Bas-Congo : les Ong sans stratégie meurent dès l’arrêt des aides extérieures

Bas-Congo : les Ong sans stratégie meurent dès l’arrêt des aides extérieures

Rares sont les Ong qui prévoient l’arrêt des aides extérieures et s’organisent pour pérenniser leurs actions. La plupart d’entre elles sont créées sans véritable stratégie pour capter l’argent des bailleurs, trop souvent à titre personnel.

Les passants sont surpris de constater que derrière le complexe scolaire Mavinga à Kinkanda à Matadi, trône désormais un centre hospitalier en lieu et place d’Amo-Congo, une célèbre Ong qui était devenue une référence dans la lutte contre le Sida.
Mais, depuis avril 2011, l’Ong qui prenait en charge médicalement environ 3 000 sidéens a mis la clé sous le paillasson, le Fonds Mondial qui finançait ses activités s’étant retiré, « car le projet était arrivé à terme ». Du coup, les malades qui recevaient gratuitement les antirétroviraux ont été référés dans les hôpitaux de l’Etat où ils se plaignent d’être abandonnés à eux-mêmes. « Nous sommes en train de mourir car, il n’y a pas de médicament. Si vous voulez l’obtenir, il faut débourser de l’argent », larmoie Françoise Kapinga, présidente de l’Union congolaise des personnes vivant avec le VIH/Sida.
Amo-Congo n’est pas le seul cas de figure. Plusieurs autres Ong financées par des bailleurs de fonds internationaux au Bas-Congo n’arrivent pas continuer leurs activités après le retrait de ces derniers. Manque de ressources propres, absence de perspective de pérennisation des activités à long terme, non prise en compte des besoins locaux par des bailleurs…les raisons sont multiples pour justifier ces brusques arrêts.

Fonctionner en pensant à l’avenir

Président de la société civile du Bas-Congo, Didier Mambueni évoque, lui, les limites qui empêchent de perpétuer les projets. « Il faut que les membres se cotisent pour permettre la pérennisation des activités. Ça c’est l’idéal. Mais étant donné la pauvreté des gens, quelle masse d’argent cela procurera par rapport à l’objet social du projet ? », se demande-t-il. Mais, l’absence de pérennisation n’est pas de la seule responsabilité des Ong. « Certains bailleurs passent outre l’Etat. Ils croient que nous allons détourner cet argent », regrette un agent du ministère provincial du Plan. Conséquence, l’Etat ne sait pas suivre leurs activités. Il y a trois ans, le Programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PNMLS), une structure publique, s’était ainsi insurgé contre la mauvaise distribution des antirétroviraux au Bas-Congo par une Ong internationale. Pendant que, dans certaines zones de santé, il en manquait terriblement, il avait été constaté un excès dans d’autres. « Nous avons dû les récupérer et les répartir convenablement », fait savoir Clémence Mintongo, coordonatrice intérimaire du PNMLS.
Au Réseau pour la réforme du secteur de sécurité et de la justice (Rrssj), une structure financée par la coopération britannique, les membres travaillent en pensant déjà à la fin du projet. « Je ne connais pas des Ong qui subsistent après le départ de ceux qui les financent. Souvent, ce que nous nous voulons, ils ne le prennent pas en compte car, ils ont leurs exigences », regrette Angelo Mayambula, le coordonnateur.

Bien utiliser le financement reçu

Mais là n’est pas le seul problème. Pour gagner de l’argent, beaucoup de gens créent des Ongs sans savoir exactement comment les faire durer. Le ministère provincial du Plan estime leur nombre à plus de 500 au Bas-Congo, « intervenant dans des domaines aussi divers que variés mais dont la plupart sont sans réel impact ». « Les Blancs ont de l’argent, ils cherchent un cadre idéal comme les Ong pour le dépenser », soutient un habitant de Lukula qui attend fiévreusement la signature de l’arrêté de reconnaissance de son Ong par le gouverneur pour se lancer dans la réhabilitation des routes de desserte agricole.
Une fois financées, beaucoup dilapident l’argent reçu : les responsables s’achètent des véhicules, maisons…C’est le cas d’une Ong dont le financement a été coupé il y a trois ans. Au cours d’une visite de contrôle à Matadi, la représentante canadienne de cette structure était décontenancée. Les personnes répertoriées dans le projet étaient fictives, les équipements pimpants neufs mis à leur disposition introuvables, les photos envoyées à la maison mère dans le rapport d’activités étaient toutes des montages…
Avec de telles motivations et agissements, comment les Ongs peuvent-elles durer longtemps, s’interroge Didier Mambueni. « Nombreuses n’existent que de nom. Ce sont des Ong mallettes composées du père, de la mère et des enfants », dénonce-t-il.
Toutes cependant n’ont pas mauvaise réputation, certaines Ongs travaillent avec conscience et mettent en place des projets qui subsistent au départ des bailleurs des fonds. Il en est ainsi du projet Horticulture périurbaine (Hup) de Mbanza-Ngungu, à 245 km de Matadi. Depuis deux ans, il n’est plus financé par la FAO. Malgré tout les maraichers continuent à commander eux-mêmes les semences de pommes de terre. « Nous avons assuré des formations sur la gestion, le système de crédit et d’épargne mais aussi sur le suivi des maraîchers », explique, fier, Bruno Kitsiaka, coordonnateur du projet. C’est la même politique que suit désormais le Programme Vih/Sida intégré au Congo (Provic), une Ong financée par l’USAID. Elle a mis en place la stratégie dite « communauté championne » après avoir compris que les Ong financées fermaient au départ des partenaires. « C’est la communauté qui élabore des projets que nous présentons à Provic », explique Eddy Sasi, coordonnateur d’une structure bénéficiaire. Celle-ci met de l’argent à la disposition de 10 sidéens pour qu’ils exercent des activités lucratives avec obligation de rembourser un pourcentage. Le bénéfice généré sont remis à cinq autres sidéens, ainsi de suite. « C’est ça pérenniser le projet », lance, tout heureux le coordonnateur.

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