Matadi : Richard Muinza, un cordonnier professionnel et fier de l’être

Matadi : Richard Muinza, un cordonnier professionnel et fier de l’être

Richard Muinza en plein travail/photo Benita

Richard Muinza, ce cordonnier célèbre de Matadi, au sud-ouest de Kinshasa semble avoir bien assimilé la sagesse qui dit qu’ « il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens ». Sérieux, organisé, raffiné… dans son travail, il se distingue des autres cordonniers, attire de nombreux clients et fait parler de lui.

Richard Muinza, a fière allure dans son atelier de cordonnerie à Matadi au portillon duquel se bousculent les clients. Organisé, courtois, ponctuel et raffiné dans son travail, il prend très au sérieux son métier et exécute avec soin les nombreuses commandes qu’il reçoit. « C’est ici que j’accueille mes clients. Au moins, ils sont à l’abri des intempéries », indique-t-il. Sur la rue très fréquentée de Kinkanda à Matadi, Richard a aménagé dans un deux pièces en bois couvert de tôles, une salle d’attente et espace privé de travail. Sa philosophie et son rythme de travail tranchent avec ceux de nombreux autres cordonniers qui préfèrent s’installer sur la voie publique « sans se soucier de leur cadre professionnel et vivant au jour le jour« . « Je ne pense pas comme eux, fait-il savoir dès le premier abord. J’envisage d’installer une industrie de fabrication des chaussures. Je compte multiplier les points de vente au pays voire à l’étranger, apprendre aux jeunes le métier. C’est aussi une façon de lutter contre la pauvreté ». Il mise pour cela sur la qualité du travail et le sérieux.

Prendre au sérieux son travail

Lorsqu’il reçoit un client dans son « petit bureau », il enregistre la commande dans un grand cahier et lui remet un jeton qui sert, selon lui, à honorer le rendez-vous. Ensuite, ils s’échangent impérativement les coordonnées téléphoniques. « Nous connaissons tout le temps des coupures de courant électrique, prendre le numéro du client me permet de le rappeler pour reporter la date convenue si je n’ai pas fini ma tâche ». Réputé pour son respect de la parole donnée, il attire chaque jour de nombreux clients. Il ne fait pas que réparer les chaussures. Il les fabrique aussi, sur mesure ou à partir des modèles. Vendue 80 à 100 $ la paire de soulier, Richard dit ne pas se plaindre de son métier. « Le vieux est exceptionnel dans tout ce qu’il fait. Non seulement, il tient ses promesses mais il sait rapiécer avec finesse. Mes souliers totalisent bientôt deux ans depuis qu’il les a réparés. Pourtant, chez les autres cordonniers, cette même paire n’avait fait qu’une semaine », témoigne David Mpasi, un habitant de Matadi.
Après avoir obtenu son diplôme d’État en pédagogie générale, Richard Muinza fait des études d’informatique qu’il finit comme « programmeur d’application en informatique ». Mais sans emploi et sans argent, il lui était difficile d’acquérir « même un petit ordinateur. J’ai donc opté pour multiplier des formations au lieu de me tourner les pouces », fait-il savoir. Après plusieurs petits boulots à Kinshasa, il apprend la cordonnerie et décide de regagner Matadi, sa ville natale pour y installer un atelier de fabrication et de réparation des chaussures. « Matadi est une ville rocailleuse. De nombreux habitants voient leurs chaussures usées chaque jour. Ils auront toujours besoin de mes services », s’était-il dit il y a 15 ans à l’ouverture de son atelier. Du haut de ses 50 ans, Richard pense qu’il ne s’était pas trompé. Car dans la ville, tous les passants qui empruntent l’avenue Kinkanda n’oublient pas de se souvenir de la «Cordonnerie but na filet» de papa Richard.
Il voit grand mais dit se buter au manque d’intrants. « Pour avoir les cuirs, des semelles, des boucles…, je recours à la Chine. Lorsque mes amis s’y rendent, c’est là que je passe des commandes. Ce qui me coûte énormément. Si l’Etat pouvait mettre à la disposition des cordonniers des crédits ou les matériels nécessaires, nous ferions plus. La population ne va plus acheter les chaussures en dehors du pays », rêve-t-il.

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