Bas-Congo : le choix du conjoint de plus en plus libre

Bas-Congo : le choix du conjoint de plus en plus libre
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Photo Infobascongo

Certaines exigences liées aux choix du conjoint dans la Province du Bas-Congo tiennent encore compte des origines tribales des prétendants au mariage. Cela se justifie par les frustrations que se nourrissent certains parents dont les enfants passent outre ces exigences, du moins selon ce qui se remarque dans cette province où la tendance est à leur bannissement de la part des jeunes et à la poursuite de leur observance de la part des vieux ou, mieux, des parents.

C’est cette sorte de lutte qui est toujours remarquée sur la question liée au mariage. Toutefois certains facteurs renforçants interviennent, tels que la considération morale bonne ou mauvaise accordée à certaines tribus partant de certaines habitudes leur imputées.

A cet effet, un homme disait des ressortissants du district du Bas-Fleuve, notamment ceux de la tribu Yombe qu’ils sont tribalistes, ainsi il ne serait pas bon, vu cette image, d’épouser une femme issue d’elle. Quant aux Bantandu, il est attribué à leurs filles qui sont épouses l’habitude de ne toujours pas être fidèles. Quant aux ressortissants de la tribu Manianga, ils sont taxés d’être trop chauvins. Ainsi leurs garçons ne peuvent-ils épouser que des filles de la tribu, le mariage avec d’autres filles courent toujours des risques de dislocation en faveur de leurs « sœurs » de tribu.

Paul Wampilukila, journaliste à la RTNC/Bas-Congo et éducateur social, pour renforcer l’avis donné ci-haut pour chaque tribu citée, dit : « Cela est vrai pour le Bas-Congo. Tout mariage en dehors de la tribu est potentiellement en danger. Mais il s’observe depuis quelques années la tendance contraire de la part des jeunes qui veulent remettre en cause ce qui est devenu comme une tradition : n’épouser que dans sa tribu ».

Cette tendance de remise en cause monte en effet, mais certains parents résistent encore : « Je ne peux pas tolérer que mon fils épouse une fille d’ailleurs, d’une autre tribu, de peur d’inculquer à celui-ci les mauvaises habitudes de cette tribu », a déclaré Jacques Mavakala, Directeur du Groupe scolaire Notre Dame de Fatima de Matadi. Il a ajouté en disant : « Je pourrais même trouver dans ma tribu une femme pour mon garçon lorsqu’il sera prêt pour le mariage ».

Quant à Baku Nsimba, enseignant à l’Institut du 22 Septembre, il a bravé toutes les exigences liées à la tribu brandies par ses parents,  lorsqu’il se préparait pour le mariage avec son épouse : « Je suis même entré en conflit en mes parents puisque j’avais rejeté leurs exigences. L’hostilité est vite arrivée entre eux et moi, mais qui est finalement passée puisque nous ne pouvions continuer à nous regarder en chiens de faïence. Avec le temps, je suis arrivé à leur faire accepter  ma femme ».

Par ailleurs, si le mariage entre deux jeunes gens de tribus différentes, mais originaires de la province du Bas-Congo pose parfois problème, que dire des jeunes gens de cette province qui choisissent leurs conjoints parmi les originaires d’autres province ? « Souvent il y a une opposition farouche dit Baku Nsimba, bien qu’il y ait quelques cas de ce genre de mariage qui aient quand même été entérinés pas les parents au Bas-Congo ».

La même attitude d’opposition a été remarquée de la part des « non-originaires » dans le Bas-Congo, notamment au cours des années 90 où, inspirées par le refoulement des Kasaïens du Katanga, les autorités provinciales du Bas-Congo commençaient à refouler les « non-originaires » puisque dans le lot des refoulés du Katanga il y avait aussi les Bakongo.

Certains « non-originaires » du Bas-Congo, à la faveur de la menace de refoulement, refusaient les demandes en mariage adressées à leurs filles par les ressortissants du Bas-Congo, et ils interdisaient à leurs garçons d’épouser les filles du Bas-Congo.

Dans la province du Katanga, à l’époque indiquée ci-haut, cette attitude s’était aussi développée de la part de certains « originaires » contre les « non-originaires », surtout entre les Katangais et les Kasaïens : les prétendants au mariage rencontraient parfois l’opposition leurs parents qui ne voulaient pas de ce genre de mariage mixte, surtout au plus fort du conflit entre les deux peuples précités. L’histoire en parle.

Toutefois, certains prétendants au mariage passaient outre cette opposition. Ce qui provoquait un antagonisme parfois ouvert entre ces derniers et leurs familles, lequel tendait dans certains cas jusqu’à l’hostilité. A ce sujet, il y a eu certains mariages faits par défi entrainant ainsi le bannissement des mariés par ceux-là même qui étaient censés les soutenir : les parents.

Une attitude similaire a été observée lors d’un mariage civil  à la Commune de Kamalondo à Lubumbashi où le couple n’était pas accompagné de la marmaille d’applaudisseurs qui ne manquent pas dans pareille circonstance. Aucun parent n’était présent, sauf quelques rares amis, puisque c’était un mariage refusé des deux côtés. Jacques Mwilambwe  qui nous a rapporté ce fait a justifié cette attitude : « La raison était compréhensible : c’était un  mariage par défi ».

Mais il faut retenir que certains mariages, pourtant préparés, ne résistaient pas au refus des parents. Les jeunes gens prétendants au mariage ne pouvaient que se résigner à la volonté de ceux-ci, l’affliction dans l’âme. Jacques Mwilambwe a vécu ce cas dans sa propre famille : « Mon neveu Kazadi avait beaucoup aimé sa fiancée, mais ne pouvait que se plier, malgré lui, à la volonté des membres de la famille dont la plupart ne pouvaient tolérer d’avoir une belle fille originaire du Kasaï. Mon beau-frère, son père, était intransigeant à ce sujet. L’enfant a observé pendant longtemps une attitude de bouderie à l’égard de ses parents, mais a fini pas accepter la décision de la famille ».

Du côté de la fiancée, la réaction contre le rejet du mariage, a failli être fatale, à en croire Jacques Mwilambwe : « La fille a tenté de se suicider. Mais, malgré ça, la décision n’a pas changé puisque ses propres parents ne souhaitaient pas voir son projet réussir ».

Mais d’après certaines recherches menées au sujet des mariages entre personnes issues de tribus différentes, la tendance au refus catégorique remarquée jadis dans la plupart  des provinces s’effrite peu à peu pour faire place à l’entérinement du choix des prétendants au mariage sans tenir compte de l’origine tribale de ces derniers.

C’est ce que soutient  le Pasteur Jérôme Mayambula de la Communauté Evangélique du Congo à Matadi : « Je suis contre la dictature des parents en matière du choix de la personne à épouser. Le choix doit être libre et les parents doivent l’accepter ». Et c’est cet avis du Pasteur Mayambula qu’on voit se généraliser aujourd’hui.

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