Lubumbashi: tatouages et piercings : une mode très risquée

Lubumbashi: tatouages et piercings : une mode très risquée

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Le tatouage et le piercing sont à la mode chez les jeunes de Lubumbashi, au sud de la RDC, où des dizaines de salons de beauté proposent ce service. Mais les conditions hygiéniques peu sûres et les produits utilisés ne sont pas sans danger et peuvent transmettre des maladies.

Tatouages et piercings de Lil Wayne/photo Internet

Tatouages et piercings de Lil Wayne/photo Internet

A l’entrée du salon de coiffure « Chemin de fer » au marché M’zée de Lubumbashi,  Tina, 25 ans, attend son amie qui se fait faire ce weekend d’août un tatouage à l’avant-bras. Assise sur une banquette, elle brandit fièrement le dessin d’une fleur à l’encre verte sur sa peau claire. « C’est vraiment beau et attrayant », commente-t-elle. Une publicité qui réjouit les responsables du salon. « Ceux qui connaissent la qualité de notre travail nous emmènent  d’autres clients », se félicite l’un d’eux, Junior Mayele, portant un piercing à l’oreille.
La dizaine de travailleurs de ce salon portent tous des piercings sur différents endroits du corps : nez, lèvres, arcades sourcilières… Ils arborent aussi pour les femmes, des tatouages multicolores représentant des fleurs, étoiles, initiales des noms… tandis que les hommes, eux, ont des dessins d’animaux.
Toute l’attention de Mayele est portée sur ce qu’il doit produire sur l’avant-bras de Marceline sa cliente : une jolie fleur. A l’aide d’une aiguille fine à la pointe de sa machine de tatouage, il perfore avec délicatesse la peau de sa cliente. En passant, cette aiguille injecte au même moment des pigments de couleur verte pour un tatouage indélébile. « Fais-le comme chez Tina », insiste-t-elle. Pour ne pas sentir la douleur, Marceline a exigé une anesthésie locale, mais d’autres clients préfèrent parfois s’enivrer pour ne rien sentir.

Beauté ou piège ? 
Ces deux dernières années, plusieurs dizaines de salons de beauté se sont montés à Lubumbashi, proposant entre autres services le tatouage et le piercing des parties du corps. Au faite de la mode, de nombreux jeunes Lushois les fréquentent. Avec 10 $, ils peuvent s’offrir un tatouage d’une durée de vie d’un mois ou pour trois fois plus cher un tatouage indélébile. Le piercing, lui, se facture à 15 $. Aux clients qui préfèrent se faire tatouer ou percer les parties intimes, les esthéticiens demandent jusqu’à 200 $.
Elise Nawej qui porte pareil tatouage jure qu’elle continuera à l’aimer jusqu’à la fin de sa vie. Pour cette dame d’une trentaine d’années, ce tatouage lui rappelle tant de  souvenirs de la jeunesse.  « Il est inscrit les initiales des noms de mon ancien amant sur mes parties intimes », souligne-t-elle.  Mais ce n’est pas le cas de cet homme. Devenu responsable dans une entreprise, il lui est difficile aujourd’hui de porter des chemises à manches courtes pour ne pas laisser voir les dessins des dragons qu’il porte sur son corps. Il estime qu’il s’agit des erreurs que l’on commet dans la jeunesse en imitant les stars sans voir les conséquences plus tard. « Mes enfants me demandent souvent ce que c’est que ces marques de dragon sur mon corps. Je suis gêné de leur répondre », regrette-t-il. Il dit avoir tenté sans succès de se débarrasser des tatouages indélébiles qu’il porte. Mais le coût de la chirurgie esthétique est loin au-delà de ses moyens.
Martine Minga ne comprend pas elle ce qui pousse les jeunes à détruire leur peau. « De notre temps nous n’avons pas connu pareilles pratiques. Il faut que nos enfants reviennent au bon sens car les dangers qu’ils courent sont importants », conseille cette mère, la cinquantaine révolue.

Risque pour la santé
En fait de danger, « l’ordre national des dermatologues a déjà lancé un message d’alerte pour prévenir les populations du danger qu’elles courent en se livrant au tatouage, piercing… », souligne docteur Richard Mulamba. La plupart de ces cliniques de beauté ne sont véritablement contrôlées par aucun service de l’Etat pour s’assurer que les normes sanitaires sont bien respectées. Pourtant, poursuit Mulamba, l’encre qu’elles utilisent pour le tatouage peut être cancérigène. Elle contient des métaux lourds tels le manganèse et le cuivre. Il en est de même des aiguilles mal stérilisées qui peuvent transmettre des microbes. « Ceux qui se livrent à ces pratiques s’exposent à plusieurs maladies comme les hépatites B et C, le VIH/Sida… ». Les rares agents du Service urbain de l’environnement qui font des rondes se limitent à toucher quelques billets de Francs congolais, sans plus. « Ils font de la tracasserie inutilement, pourtant nous avons les autorisations d’ouverture de la division provinciale de petites et moyennes entreprises et nous payons chaque mois les taxes », se justifie Chadrack Muela, employé d’un salon de beauté.
                                                                                                        Maurice Mulamba

 

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