Bas-congo : davantage des enfants prétendus sorciers dans la rue

Bas-congo : davantage des enfants prétendus sorciers dans la rue
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Une avenue de matadi/Photo Infobascongo

Une avenue de matadi/Photo Infobascongo

Au Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, la nouvelle loi portant protection des enfants n’est pas appliquée par manque de vulgarisation. Pourtant, le nombre d’enfants qui font la rue va croissant. La plupart y sont parce que taxés de sorciers.

 
Mi-septembre 15h, la police est venue constater la présence d’un corps inerte sur 7, avenue de l’école  au Sud, un des quartiers pauvres de Mvuzi à Matadi à 365 km de Kinshasa. Aucun bruit de pleurs comme si un malheur ne s’était pas abattu.  A côté, des filles s’affairent à cuisiner. Des jeunes jouent aux cartes et une maman lave son bébé… Guérison Tiba, ce garçon de 12 ans a tiré sa révérence la nuit sans que quelqu’un ne le sache. C’est vers 7 h qu’un membre de sa famille l’a découvert.  L’infortuné qui vivait dans la rue depuis quatre ans avait regagné sur recommandation de Jean-Baptiste Minfunu, Bourgmestre de Mvuzi la famille de sa défunte mère. ‘’ Il était très malade du paludisme. Et, ces tantes ne voulaient pas le recevoir au motif qu’il est sorcier et qu’il avait ‘’bouffé’’ leur grande sœur.’’, racontait-il à la police. Au Bas-Congo, ils sont légion des prétendus sorciers qui font la rue parce que
chassés par leurs parents. Pourtant, début janvier, la RD Congo a publié la loi portant protection des enfants. Elle stipule en son article160 : ‘’En cas d’accusation de sorcellerie à l’égard d’un enfant, l’auteur est puni d’un à trois ans de servitudes pénales principales et d’une amande de deux cents mille à un million de francs congolais .’’. Malheureusement, celle-ci n’est pas encore appliquée. ‘’ Aussi longtemps que ces nouvelles dispositions resteront lettres mortes, la situation de ces enfants ira empirant.’’, soutient un activiste des droits de l’homme.

Manque de vulgarisation

‘’ La loi n’est pas encore vulgarisée parce qu’on devait lancer cette activité au mois de juin. Tout a été bloquée par le changement qu’il y a eu dans la magistrature.’’, explique Caroline Batonda, Chef de division du genre, famille et enfant. Aussi, d’autres problèmes empêchent son application dont le manque d’argent et des tribunaux des enfants. Pourtant, le nombre des ‘’prétendus sorciers ‘’, qui font la rue continue de gagner du terrain. Selon le Ministère des Affaires Sociales, ‘’ Ils sont estimés  à 2000 enfants dans le Bas-Congo‘’. Or, ils n’étaient que près de 1000 l’année passée. Pour Charles Bromains, un Psychologue : ‘’ C’est parce qu’ils se sentent déshumanisés, solitaires, rejetés qu’ils choisissent la rue. ‘’.  P. M, 21 ans  vit aujourd’hui à l’orphelinat catholique, ‘’ sauvons les enfants ‘’ en ville basse à Matadi. Il n’a jamais oublié son dur calvaire . ‘’ Ma marâtre m’exigeait de vendre des œufs bouillis jusqu’aux petites heures du matin. Je n’allais pas à l’école. C’est lorsqu’elle m’a emmené dans son église que j’ai accepté que j’étais sorcier après m’avoir appliqué une tisane piquante dans les yeux. Mon père m’avait battu à mort et je me suis sauvé dans la rue’’, se souvient –il les yeux pleins des larmes.  .’’ Mais pourquoi ne pas exorciser cet enfant ?’’, se demande l’Abbé André Ntoni, Curé de la paroisse Sacré-Cœur de Kinkanda  qui tranche : ’’ Les sorciers sont les parents  qui  mettent leurs enfants dans la rue.’’. Dans les artères des juridictions de la province, il n’ y a que les enfants des démunis. ‘’ Le vrai problème, c’est la pauvreté.’’, soutient Charles Bivula, Administrateur chargé de la protection des enfants au fonds des nations –unies pour l’enfance (Unicef), bureau de Matadi. Pour que la loi soit appliquée, Me Cherine Luzaisu, défenseur des droits des enfants demande au gouvernement de mettre les moyens financiers pour sa vulgarisation. Cependant,Charles Bromains reste formel : ‘’ La solution pour chasser la sorcellerie c’est de bombarder l’enfant de beaucoup d’amour’’.                          

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