Bas-Congo : Les civils principaux violeurs encourages par l’impunité

Partagez

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Longtemps attribués aux seuls hommes en uniforme, les viols sont aujourd’hui, au Bas-Congo, le fait des civils, essentiellement des jeunes et des responsables. Corrompant facilement les juges, ils n’encourent que des sanctions dérisoires contrairement aux militaires. Cette mère qui habite un quartier populeux de Matadi, à l’extrême ouest de la RD Congo, est inconsolable : sa fillette de 4 ans a été violée par un voisin, un homme de 37 ans. “Mon Dieu pourquoi moi ? Que deviendrais-je si elle est contaminée par le sida comme moi ?” pleurait-elle, à la mi-juin. Les membres de l’Union contre la stigmatisation et le rejet des personnes vivant avec le VIH (URSPVV), sont montés au créneau pour exiger la condamnation du violeur. “Il doit être puni conformément à la loi sur les violences sexuelles”, demande Françoise Kapinga, présidente de l’URSPVV. Crime longtemps attribué aux hommes en uniforme, le viol est devenu ces dernières années, le fait des civils. Le récent rapport de la Synergie provinciale des violences sexuelles est éloquent : “Les 281 cas de violences sexuelles enregistrés entre janvier et mars ont tous été commis par des civils.” Selon ce même rapport, le Bas-Congo est désormais en 4e position des provinces où les viols sont les plus nombreux, après les deux Kivus et la Province orientale. Pourtant, elle se plaçait l’année passée en 7e position. Ces violeurs ont entre 14 et 60 ans, 72 % ont plus de 24 ans, signale encore ce rapport qui explique,”l’oisiveté, la prise du chanvre et de boissons fortes par les jeunes, la pauvreté ainsi que la promiscuité sont à l’origine des viols”. Malheureusement, les sanctions légères à l’encontre des violeurs et les libertés provisoires dont ils bénéficient ne font que contribuer à la montée de ce fléau. Corrompre les juges Début juin, le Tribunal de grande instance de Matadi a rendu son verdict dans l’affaire du viol d’une fille de 13 ans par Kiangala, chef coutumier de Soyo, un village de Matadi. La peine est de 12 mois. La victime est la fille de sa concubine. Lors du procès, une autre fille de 17 ans a affirmé que ce chef abusait aussi d’elle devant cette fille et ce, dans le même lit. Cependant, selon les juges, le violeur bénéficie de circonstances atténuantes. “C’est un délinquant primaire, père de famille et chef coutumier détenant les secrets de tout un clan”, relève le verdict. “Le fait qu’il soit leader, qu’il ait élevé cette fille qui l’appelait même papa pendant le procès constitue au contraire une circonstance aggravante”, rétorque Chérine Luzaisu, avocate de la victime. Elle signale que le ministère public avait requis un cumul de peines exemplaire de 60 ans. Selon la loi sur les violences sexuelles, les sanctions encourues vont de 5 à 20 ans. “’Les violeurs qui ont un peu de moyens corrompent les juges pour alléger leurs peines”’, accuse un avocat de Boma, à 120 km de Matadi. Selon lui, l’unique façon pour les juges de tirer une victime d’embarras, c’est d’invoquer des circonstances atténuantes laissées à leur seule appréciation. “Elles sont reconnues par la loi et dépendent de la personnalité du prévenu”, se défend un juge. Certains violeurs s’en tirent ainsi avec trois mois de prison. Appliquer la loi Une autre entorse à la loi, c’est la liberté provisoire accordée aux violeurs. Pour y mettre fin, le premier président de la Cour d’appel de Matadi a pris en mars une circulaire menaçant de sanctionner tout juge qui l’accorderait, notamment à un violeur. Malheureusement, cette lettre ne concerne pas les magistrats du Parquet qui ne dépendent pas du 1er Président. Un agent d’un grand officier de Matadi qui a violé une fille de 15 ans vient ainsi d’obtenir du Parquet la liberté provisoire un jour seulement après sa mise en détention à la prison centrale. “Comment comprendre qu’une personne qui a violé ma fille se retrouve ainsi en liberté”, se plaint la mère de la victime. Même les hommes en toge sont découragés. “Je n’ai vraiment plus envie de défendre les victimes des violences sexuelles”, se décourage Chérine Luzaisu… Face à la montée inquiétante de ces viols dans la province, la Division provinciale du Genre, famille et enfant a organisé mi-juin un atelier de formation avec l’appui de l’Unicef. Les membres de cette division venus de tous les territoires ont été appelés à vulgariser la loi en incitant les victimes à dénoncer leurs violeurs et en montrant les sanctions encourues. “Mais à quoi bon porter plainte si c’est pour enrichir les juges. La Justice est le maillon faible de la lutte contre les violences sexuelles”, constate un membre de la synergie. Et pour cette avocate, “aussi longtemps que les sanctions des civils ne seront pas exemplaires comme celles des militaires, ils continueront à violer.

 Syfia Grands Lacs/Nekwa Makwala

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*