Vingt-quatre heures à Nkamuna, au Kongo central, localité du chanvre

Vingt-quatre heures à Nkamuna, au Kongo central, localité du chanvre


Quand on parle de Nkamuna au Kongo central, cela renvoie au chanvre mais pas n’importe lequel, celui à forte teneur, prisé par les fumeurs. J’y suis allé aux funérailles d’un proche d’un mien frère dans ce village riverain à la nationale n°1 Matadi-Kinshasa où cette culture fait vivre ses habitants.

Quand à 13h30, je m’apprête à descendre du bus ‘’Trans Renové’’ qui m’a embarqué depuis Kinshasa, je fais savoir à un des aide-chauffeur que j’allais assister à un deuil, il me prévient :’’Attention avec le café qui te sera servi.’’En RDC, pendant la veillée mortuaire, du café ou du thé est servi. Il est arrivé des fois où des délinquants y ont mis du chanvre. J’étais donc averti.

Je prends place sous une des chapelles ardentes. Effaré, j’errais dans des images lointaines : celles du jour où je serai cloitré dans une bière. ‘’Combien souffriraient les miens ?’’, me demandais-je.

Soudain, c’est cette odeur caractéristique du chanvre indien qui détourne mon attention. La fumée que j’inhale ne provient pas de loin. Je renifle sous le rire de mon voisin. Je découvre un monsieur qui circule sans gêne avec son joint. ‘’ Nous sommes à Nkamuna’’, me susurre-t-il. Eh, oui ! Se rendre dans ce village, c’était accepter de devenir fumeur passif. La famille Batila endeuillée, c’est la mienne, je partageais cette douleur. Je devais ainsi tenir jusqu’au lendemain 16 heures après l’inhumation de Matondo Batila.

Nkamuna est une localité frontalière à l’Angola de plus de 100 maisons avec environ 3000 âmes. A l’orée du village, des étendues des champs de chanvre sont emblavées. Depuis que Fabien* a perdu son emploi, il vit à Nkamuna où il s’adonne à la culture du cannabis, principale activité de cette agglomération, pourtant érigée en infraction. ‘’Chaque maison donne au service de l’Etat 1000 fc (0,6$) chaque mois comme droit de cultiver le chanvre’ ’, informe-t-il. ‘’ A chaque récolte, ajoute un autre jeune, nous leur donnons trois paniers de cannabis.’’Les cultivateurs vendent le panier à 30 000 fc (18$).

Village pauvre

Le chanvre, pactole des habitants se vend à des vendeurs de drogue de Kinshasa, Kongo central etc. Quand un Congolais dit Nkamuna,cela veut dire:fort, dur. Malheureusement, Nkamuna est un village pauvre. Les familles dorment dans des taudis couverts de chaume. Seules quelques cinq maisons ont des tôles galvanisées.

Quinze heures, c’est le temps du repas. Dieu merci Vakombwa, beau-frère du défunt avait tout prévu depuis Kimpese où il vit. Sa mise en garde est étonnante :’’Faites attention car, il n’y a pas de toilettes ici.’’ Est-ce une de ses plaisanteries comme il aime le faire ? Que non! Cela m’est vite confirmé par un jeune. ‘’ Nous allons tous dans la brousse.’’ Dans cette formation végétale très sollicitée qui dégage une odeur très fétide, il faut savoir où poser le pied.

Pour éviter les maladies des mains sales, il faut se laver les mains. C’est à l’aide des sachets d’eau traitée que nous les lavons. ‘’ Il n’y a pas d’eau dans ce village’’, révèle encore Vakombwa. Nous sommes une vingtaine à l’écouter religieusement. Des yeux s’écarquillent. Pourtant, sur un panneau à 10 mètres de nous, il est écrit : ‘’Forage d’un puits d’eau’’. Un villageois explique : ‘’Des experts ont dit qu’il y a une grande roche dans ce village et dans les environs. Il n’est pas possible d’avoir de l’eau.’’

‘’Les moustiques nous ont maltraités’’

Le temps s’écoule, le soir tombe, la nuit sera longue. Il faut tuer le temps. Nous cherchons où nous distraire. Un jeune nous emmène au point chaud de cette localité. Nous y découvrons quelques jeunes. L’un est un gros bras. Le crâne rasé, crête iroquoise à la manière de l’attaquant italien Balotelli. Un autre porte un pantalon ultra taille basse laissant entrevoir son caleçon. Ce sont des habitants de Kinshasa, à 325 km venus cultiver le chanvre. Ils dansent entrainant des enfants en bas-âge qui les imitent à chaque pas. La musique sort d’un tacot Mitsubishi lancer. Les yeux rouges avec des paupières tombantes, ils sont sous les effets du cannabis. Dans cet espace, se vend le Lunguila (boisson forte extraite de la canne à sucre, Ndlr). C’est le breuvage du village. Jeunes et vieux viennent se distraire ici après un dur labeur.

Mais, c’est pour le deuil que nous avons fait le déplacement de Nkamuna. Retour sur le lieu mortuaire. Un pasteur prêche. Il est interrompu par des pamphlets des jeunes. Nous sommes enveloppés par l’odeur du chanvre. Moi, je m’y étais déjà fait car, c’est depuis près de 8 heures que je la reniflais.

A minuit, j’ai pris froid. Je me terre dans une guimbarde. Ma nuit est agitée. Des moustiques très audacieux et énervants me piquent. Certains comme dingue à cause peut-être de l’inhalation du chanvre bourdonnent dans mes oreilles faisant fi de ma main qui les chassent. Ils sont devenus réfractaires à l’homme. C’est le même refrain que j’entends le matin. ‘’Les moustiques nous ont maltraités !’’

C’est un matin de révélation. Une dame a chié non loin du lieu mortuaire la nuit. Une belle jeune fille a, elle perdu les pédales devant sa mère. Comme dans son subconscient elle racontait ses frasques amoureuses. ‘’Elle voulait sans cesse s’asseoir sur mes jambes’’, raconte, éberlué un jeune enseignant de l’Institut supérieur des techniques médicales de Kimpese. Avaient-elles pris du chanvre et des boissons fortes ? Se laver et aller aux toilettes, c’est plus cela ma préoccupation. ‘’Les toilettes-brousses’’ étaient déjà envahies. Dieu-merci Vakombwa m’a conduit à Kisonga, à environ 10 km du village. Et, c’est dans un ruisseau trouble à proximité de Nkamuna que je me suis lavé. Mais,il y a aussi cette image d’un monsieur,la quarantaine révolue qui,le matin frimait sur un badamier dans un peignoir rouge.Il portait un chapeau engloutit dans celui du peignoir.

Vers 11 heures, il fait chaud. Difficile de s’abriter, les habitants ne plantent pas de arbres.  »Quand il fait chaud, nous nous abritons difficilement. Au fait, je me demande pourquoi nous ne plantons pas des arbres », s’interroge un habitant. Non loin de sa maison, je découvre un trou d’environ 1,30 m. Les bras m’en tombent.  »Pourquoi ne peuvent-ils pas constuire des toilettes? », me ressassais-je. Seul Fabien, seul un policier possède une toilette. Lorsque nous allons chez le duc du village, il est absent. Sa maison, lui aussi, un vrai taudis.

A Nkamuna, j’aime cette scène de petits enfants qui jouent au football. Leur petit ballon est fait des sacs plastiques. Chacun vêtu à sa manière, ils courent gaiement. Seuls eux savent qui est de l’équipe adverse.

Le temps est arrivé d’accompagner Matondo Batila dans sa tombe. Des gros bras transportent le cercueil en le cadancant. Adieu cher frère.

A 16 heures, je suis au point de quiter Nkamuna quand j’entends des jeunes chanter. Ïls reviennent du cimetière. Ces insanités débitées me donnent le tourni.

Vingt quatre heures à Nkamuna:le calvaire. Je prends le premier bus qui s’arrête, il faut quitter ce lieu à humaniser.

*Le nom a été changé par souci de l’anonymat

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