Bas-Congo : des avocats vivent sur le dos de leurs clients

Marche des Avocats/Photo Infobascongo

Marche des Avocats/Photo Infobascongo

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Dans le Bas-Congo, de nombreux avocats veulent vivre au dessus de leurs moyens en cherchant à vite gagner de l’argent. Ce comportement les pousse à commettre toutes sortes d’abus, qui n’honorent pas leur profession et qui effarouchent leurs clients.

La Société nationale d’assurances (Sonas) du Bas-Congo, province située au sud-ouest de Kinshasa, est devenue plus prudente quand il faut payer l’indemnité d’un sinistré. « De nombreux clients viennent nous réclamer leur argent, alors que leur avocat avait déjà été servi », raconte un agent du service des sinistres. A cause de ce genre d’abus, la Sonas ne paie désormais l’avocat d’un sinistré que lorsqu’il détient une procuration en bonne et due forme de son client, que la société s’emploie au préalable à authentifier. Au-delà de cet exemple, tant d’autres abus sont reprochés aux défenseurs judiciaires au Bas-Congo : certains sont accusés de toucher des honoraires sans se présenter aux procès, de détourner de l’argent quand ils en gagnent un et disparaissent ensuite sans verser un sou au client…
« C’est une honte pour la profession », avoue sous anonymat un avocat de Mbanza-Ngungu, à 215 km de Matadi, la capitale provinciale. « Aussi longtemps que des confrères chercheront à mener un train de vie au-dessus de ce qu’ils gagnent, ces fautes seront monnaie courante », ajoute un autre, qui affirme que de nombreux jeunes qui arrivent dans la profession, imitent leurs aînés et veulent tout de suite rouler carrosse. « Ils oublient qu’il faut plusieurs années pour se faire une renommée, s’attirer la clientèle et voir ses efforts récompensés », explique Me P.K., qui se souvient des conseils de patience que lui prodiguait son maître de stage. Celui-ci lui disait au début de sa carrière, que ce n’est pas en 5 ans qu’il mènerait une vie de prince…

Longue liste d’abus

Vieux routiers ou jeunes arrivants, la liste de reproches à l’égard de la profession est longue. En plus de détournements d’argent, certains excelleraient, avec la complicité des greffes, dans le retrait des pièces versées dans un dossier dans le but de gagner un procès, monteraient des histoires au nom de leurs clients, détourneraient des clients de leurs confrères… Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Bas-Congo, Jacques Zakayi est au courant de toutes ces accusations, mais veut des preuves pour s’en convaincre. « Depuis 2008 que je suis au barreau, je n’ai jamais été saisi des lettres mettant en cause des avocats », réagit-il.
Début mai pourtant, le président du Tribunal de paix de Matadi s’était plaint en personne auprès du bâtonnier, après avoir constaté que des avocats soutiraient de plus en plus des pièces de certains dossiers, pour faire couler la partie adverse. Une société d’importation des vivres affirme, par ailleurs, avoir écrit au Conseil de l’Ordre pour le détournement par ses conseils, de l’argent payé à son compte après avoir gagné des procès. Si sa cause n’a pas été entendue, elle a néanmoins rompu le contrat qui les liait…
Accusé de protéger ses confrères, Jacques Zakayi affirme que « son rôle est de les défendre. » En avril dernier, le barreau s’est notamment élevé pour obtenir la libération d’un de ses membres, poursuivi selon le procureur, pour faux et usage de faux. « S’il y a des manquements, la commission de discipline sanctionne », dit-il, notant qu’une quinzaine de toges noires ont déjà été suspendues par l’Ordre.

Encadrer les stagiaires

Mis souvent en cause dans ces abus, les stagiaires s’en défendent. Ils travaillent dans des cabinets sous la bannière d’un maître de stage, souvent dans des conditions, disent-il, qui laissent à désirer. « Comment pouvons-nous résister, car nous ne sommes pas rémunérés et il faut souvent plaider pro deo (pour Dieu, plaider pour les indigents au nom de Dieu, Ndlr) », interroge l’un d’eux qui rappelle qu’ils ont droit, selon la loi sur le barreau, à une « équitable rémunération. »
Le bâtonnier Zakayi reconnaît qu’à son époque, il bénéficiait d’un “forfait” en tant que stagiaire. Il conseille ainsi aux maîtres de stage d’encadrer les jeunes recrues qu’ils accueillent dans leurs cabinets, en « veillant à leur remettre de l’argent pour les éloigner de la tentation. » Mais il estime, malgré tous les abus dénoncés, que le barreau de Matadi garde encore une bonne réputation.

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