compte (dans le calcul de leur prix de vente au consommateur, Ndlr) l’énergie physique qu’ils dépensent quand ils travaillent la terre. »
Grâce aux radios communautaires mises à contribution, des journalistes-enquêteurs récoltent les informations sur les prix des produits dans les principaux marchés environnants et les portent à la connaissance des agriculteurs. Trois fois par semaine, ils prélèvent ainsi les données des principaux produits tels que le manioc, le maïs et les légumineuses (niébé, arachide, haricot et soja). A l’aide des fiches, ils mentionnent à côté de chaque produit sa provenance, le coût de transport, les taxes, les frais d’entreposage, de manutention, le prix de vente aux marchés de Matadi, Boma, Bandundu ou Kinshasa, etc. Bref, tous les frais qui doivent être pris en compte pour bien commercialiser une marchandise.
A la fin, les journalistes diffusent toutes ces informations dans leurs médias. Au Bas-Congo, elles sont diffusées dans les 32 radios communautaires. Luzin Luzima, journaliste à la radio Ntemo de Mbanza-Ngungu, remplissant sa fiche ce jeudi de juin, lance : « Je suis en retard pour la diffusion et les gens s’inquiètent déjà. C’est devenu une passion que de les aider à connaître les prix sur les marchés. » Enthousiaste, Amadou Nzinga, un agriculteur de Seke-banza à 80 km de Matadi, affirme qu’il ne rate jamais « le journal et les émissions sur la vérité des prix, car ils lui permettent de choisir le marché à retenir pour écouler les produits de manière rentable. »

Moins d’intermédiaires
Ce n’est pas tout. Des tableaux d’affichage des prix sont aussi placés dans différents marchés. Ce qui permet aux agriculteurs d’être toujours à la page. Outre les producteurs, les commerçants et les ménages y trouvent aussi leur compte. « Je reste attentive à l’émission sur la vérité des prix. Dès que je comprends qu’il y a rareté d’un produit au Bas-Congo, je calcule et cela me permet d’aller vite m’en procurer au Bandundu pour revendre, surtout que la route est bonne », se réjouit une commerçante. Les acheteurs sont, eux aussi, contents. « La stabilité des prix nous permet de bien élaborer nos maigres budgets domestiques. Surtout que ces produits agricoles sont ceux que nous consommons régulièrement », reconnaît Mamie Fundani, une habitante de Kinshasa.
Cependant, cette uniformisation des prix sur les marchés ne fait pas que des heureux. Elle est en effet en train de faire disparaître les intermédiaires connues dans la région sous le nom de « mamans manœuvres ». Célèbres, ces femmes jouaient aux  »entremetteuses » entre les agriculteurs et le marché et spéculaient souvent sur les prix. « Ne vous étonnez pas de la misère de nos paysans. Ils produisent, mais sont généralement exploités par ces  »mamans manœuvres », dénonçait  Mgr Fidèle Nsielele, évêque du diocèse de Kisantu. « Nous ne voulons pas du tout de ceux qui tirent profit du travail des paysans. Notre devise est claire : ne touche pas à mon paysan ! », conclut Damas Kava.

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