Bas-Congo:Sanctionner les fraudeurs améliore la desserte en électricité

Cabine Electrique Snel/Photo Infobascongo

Cabine Electrique Snel/Photo Infobascongo

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Dans la province du Bas-Congo au sud-ouest de Kinshasa, les fraudeurs d’électricité sont désormais traqués et sanctionnés sans pitié. Petit à petit, la distribution du courant s’améliore et les coupures intempestives diminuent.

 

Plusieurs foyers ont été déconnectés du réseau électrique fin février à Boma, importante ville portuaire à 120 km de Matadi, la capitale du Bas-Congo. Depuis qu’elle a lancé, début 2010, l’opération dite « délestage zéro » dans cette province, la Société nationale d’électricité (Snel) démantèle, en effet, tous les raccordements illicites à son réseau. Cette opération vise, selon les dirigeants de cette entreprise publique qui détient le monopole de la distribution de l’électricité en Rd Congo, à fournir du courant sans interruption à tous les abonnés d’ici fin 2010. « Pour cela, il faut passer notamment par un ratissage de tous les fraudeurs« , explique Dieudonné Mabika, son directeur provincial.

A Boma où ces mesures draconiennes ont été appliquées en premier, des résultats se font déjà voir. Les abonnés tentés de faire des branchements pirates hésitent de le faire par peur d’être sanctionnés. Car une fois pris la main dans le sac, « ils paient 20 fois le prix de la dernière facture« , affirme Philo Boyi, chef du centre de la Snel dans cette ville. Souvent complices des fraudeurs, les agents de cette société, eux, n’osent plus s’engager dans cette aventure, trois de leurs collègues ayant été licenciés en février pour cet abus. Du coup, « il s’observe une diminution de la surcharge dans les cabines, ce qui augmente la tension du courant dans les ménages« , révèle Philo Boyi.

Pratiques dangereuses

Pour contourner le délestage (rationnement de l’électricité par quartiers) et les coupures intempestives devenues monnaie courante depuis plusieurs années, les abonnés n’hésitent pas de se brancher sur une deuxième ligne dite « de secours » sur le réseau électrique, sur laquelle ils se connectent quand leur propre ligne est en délestage. Ils négocient pour cela avec des voisins ou des agents de la Snel qui le leur proposent. Bars, chambres froides, petites menuiseries de quartier, églises de réveil… s’y sont mis sans trop se poser de question. « J’ai obtenu une deuxième ligne pour éviter des dépenses liées à l’achat de la braise et permettre aux enfants d’étudier le soir grâce à l’électricité », tente de se justifier un habitant qui a du payer 250 $ pour obtenir « une ligne de secours ».

Mais ces branchements pirates perturbent le réseau, abîment les équipements et occasionnent des pertes en vies humaines. Dans les cabines Snel, les vieux transformateurs se mettent à sauter sans arrêt, plongeant des quartiers entiers dans le noir durant de longs mois. « Il faut 10 000 $ pour remplacer un transformateur« , fait savoir Philo Boyi. Effectuées dans la clandestinité, ces opérations qui se déroulent sans précaution de sécurité, entraînent souvent des accidents graves. Des morts par électrocution des agents, engagés ou journaliers, sont fréquentes.

Dénoncer pour décourager

Les sanctions apportent aujourd’hui l’espoir de changement de comportement des habitants. Marie-Josée Niongo, la maire de Boma en est d’ailleurs satisfaite. Les électrocutions nombreuses l’inquiétaient beaucoup. Elle n’a donc pas hésité à mobiliser police et autorités politico-administratives locales, pour aider la Snel à démanteler les différents réseaux de fraudeurs. Ce qui fait la joie dans de nombreux ménages de la ville. « Je peux maintenant préparer sans problème avec ma cuisinière« , se réjouit Célestine Menga, une habitante.

L’opération « délestage zéro » va se poursuivre dans d’autres villes comme Matadi, où ces pratiques sont très courantes et la desserte en courant de bien mauvaise qualité. Pour cela, « il faut que la population nous aide à dénoncer pour que nous réussissions notre mission« , demande Dieudonné Mabika. La Snel pense aussi à renouveler ses vieux équipements pour améliorer la qualité de son service. A Matadi, un poste de transformation haute tension a été installé afin de mettre progressivement fin au délestage. « Nous nous battons pour acheter des transformateurs pour que toutes les communes de la ville ne manquent plus de courant », a promis Simon Mbatshi, le Gouverneur de cette province.

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