Bas-Congo:Des autorités excédées par les incessantes sollicitations

Bas-Congo:Des autorités excédées par les incessantes sollicitations
 

militants venus applaudir leurs leaders/Infobascongo

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Des autorités du Bas-Congo excédées par les incessantes demandes d’argent des habitants, surtout des jeunes et des femmes, commencent à refuser de donner expliquant que ce n’est pas leur rôle. D’autres voulant se faire bien voir continuent quitte, pour certains, à se servir dans les caisses de l’État.

 « Le fromage ne tombera pas ! », le gouverneur du Bas-Congo a été ferme face aux jeunes en ce samedi de juillet où la Radio télévision nationale congolaise, chaîne provinciale, célébrait sont 36e anniversaire et le 9e de la télé. Pourtant ceux-ci espéraient bien lui soutirer de l’argent en brandissant son portrait et celui du Chef de l’État et en scandant des slogans en  leur honneur : « Vous êtes des bâtisseurs ! Nous vous accordons encore 5 ans ! ».

À l’approche des élections, des jeunes ou des femmes le plus souvent, se sont constitués en groupe de soutien des politiciens. Ils sont mis à contribution dans les cérémonies pour démontrer que les autorités ont l’adhésion de la population. Ils chantent en leur honneur, les femmes déroulent leurs pagnes… Ne pas les satisfaire, c’est parfois être insulté ou essuyer des quolibets. Car, pour certains, c’est devenu un moyen de vivre appelé « Matolo » à Kinshasa et au Bas-Congo.

« Trop, c’est trop ! »

Mais, comme le gouverneur, de nombreuses autorités ne supportent plus les incessantes sollicitations des citoyens de tous bords. « Trop, c’est trop ! C’est comme si j’étais assujetti à un impôt ? », enrageait un membre du gouvernement provincial. « Je ne veux pas continuer à souffrir. D’ailleurs, je ne serai pas candidat aux élections ! », a-t-il déclaré furieux. Aux cris de ces jeunes qui disent souvent :’’prezo tozoliate’’ (« Président, nous sommes affamés » en argot lingala), il répond : « Il n’y a qu’un seul président dans ce pays et moi, je ne cuisine pas ! »

Nommé il y a 16 mois, un ministre regrette lui de ne pas être en mesure de se construire une maison. « Il est difficile de toujours dire non à ce genre de demandes qui passent parfois par des faires- parts …lorsque l’on sait combien les gens souffrent. Mais il est vrai que cela nous ruine. »

Même réaction d’une autre autorité dont l’entrée de la parcelle est envahie tous les jours par des gens venant lui exposer leurs problèmes. « Je ne dois pas continuer à sacrifier le tiers de mon salaire, j’ai aussi de la famille. C’est au gouvernement de s’occuper du social ! ».

Les députés tout particulièrement sont ainsi en train de changer de langage. Ils font désormais savoir à la population que leur rôle n’est pas de distribuer de l’argent ou de construire des routes mais de voter des lois…

Pris au piège, de nombreux hommes politiques ne sont plus joignables au téléphone, ce sont leurs secrétaires qui prennent les appels. « Nous sommes emprisonnés par la population. Sur dix coups de téléphone, sept sont liés à des demandes », renseigne lassée, une députée.

 Tentation de détournements

D’autres politiciens qui veulent se faire voir et qualifier de « généreux ou proche du peuple’’, continuent à distribuer de l’argent parfois même sans qu’on leur demande. « Vous ne pouvez pas comprendre ce que signifie être élu du peuple. Ce sont eux qui nous ont élus sont nos électeurs de demain. C’est une façon de partager avec eux nos revenus », se défend une autorité du Bas-Congo. Et, un député d’ajouter : « Avec une population qui ne comprend pas le rôle d’un élu, vous ne pouvez pas ne pas donner si vous voulez briguer un autre mandat ». C’est ainsi qu’un candidat dont le fief électoral est Boma, se promène avec des dollars plein les poches dont il distribue différentes coupures selon le milieu et la catégorie de personnes.  

Certains de ceux qui tiennent absolument à soigner leurs images de « donateur’’, sont ainsi poussés à détourner des fonds publics. Au Bas-Congo, le premier bureau de l’Assemblée provinciale avait été destitué pour cette raison.

Cette habitude des autorités congolaises les fait baisser dans l’estime des étrangers. Un des vice-gouverneurs du Cabinda en Angola en a fait le reproche à une autorité provinciale du Bas-Congo à la frontière de Yema : « Il ne faut pas donner de l’argent à la population, il faut travailler pour elle. »

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