La parole à Junior Nzita : « Mon histoire est dure à raconter »

La parole à Junior Nzita : « Mon histoire est dure à raconter »

 (Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Junior Nzita, ex-enfant soldat qui a courageusement fait des études, se bat aujourd’hui pour que les enfants ne soient plus enrôlés dans les groupes armés qui compromettent leur avenir.

 Il n’avait que 11 ans quand il a été enrôlé dans la rébellion de Laurent Désiré Kabila, déclenchée à l’est de la Rd Congo en 1996. A 24 ans aujourd’hui, il ne veut pas voir d’autres enfants vivre son drame. Après son Graduat en Droit à l’Université de Kinshasa, il nourrit l’ambition de devenir juriste pour, dit-il, « défendre les droits des enfants« . Dans son livre bientôt publié, il retrace sa vie dans le champ de tir dix ans durant. Il milite désormais dans plusieurs associations des jeunes, pour les conseiller et interpeller tous ceux qui enrôlent les enfants dans les groupes armés, pour qu’ils arrêtent cette entreprise criminelle.

Junior Nzita, ex-enfant soldat

Junior Nzita, ex-enfant soldat

 

 Syfia Grands Lacs : Comment as-tu fait pour sortir de la vie d’enfant soldat ?

Junior Nzita : Mon histoire est dure à raconter. Je dois tout simplement dire que j’étais déterminé. Après avoir fait partie de la rébellion du président Laurent Désiré Kabila à l’Est du pays, en 1999 j’ai été muté au Bas-Congo (Ouest). A Matadi, j’ai aimé une fille qui me disait sans cesse qu’elle détestait les militaires. Des compagnons d’armes avaient, en effet, tué son frère à Muanda et rendu sa mère handicapée. Mais j’ai été obligé d’avouer à cette fille dont j’étais éperdument amoureux, que moi aussi j’étais militaire. Elle n’a pas supporté cette vérité et m’a quittée. J’avais alors des amis qui étudiaient à l’Institut Ntentembwa. Grâce à eux, j’ai pris la ferme résolution de reprendre le chemin de l’école.

 SGL : Etait-ce facile de réintégrer l’école et en avais-tu les moyens ?

J.N : Je m’étais adressé à mon chef hiérarchique dans l’armée, le Colonel Bondo. A son tour il a obtenu l’autorisation du Commandant de la 2ème Région militaire pour que je reprenne le chemin de l’école. En 2000 j’ai repris les cours en 2ème année du Secondaire à l’institut Boboto, à Matadi. Mais c’était dur : le matin je devais être à la parade militaire, le soir monter la garde. Un temps après, le Colonel Bondo qui payait mes études est allé travailler au Zimbabwe. Un autre calvaire a commencé pour moi.

 SGL : Et tu t’en es sorti comment ?

J.N : Comme je touchais une solde très insignifiante, j’ai commencé à chercher de nouvelles ressources. J’ai alors crée une association qui réunissait tous les Kadogos (enfants soldats, Ndlr) du Camp militaire Redjaf à Matadi. Nous avons obtenu une prise en charge du Centre de développement des milieux ruraux, une Ong subventionnée par la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (Conader). Quand le financement est arrivé à terme, notre situation s’est empirée. Ma chance, c’est d’avoir été découvert par la famille Tshomba. Elle a accepté de me prendre chez elle. Trois ans plus tard, en 2005, j’ai décroché mon diplôme d’Etat (bac). Mais c’est seulement en 2006 que j’ai été démobilisé. Juste à mon entrée à l’Université.

 SGL : Et tu as embrassé les études de Droit. Pourquoi ce choix ?

J.N : Je n’ai pas vécu comme les autres enfants. J’étais coupé de toute affection. Je pense qu’avec le Droit, je pourrai défendre les enfants. Mais l’Université coûte énormément chère. Après le graduat j’aurai pu faire ma licence mais j’ai arrêté. J’en profite pour me consacrer à la publication de mon livre, qui pourra je l’espère me donner un peu d’argent pour poursuivre mes études.

 SGL : Que racontes-tu dans ce livre ?

J.N : Ma vie d’enfant soldat. Le thème du livre c’est d’ailleurs « Si ma vie d’enfant soldat pouvait être racontée.«  Préfacé par Catherine Brine, Directrice du Centre Wallonie Bruxelles, il est dédié à tous les enfants soldats tombés sous le champ de bataille, à mes parents adoptifs, le couple Tshomba avec qui le destin m’a fait une connexion en or.

 SGL : Un mot sur ton entrée dans l’armée ?

J.N : Je ne saurai le raconter maintenant (sanglots). Mais j’y ai vécu la méchanceté des nos aînés qui nous ont appris à tuer. Je me demande si la justice de Dieu sera faite sur moi. Je demande pardon à tous ceux à qui j’ai causé du tort arme à la main…

 SGL : Tu as pu courageusement lutter contre ce traumatisme…

J.N : Quand j’ai émis le vœu de reprendre l’école, j’ai évolué dans le mouvement Scout. Cela m’a beaucoup aidé. Et aujourd’hui j’ai décidé de militer dans plusieurs structures pour servir d’exemple. Je suis président provincial des ex-enfants soldats et responsable de plusieurs structures des jeunes. A l’occasion de la journée des enfants soldats, j’exposerai mes photos au Centre Wallonie Bruxelles. C’est une façon pour moi de panser mes plaies.

 SNL : Tu n’as pas un seul instant parlé de tes parents biologiques !

J.N : Non, je ne sais rien dire à ce sujet

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