Bas-Congo: Premiers effets de la manne pétrolière après dix ans de lutte

 (Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Après des années de revendications, un village de pêcheurs près de Muanda, dans la province du Bas-Congo, bénéficie enfin des retombées du pétrole produit au large de la côte Atlantique. De premières réalisations qui changent la vie des habitants, qui estiment cependant qu’ils méritent plus… 

Danses, cris de joie… La fête était au rendez-vous en juin dernier à Nsiamfumu, petit village de pêcheurs, situé tout près de Muanda, la cité côtière au bord de l’Atlantique à 220 km de Matadi, capitale provinciale du Bas-Congo. Pour la première fois, les habitants de cette localité venaient, en effet, de bénéficier des bienfaits de l’électricité. « Nous pouvons désormais conserver nos poissons et développer notre contrée. Et nos nuits sont comme des journées« , pouvait se réjouir la présidente du Comité local de développement, Marie Buka. L’électrification a permis au village d’avoir sa toute première chambre froide, une révolution pour les pêcheurs du coin, qui n’avaient que le fumage comme méthode traditionnelle de conservation des produits de la pêche.

Nsiamfumu est sorti de l’obscurité grâce au combat menée par la population locale, qui a toujours réclamé des dividendes de l’exploitation des ressources pétrolières par des sociétés étrangères sur la côte Atlantique. Des entreprises comme Chevron et Gulf se sont installées dans la région depuis 1958, avant que Perenco, une société française, ne prenne leur place en 2000. Selon plusieurs sources, cette société produit autour 25 mille barils par jour. Mais la population n’a guère tiré profit de cette manne pétrolière. En 2008, des députés nationaux originaires du Bas-Congo se sont battus pour obtenir la rétrocession d’une part des recettes que le gouvernement de Kinshasa perçoit de cette ressource. Mais d’après le gouvernement, « il a été décidé que ces recettes servent au paiement de la dette extérieure du pays.« 

 

Revendications acharnées

De son côté, la population avait mis sur pied en 2000, un Comité local de développement pour revendiquer directement auprès de la société pétrolière, la réalisation des projets d’intérêt communautaire. Mémorandums, marches de protestation et de réclamation dans les médias, parfois même des prises d’otage du personnel expatrié de Perenco… Les habitants ont souvent multiplié les actions pour faire entendre leur voix. « Ce pétrole est une richesse de la population. Il était normal que nous exercions la pression pour réaliser des actions sociales de grande envergure« , explique un membre du Comité de développement.

La tactique a fini par payer. Des accords ont été conclus pour que la société dégage, chaque année, un montant de 210 000 $ pour mener des actions de développement communautaire. En 2008, des discussions ont permis d’éclaircir les points de divergences entre la population et la société pétrolière pour l’amélioration des rapports entre les deux parties. « Pour plus de transparence et de respect entre nous, nous veillerons à ce que Perenco fasse ce qui a été promis…« , déclare aujourd’hui le directeur de l’entreprise, Benoît Lafourchadière. En juin, il a invité les autorités provinciales pour inaugurer un centre hospitalier et une route réhabilitée à Muanda. Ce qui a beaucoup réjoui le gouverneur de cette province, Simon Mbatshi, « content de voir que Perenco travaille dans le sens de promouvoir le social de la population.«  

Parmi les revendications de la population figure aussi l’embauche en plus grand nombre des autochtones. Ce qui se fait de plus en plus, tout comme le forage des puits d’eau, la construction des écoles, des centres médicaux ainsi que l’entretien des routes…

 

Les besoins sont énormes

Cette lutte de la population a mis la puce à l’oreille de Sure Stream, une autre société qui mène actuellement des études sismiques pour l’exploitation pétrolière dans la région. Pour gagner la confiance des habitants, elle aussi a ouvert une coopérative et compte construire  des écoles et des centres médicaux…

Mais toutes ces actions sociales paraissent bien maigres aux yeux de la population locale. A Moanda habité par 120 000 âmes, aucune route n’est asphaltée. L’eau et l’électricité sont un vrai casse-tête, et les centres hospitaliers et les écoles totalement délabrés… « Les besoins de développement à Muanda sont énormes. Nous aimerions que les 210 000 $ de recettes pétrolières soient multipliées par dix« , réclame aujourd’hui Jean-Pierre Mavuemba, porte-parole du Comité local de développement.  

 

Syfia Grands Lacs/Nekwa Makwala

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