Bas-Congo:de fausses factures pour justifier les fonds perçus

Lorsque vous recevez des fonds pour mener un projet, il vous est demandé de « justifier » vos dépenses, c’est-à-dire produire des factures et reçus correspondant aux montants effectivement dépensés. Un peu partout ces justificatifs donnent lieu à un trafic de fausses factures dont tout le monde est complice. Ainsi au Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, des structures financées par des bailleurs de fonds et des agences du système des Nations-Unies demandent à leurs prestataires de leur faire des factures avec des montants supérieurs à ce qu’elles ont payé… et se mettent dans la poche la différence. Par crainte de perdre des parts de marché, rares sont les prestataires qui disent non à cette pratique.

Fin novembre, ‘est tenu une évaluation de la coopération RDC-Unicef à Matadi. Le rapport de la revue semestrielle 2013 était très net. : « Le Bas-Congo fait partie des mauvais élèves du pays en matière de justificatifs ». « La province justifie en retard ou mal les fonds qu’il reçoit de l’Unicef », déclare le chef de bureau de cette agence onusienne. Conséquence : la province n’a touché que 4 des 17 millions de dollars prévus. « Nous chercherons à connaître ces prestataires pour améliorer la situation’’, promet Thérèse Mambu, ministre de la Santé.

Ceux qui font le travail sont aussi grugés. Pour avoir fait un reportage pour le compte d’une structure étrangère, un journaliste de Matadi a perçu 30 $. Mais il lui a été demandé de produire une facture de 50 $.  « Si je ne signe pas, prochainement, il ne m’appellera plus pour couvrir ses activités et donc, je n’aurai rien », se justifie ce journaliste qui a fini par signer comme lui demandait l’Ong. Ces pratiques ne sont guère dénoncés ce qui entretient le système.

 Ce matin de décembre, une association est à la recherche de justificatifs auprès des médias qui ont diffusé des informations sur l’activité qu’elle vient de tenir. A chacun elle a demandé de fausses factures. Ainsi à la Radio télévision nationale congolaise, station provinciale où elle n’a rien payé.. Un des responsables des finances a refusé de lui donner une facture. A Horeb TV où elle avait payé 100 $, elle veut des justificatifs pour 200 $. Rappy Kalulu, le responsable de cette chaîne a, lui aussi, refusé. A www.infobascongo.net, le responsable de ce média en ligne n’accepte pas lui non plus ce genre d’arrangement. « Nous sommes déjà des médias pauvres. Pourquoi enrichir des gens qui trichent », se demande Dieuleveut Nsongo. Je préfère ne rien gagner que d’agir ainsi ». « Le faire, prévient Me Sandrine Mbele, c’est de la corruption et c’est punissable par la loi ».

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