Le ressenti de Chris Ntungu épargné d’un avortement par sa mère

Le ressenti de Chris Ntungu épargné d’un avortement par sa mère

Rendue grosse début 2000, Godelive Mansiantima a supporté honte, déshonneur, railleries de ses proches et autres connaissances. Mais le 20 septembre, entre vents et marées, elle donne finalement naissance à son premier enfant: Chris Ntungu vata. À 19ans aujourd’hui, cet étudiant de premier graduat en réseaux et techniques de maintenance à l’Institut du commerce de Matadi (ISC) Matadi, parle de sa mère qui a protégé sa grossesse comme une femme unique, une reine à qui il doit tout.
Infobascongo (IBC) l’a rencontré aux côtés de sa maman.

Infobascongo (IBC): Début 2000, ta mère, aînée de famille et qui n’a que 24 ans tombe enceinte. C’est une grossesse indésirable et hors mariage. Elle subit alors injures, brimades et railleries. En dépit de cette honte et plusieurs difficultés, elle décide de garder et protéger ta grossesse jusqu’à ta naissance. Comment te sens-tu, toi le fruit d’une grossesse protégée par ta mère?

Chris Ntungu Vata (CNV): Je me sens très heureux, miraculeux. Car, en dépit de tout ce qu’elle a eu à subir comme pression dans la famille, le quartier, l’entourage, elle m’a protégé. Elle pouvait bien avorter avec toutes ces difficultés comme le font plusieurs filles de son âge de l’époque et d’aujourdhui, mais elle ne l’a pas fait. Je me sens donc très heureux quand je me représente la portée de l’acte qu’elle a posé.

IBC: Comment la considères-tu? Que représente-t-elle dans ta vie?

CNV(rire): Je manque de mots pour exprimer ce que je ressens pour elle. Mais, disons qu’elle est exceptionnelle. Elle est tout simplement tout pour moi. Je lui dois tout.
J’ai une dette envers elle. Après, c’est vrai que je ne saurai jamais la payer, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la mettre à l’aise, la rendre heureuse et qu’elle ne manque de rien. Je suis prêt à tout pour elle. C’est ma reine et elle est aux premières loges dans mon coeur.

IBC: Quel message adresse-tu à ces filles ou femmes qui pourraient se retrouver dans le même cas que ta mère il y a 19 ans maintenant? En cas de grossesse indésirable, que leur conseilles-tu, toi le miraculeux?

CNV: Je n’accepterai jamais voir une fille ou une femme avorter. Car, c’est d’abord un péché. C’est un homicide et tuer est condamnable aux yeux de Dieu et de l’État. Quelles que soient les critiques et elles sont normales, il faut les supporter car elles finissent par s’estomper. Il ne faut jamais avorter même dans ses rêves les plus fous. Il faut protèger la grossesse d’autant que l’on ne connait pas l’avenir de cet innocent enfant que l’on veut assassiner. En plus, avorter comporte des risques, la mort, la stérilité, etc. Il faut donc éviter d’avorter.

IBC: En cas de grossesse indésirable, on le sait, la pression que subit la personne rendue grosse arrive d’un peu partout. Quelle attitude selon toi doit observer l’entourage qui pense que l’avortement est la solution idéale?

CNV: Papa, maman, vous donnez naissance aux enfants pour leur assurer un avenir. Alors, quand votre fille tombe enceinte, ce n’est pas la peine de la rejetter ou de la faire avorter. Car agir ainsi, c’est l’exposer à des conséquences fâcheuses pour lesquelles vous serez tenus coupables. Il faut accepter une situation pareille comme telle, assumer et ne pas la faire avorter. Rien ne dure longtemps. Moi même je suis le fruit d’une grossesse indésirable mais personne ne se doute que j’en suis à moins de lui raconter mon histoire comme je le fais présentement. Aux amis, il ne faut jamais conseiller d’avorter. Quand on devient grosse, l’on est responsable numéro 1 de sa vie et de sa grossesse, il faut assumer et rejeter tout mauvais conseiller à qui, par ailleurs, je rappelle qu’il n’est pas bon de conseiller un avortement. Tout se paie ici bas. Le mieux serait pour la fille d’assumer les conséquences de ses actes et ne pas avorter.

IBC: Mais, très souvent les auteurs de grossesse, les garçons, déclinent la responsabilité, certains poussent les filles à avorter tandis que d’autres s’enfuient carrément?

CNV: Ça me fait très mal quand j’entends dire d’un garçon auteur d’une grossesse qu’il est introuvable, qui fuit donc. C’est certainement la peur d’être arrêté ou de porter cette lourde charge. Mais, il faut assumer. En parler à ses parents. Fuir n’est pas une solution car cela expose le garçon à des représailles. Des malédictions par exemple prononcées par les parents de la fille. Mon père qui, aujourd’hui est l’époux de ma mère, s’est assumé même si au début de la grossesse maman me dit avoir beaucoup souffert. Actuellement, j’ai un petit frère et une petite soeur et j’étudie. Je passe en deuxième année réseaux et techniques de maintenance à l’Institut supérieur de commerce de Matadi. Qui, d’un simple regard, peut s’imaginer que je suis le fruit d’une grossesse indésirable? Personne, ça ne s’écrit pas sur le front. Les garçons doivent s’assumer sinon alors s’abstenir des rapports sexuels. Pour des garçons consciencieux, ils s’assument car après tout c’est leur sang et on n’abandonne pas son sang aussi facilement.

IBC: s’abstenir? Oui, mais que penses-tu de la contraception?

CNV: Bon, pour les jeunes qui ne peuvent recourir à l’abstinence, la contraception est le meilleur moyen de se protéger des grossesses indésirables. La contraception permet aussi de prévenir des infections sexuellement transmissibles et le VIH Sida. Donc, c’est important.

IBC: sais-tu que l’avortement est autorisé sous certaines conditions?

CNV(étonnement): Non, à quelles conditions? Est-ce la loi qui l’autorise?

IBC: Le protocole de Maputo ratifié sans réserve par le gouvernement congolais et devenu imposable à tous en RDC depuis sa publication au journal officiel de la République. En son article 14, le protocole stipule que les femmes ont le droit d’exercer un contrôle sur leur fécondité, de recourir notamment à l’avortement sous cinq conditions: viols, agressions sexuelles, inceste, grossesse mettant en danger la vie de la mère, grossesse mettant en danger la vie du fœtus. Donc, toutes les infractions prévues à l’article 178 de la loi congolaise alinéas 3, 4 et 5 CP L II liées à la contraception sont dépénalisées par l’effet de l’autorité supérieure. Les avortements indiqués dans les cas ci-dessus les sont également.

CNV: c’est du nouveau pour moi. C’est bien mais combien de gens le savent? Il faut à mon avis vulgariser ce protocole partout même dans les universités et instituts supérieurs.

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