Matadi : Mamie Basilua, agricultrice dynamique

Matadi : Mamie Basilua, agricultrice dynamique
Mamie Basilua Mahungu/Infobascongo

Mamie Basilua Mahungu/Infobascongo

Quand on parle des femmes au Bas-Congo, on pense aussitôt à Mamie Basilua Mahungu. Cette agricultrice de 52 ans cultive et transforme localement divers produits qu’elle vend même en dehors de la RDC.

 

Sur les hauteurs de Soyo III, dans la commune de Matadi, avec vue panoramique sur le majestueux fleuve Congo, vit Mamie Basilua Mahungu. Mariée et mère de six enfants, cette femme de 52 ans a de l’énergie à vendre et à revendre. Dans sa « salle de transformation », un bâtiment de plusieurs pièces, trônent sur une paillasse des milliers de bouteilles de vin de gingembre et d’oseille. « Je suis envahie d’appels de commerçants de Cabinda. C’est une forte commande, je me bats pour l’honorer », dit-elle, souriante.
Alors qu’une bouteille (33 cl) de ses vins se vend sur place à 1,1 $, elle coûte le double à Cabinda, la province angolaise proche de Matadi. Depuis que les Angolais ont découvert ces vins lors de la foire internationale de Cabinda en mai, elle a arraché une commande de plus de 7 000 bouteilles ! « Je n’imaginais pas que nos produits locaux seraient valorisés à ce point ! », se réjouit-elle. C’est après des études en ligne au Centre Songhaï au Bénin qu’elle a appris à préparer ses jus. Elle conserve aussi le vin de palme local et le fumbwa (gnetum africanum), un légume très prisé.
Mais, l’activité principale de Mamie Basilua est la culture du manioc. La saison passée, elle a emblavé 50 ha à Kwakwa, à 40 km de Matadi. Sur place, elle le transforme en micro-cossettes et produit un fufu d’excellente qualité. La farine obtenue permet aussi de fabriquer des beignets, gâteaux, chips, crêpes, biscuits, pains, galettes, etc.

L’union fait la force
Ce travail, elle le réalise en compagnie de veuves et de filles-mères. « Les jeunes filles de ce village sont presque toutes mères… Elles vivent péniblement, seules avec les enfants « , raconte-t-elle. Depuis 2003, elle fait défricher les champs pour elles, leur donne des boutures de manioc et partage avec elles la récolte. « J’avais été violée. N’eût été cette maman, je ne sais pas ce que je serais devenue… Aujourd’hui, j’ai de quoi scolariser mes deux petits-fils », témoigne une veuve. Espoir, 21 ans, ex-enfant de la rue à Matadi, ne sait pas, elle non plus, comment remercier « Maman » : « Elle m’a récupérée. Aujourd’hui, j’ai appris un métier, je me sens utile et valorisée ».
Ces derniers jours, « Maman », alias Mamie Basilua, forme des femmes et même des hommes à transformer divers produits agricoles. « Je veux que nous soyons nombreux pour constituer une force ! » Elle a d’ailleurs inscrit deux de ses fils à l’université en agroalimentaire. Reconnue pour son travail, elle a plusieurs partenaires nationaux et internationaux, dont Harvest plus. Ce projet de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), basé à Ibadan au Nigéria vise à multiplier le manioc jaune, riche en provitamine A pour lutter contre la malnutrition. Elle voyage à travers le monde pour apprendre et partager son expérience (Thaïlande, Malaisie, Dubaï, Togo, Nigeria, Sénégal, etc.).
Au Burundi, elle a été captivée par le travail de Maman Marie, une femme qui œuvre dans l’agroalimentaire et emploie 50 personnes. Mamie Basilua ambitionne de « devenir comme elle. Mais, il faut le soutien du gouvernement, car cette femme est soutenue. » En attendant, le dynamisme de notre agricultrice du Bas-Congo semble intact.

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