Interview : LA PAROLE AU PROFESSEUR GERMAIN KUNA : ‘’La sécurité humaine au Kongo Central est préoccupante’’

Interview : LA PAROLE AU PROFESSEUR GERMAIN KUNA : ‘’La sécurité humaine au Kongo Central est préoccupante’’

La viabilisation de la lutte contre l’insécurité, le leadership fort au Kongo Central et la croissance provinciale sont les remèdes que propose Germain Kuna pour lutter contre l’insécurité au Kongo Central. C’est ce que cet ancien conseiller en communication du gouverneur Simon Mbatshi (de 2007 à 2012) a proposé dans sa thèse défendue avec mention grande distinction à l’université de Kinshasa.
Infobascongo (IBC) : La sécurité humaine dans le Kongo Central : étude stratégique et prospective néo-réaliste, c’est le thème de votre thèse que vous avez défendu avec brio. Qu’est-ce qui a motivé le choix de ce thème ?

Germain Kuna(GK) : Tu sais lorsqu’on fait une recherche doctorale, il y a une exigence fondamentale, celle de savoir à quel niveau se situe les débats sur le plan universel par rapport au thème qu’on exploite. Alors, le thème que j’ai exploité est relatif à la sécurité humaine. C’est un concept qui existe depuis 1994 mais récupéré par les scientifiques en 2008. Et dans notre pays, personne n’a jamais mené une étude sur la sécurité humaine. En 2008 lorsque j’ai commencé mes recherches doctorales, après mon séjour de recherche pratiquement à Paris et à Bruxelles, c’est en ce moment-là que j’ai senti l’intérêt justement de mener les recherches sur la sécurité humaine. Et dès lors il fallait allier à la théorie qui est la sécurocratologie, la dimension empirique. Et quand on parle de la dimension empirique, il faut chercher un champ expérimental de votre thème. J’ai choisi comme champ expérimental la province du Kongo Central. Trois raisons m’ont poussé à choisir ce terrain de recherche. D’abord en tant que tout espace socio-politique,cette province n’est pas à l’abri des problèmes de la sécurité humaine. Tels qu’ils se posent au Kongo Central,ils ont une certaine spécificité. Et enfin, puisque c’est un concept méconnu au niveau de la province. Alors en alliant ces trois raisons, j’ai estimé que c’est un terrain fertile, vierge où on pouvait mener facilement ce genre d’étude.
IBC : En quoi est-ce que ce thème est important ?
G.K : Le thème est si important dans la mesure où nous passons de la conception statocratique de la sécurité vers la conception humanocratique. C’est-à-dire on voudrait, c’est le débat scientifique, que l’Etat ne soit plus l’objet de la sécurité mais que ça soit l’homme. En ce moment-là, on parle de la privatisation de sécurité. En d’autres termes, on voudrait ôter à l’Etat le rôle de la sécurité. C’est-à-dire la sécurité des personnes et des biens, des prisons devrait être confiées aux privés. Or, quand vous réfléchissez très bien et vous prenez les grandes pensées et des grands courants théoriques, on se rend compte que l’Etat existe que pour la sécurité. Au moment où les gens disent ôtons justement à l’Etat le rôle d’assurer la sécurité ça devient un grand problème. Et au niveau de l’Europe ou du monde occidental, on dit que c’est de l’Etat que vient l’insécurité. Alors, il faut que l’homme devienne acteur de sa propre sécurité. En d’autres termes, il faut que l’Etat disparaisse. Et ce qui est intéressant, c’est que je suis arrivé à découvrir que les gens qui parlent de ce genre de théorie les critiquent. Ils disent moins de l’Etat mais ils ne le disent pas pour leur pays mais pour les autres pays. Par exemple, quand vous allez aux Etats-Unis, le bloc occidental, on vous dit c’est l’Etat. Quand vous êtes en Afrique, en Moyen-Orient, ils disent c’est l’homme. Ils veulent scinder la dimension de sécurité. Quand je rentre chez nous par exemple, nous nous rendons compte que nous sommes dans la nudité sécuritaire. En fait, nous avons plus de secret sur le plan sécuritaire. Prenez nos bases militaires, la police, l’armée, elles sont reformées par les puissances occidentales. La Belgique, l’Allemagne, l’Union européenne, le Japon mettent des moyens pour assurer notre sécurité. En d’autres termes, ils se sécurisent en nous désécurisant. C’est ça la vraie problématique. Beaucoup d’acteurs politiques ne savent pas quel genre de jeux et d’enjeux politiques se jouent au niveau international. Aujourd’hui par exemple, lorsque le monde occidental demande la disparition de l’Etat chez les uns et les autres pas chez eux. C’est-à-dire il y a une politique qui est développé sur le plan international pour affaiblir l’Etat. Et à notre niveau, les dirigeants sont-ils au courant ou alors quelle mesure prennent-ils entre temps pour faire face à ce courant de pensée occidentale ? C’est ça l’intérêt pratique de mon étude : éveiller l’attention des dirigeants sur le danger qui nous guette en terme des grands courants de pensée sur le plan sécuritaire lesquels courants ont de ramification sur notre manière de voir, de faire des choses et de faire la politique.
IBC : Justement à propos de la réforme de la police, il y a l’appui de la coopération britannique. Cela pose donc un problème ?
GK : J’ai été contre ces genres de formation. Imaginez-vous un seul instant la RDC s’en mène au Japon pour l’aider à reformer sa police. C’est le cas extrême. La France qui va aux USA pour former les policiers américains. Dès lors que la coopération française arrive aux USA avec un tel projet, on va leur dire que quelque chose ne va pas dans leur tête. C’est une honte pour notre Etat. Un Etat sérieux, excusez-moi d’utiliser ce terme, un Etat responsable ne peut jamais accepter que ses éléments de la police soient formés par un autre Etat. Ce sont des matières qui relèvent de la compétence exclusive d’un Etat. C’est ce qu’on appelle la souveraine, la fierté d’un Etat. Le contraire peut se faire par exemple vous prenez vos policiers, vous les envoyer ailleurs pour suivre une formation.
IBC : La situation sécuritaire du Kongo Central est-elle préoccupante ?
GK : La situation en terme de la sécurité humaine au Kongo Central est préoccupante. Mais on n’en parle pas trop. Au niveau des frontières, chaque semaine, les Congolais sont expulsés de l’Angola dans des conditions infra humaines. Il y a le long des frontières, Tshela, Lukula, Kimpangu… des incursions de l’armée angolaise. Vous prenez encore un autre problème de déplacement des bornes dans les frontières. Mais on n’en parle pas. C’est un aspect. Ce sont des vrais problèmes qui devaient nécessiter des grandes crises, des grands débats. Imaginez un seul instant la France déplacer les bornes de la Belgique.
En effet,les gens sont indifférents. Il y a de graves tracasseries administratives, policières, judiciaires. Allez dans les villages, vous verrez les agents de l’Agence nationale des renseignements qui se comportent en roitelet, de petits Sergent de la police lèvent les taxes. A Bulanaku, un chef de secteur a été arrêté par le commandant de la police. La justice, si vous n’avez pas d’argent, vous allez perdre le procès, il y a émergence des mouvements magico-religieux… Avant on parlait plus de Bundu dia Kongo mais aujourd’hui, j’ai recensé 63 mouvements qui sont en train de développer un discours de refondamentalisme Kongo. Le Kongo Central a une réputation d’une oasis de paix mais en réalité, il y a de sérieux problèmes sécuritaires.
IBC : Quel remède?
GK : Je propose une thérapeutique qui se situe à deux paliers. La sécurité de la province relève aussi de la compétence du gouvernement central. La redynamisation du système de sécurité de l’Etat aujourd’hui est faible même personnalisée. Nous avons des services de sécurité qui relèvent des individus et non de l’appareil étatique. Il y a des services de sécurité qui rendent compte aux individus par rapport au peuple. Il faut changer cette manière de voir les choses. Il y a aussi la relance du processus de décentralisation. Quand on parle de la décentralisation, ce sont les animateurs locaux qui doivent être élus. Et dès lors, il n y a plus d’interférence. Aujourd’hui par exemple le chef de l’Etat a compétence de révoquer un gouverneur. Ce qui est du non-sens sur le plan de la décentralisation. Et un autre préalable que j’estime très important, c’est l’éthique des dirigeants. François Mitterrand a dit : « La politique ne vaut que ce que valent les hommes qui la font. » La politique est politique au regard des gens qui font la politique. Quand vous lisez l’ouvrage de Mutinga ‘’La république des inconscients’’ ; ‘’La réforme de l’Etat’’ écrit par Wondo Manitu ; ‘’La lettre à tous les Congolais’’ de Fweley, vous allez vous rendre compte qu’il y a un problème majeur qui est soulevé. Le problème de l’homme congolais. L’incompétence, c’est ce qui ronge ce pays. Les gens pensent qu’il y a un problème de volonté politique, non ! Je propose la viabilisation de la lutte contre l’insécurité. Cette lutte existe mais nous sommes dans un cycle à problème. La deuxième stratégie : le leadership fort au Kongo Central. Il n y a pas de leadership local et fort. Il faut inventer ce leadership. Troisièmement, il faut la croissance provinciale qui devrait créer des richesses. Celles-ci poseront des actions qui vont améliorer les conditions de vie de la population.
IBC : Vous vous êtes basés sur la théorie de Buzan. Pourquoi cette théorie accuse-t-elle des limites ?
GK : Aujourd’hui, la théorie qui fait autorité jusque hier, c’est la théorie de l’école de Copenhague de Bari Buzan. Pour analyser les problèmes de sécurité, cette théorie se penche sur les mesures appliquées et les conditions à réunir, le dynamisme de la population, une bonne image du pays, la stabilité étatique. Ce sont des facteurs que Busan dit, une fois réunis, vous avez la stabilité. Mais lorsque je l’applique au Kongo Central, cette théorie ne marche pas. L’Angola est aujourd’hui un pays relativement stable. Il est la cinquième puissance économique africaine. Mais lorsque vous prenez la théorie de Buzan, vous la mettez au cas de l’Angola ça ne marche pas, vous l’appliquez au cas de la RDC ça ne marche pas. Qu’est-ce que j’ai compris ? Au lieu de continuer à réfléchir sur les mesures et les conditions à réunir puisque cette théorie nous amène à ce que Barbara Decourt appelle ‘’lé sécurité chimérique’’, il faudrait aller sur le lien qui existe entre l’objet de la sécurité et le sujet de la sécurité. C’est ce qui fait justement l’originalité de ma thèse. C’est qu’un membre de jury a eu le courage de dire : « Désormais, c’est ça l’école congolaise de la sécurité ». Et, c’est l’ouvrage qui va sortir à la fin de l’année pour démontrer les limites de l’école de Buzan et l’apport de l’école congolaise.
IBC : La sécurocratologie vous en parlez dans votre travail. En quoi consiste-t-elle ?
GK : C’est le concept que j’ai inventé. Et ce concept veut tout simplement dire que nous devons quitter la dimension de condition et de mesure de Bari Buzan pour s’atteler désormais sur le lien qui existe entre le sujet et la sécurité. C’est ça la sécurocratologie.

 

2 Responses to "Interview : LA PAROLE AU PROFESSEUR GERMAIN KUNA : ‘’La sécurité humaine au Kongo Central est préoccupante’’"

  1. Nkomu Mbuta  6 mai 2016 at 17:23

    Pfffff ! Piètre prestation vous êtes à côté de la plaque . Les maux dont souffre le Kongo central trouve ses origine à la présence et la pression démographique des non originaire que subit la province d’ une part et l’ inconscience et l’ irresponsabilité de ceux qui la dirige d’ autre part . Ces derniers sont plus là pour plaire à leur maître et font montre d’ une faiblesse qu’ on ne peut qualifier que de complicité pour tous les maux dont souffre les kongos . Et vous vous étonnez que le BDK/BDM et d’ autres mouvements que vous qualifiez de magico-religieux ont le vent en poupe ? Les solutions que je préconise personnellement sont radicales : Mettre un terme à l’ afflux des non originaires et leur renvois dans leurs provinces d’ origines . L’ interdiction à toute personne non originaire d’ acquérir une propriété ; maisons , concessions dans la province . Le démantelement de toutes les bases militaires et leur transfert dans d’ autres régions de la RDC . Le contrôle par les autorités compétentes kongo de services de sécurité ,de toutes les ressources financières et leurs utilisations à bon escient pour le développement des infrastructures et le bien être du peuple kongo .La direction des toutes les entreprises exclusivement entre les mains des kongo .Nous sommes chez nous ; interdiction et l’ usage du lingala partout dans l’ administration , les écoles , les églises , les médias etc… La langue des kongo c’ est le kikongo et non le lingala . Il faut éduquer les parents à apprendre notre langue et le bukongo (notre culture) le luvila à leurs progénitures . Un enfant qui ne maîtrise pas le kikongo n’ aura pas accès à un établissement scolaire ! Eh oui il faut passer par là … J’ ai beaucoup à dire mais je ne peux tout énumérer ici !

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  2. Nseka  28 mars 2016 at 9:55

    Quelle pauvreté argumentaire! Pourtant vous citez le prof Fweley qui devrait s’arracher les cheveux. J’espère que votre fameux livre livrerait davantage! Vous avez travaillé dans le cabinet de celui qui a commencé à plongé la province dans l’insécurité. Les gens d’au-delà de l’Est devenant comme vous le dites justement des roitelets. Le Kongolais central devrait fournir plus de documents pour acquérir une portion de terre que le swahiliphone venu d’au-delà car ce ne sont pas nos compatriotes. Vous vous prenez de haut comparé à M. Bari Buzan mais bon c’est ça le mal « zaïrois », oh pardon congolais.

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