Coronavirus: La Parole à Celestin Bibimbu, expert en communication : »Il vous faut éviter que n’importe qui sensibilise la population »

Coronavirus: La Parole à Celestin Bibimbu, expert en communication : »Il vous faut éviter que n’importe qui sensibilise la population »

Depuis que le Covid-19 sévit dans le monde, des informations fusent de partout jusqu’à dérouter les habitants. Conséquence: la maladie fait des ravages. La réalité n’échappe pas à la RDC qui compte déjà 23 personnes malades et un mort. Comment communiquer pour sauver des vies? Nous en parlons avec Celestin Bibimbu, spécialiste en communication et coordonnateur du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication au Kongo central.

Infobascongo(IBC) : Comment bien communiquer sur une maladie aussi grave que le coronavirus ?

Celestin Bibimbu(CB) : Je tiens d’abord à  remercier Infobascongo pour cette occasion qu’il m’offre de m’exprimer sur divers aspects de communication par rapport au coronavirus.

En effet, à voir l’allure avec laquelle se propage cette pandémie à travers le monde, la communication pour le changement de comportement est un grand défi pour nos professionnels des médias mais aussi les communicateurs des entreprises et autres groupes organisés demeure un grand défi.

Au-delà de votre question, il s’agirait plutôt de se poser cette autre question : comment être cru et ne pas créer la panique, la psychose au sein des communautés dans la diffusion des messages sur cette maladie ?

Il convient d’abord de signaler ici que lorsque nous parlons de la communication, il s’agit d’une communication pour le changement de comportement. Le but étant d’amener les populations à adopter un comportement positif, un comportement souhaité face à cette pandémie.

Bien communiquer sous-entend aussi : être au courant des mesures préventives prises par les autorités du pays, être capable de les vulgariser à travers les canaux de communication disponibles dans la communauté.

Enfin, face à la complexité de la pandémie, pour bien communiquer  en cette période de grands défis, il faut éviter que n’importe qui sensibilise la population en véhiculant des messages qui paniqueraient et qui risqueraient de créer une psychose  jusqu’à provoquer des morts subites.

IBC Quel rôle les médias peuvent jouer en ce moment ?

CB: En suivant divers programmes de chaines de radio ou de télévision de plusieurs pays, je me suis rendu compte que le coronavirus a monopolisé, bouleversé l’espace médiatique et conduit certains responsables des médias de revisiter leurs grilles des programmes.

Ainsi, le rôle des médias en cette période de crise sanitaire consistera à informer et à éduquer objectivement et régulièrement la population sur cette pandémie : ses signes, ses symptômes, le comportement positif à adopter…

S’agissant des médias audiovisuels, le rôle des directeurs des programmes consistera à appliquer ce que prévoit le cahier de charges signé par chaque impétrant en ce qui concerne le pourcentage à réserver aux émissions d’information et d’éducation : 35 % et 30%.

Il est donc de la responsabilité des directeurs des programmes, cas de ceux du Kongo Central, :

–       d’actualiser la grille de programmes au regard de la crise sanitaire de l’heure

–     de  s’assurer que ses journalistes ont des connaissances suffisantes sur le coronavirus

–       de réduire les émissions de divertissement au profit de celles sur le coronavirus.

–    de   veiller à la production et à la diffusion des messages produits sur cette maladie et ce, avec un contrôle sur les cibles visées selon chaque message

–     de  planifier des émissions interactives avec la participation des experts pour répondre aux questions des auditeurs ou téléspectateurs

En conclusion, le rôle de nos médias est déterminant et plein de responsabilités tout au long que durera la pandémie et les journalistes comme les communicateurs doivent se comporter en véritables agents de changement de comportement.

?IBC: Qui est appelé à communiquer en pareille circonstance et avec quelle méthodologie ?

CB: De prime abord, face à la propagation rapide de cette maladie dans le monde, une communication à grande échelle est recommandée et ce, en recourant à une approche multimédia : canaux audiovisuels, presse écrite mais aussi canaux interpersonnels.

Concrètement, la communication sur le coronavirus ne doit pas seulement être l’apanage des seuls professionnels des médias ou des professionnels de santé mais aussi de tous les autres acteurs socio-politiques dont les leaders religieux, les chefs traditionnels, les enseignants, les leaders d’opinion…Ces derniers devraient s’impliquer dans les actions de sensibilisation et, sur base de ces quelques critères : avoir une bonne connaissance  de la maladie, être capable de communiquer, être crédible, avoir la maitrise de la langue locale….

Ainsi, pour éviter toute désinformation sur cette maladie lors des actions de sensibilisation, l’idéal serait d’initier des sessions de briefing à leur intention sur la maladie et  l’harmonisation des messages à transmettre aux populations.

D’où la nécessité pour tout celui qui veut communiquer sur le coronavirus de posséder des connaissances suffisantes sur la maladie, d’avoir des compétences techniques et professionnelles dans le domaine de la communication.

?IBC : Quid du monnayage des messages sur le coronavirus dans les médias ?

CB : La lutte contre le coronavirus exige la mobilisation de tous. C’est en principe maintenant que les médias ont l’obligation d’accompagner les autorités du pays dans la lutte contre cette pandémie en multipliant des émissions pour sensibiliser les populations.

Pour rappel, il existe au sein de chaque grille des programmes des émissions éducatives comme l’exige le cahier des charges signé par chaque promoteur des médias.

En principe, le coronavirus devrait être considéré comme un des thèmes à exploiter dans des émissions de santé avec comme particularité : une large diffusion des messages à des heures stratégiques. Il est vrai que certains médias, comme signalé ci-haut, éprouvent des contraintes sur le plan de la mobilisation des ressources financières. Si chaque gouvernement provincial pourrait octroyer un appui financier substantiel aux médias, le problème d’exiger de l’argent avant toute diffusion des messages à caractère éducatif ne devrait pas se poser. Ceci est donc un plaidoyer à l’endroit de nos décideurs en faveur des médias dont la mission de mobilisation des masses en cette période de crise sanitaire est une urgence.

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