Bas-Congo :L’absence du train voyageur appauvrit les campagnes

 train onatra(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) La misère s’accentue dans de nombreux villages du Bas-Congo depuis que le train voyageur ne roule plus entre Kinshasa et Matadi. Du coup les paysans qui vivaient grâce au trafic ferroviaire produisent moins et quittent la campagne pour s’installer le long de la Nationale n°1, qui relie les deux villes.

La vie s’est presque arrêtée le long des 390 km du chemin de fer qui relie Kinshasa au chef-lieu de la province du Bas-Congo, Matadi. De la gare de Mpozo à celle de Kingantoko, les maisons occupées par les agents de l’Office national des Transports (Onatra, gestionnaire de la voie ferrée), sont presque toutes abandonnées. Seuls les chefs de gares et aiguilleurs restent encore en poste, malgré eux. Progressivement désertés par les habitants, les villages aux alentours sont envahis par des herbes folles. Les jeunes en premier les quittent et s’installent en ville. Les vieillards qui ne savent où aller, sont les seuls à y vivre encore. « L’absence prolongée du train, très vital pour les villageois vivant le long du rail, est la principale cause de cette situation », explique Ronsard Ndombe, chef de gare de Malanga, à 122 km de Matadi.

C’est depuis mars 2008 que le train voyageur a arrêté le trafic entre la capitale et Matadi. Principale raison, l’insuffisance de locomotives. L’Onatra n’en comptait plus que deux à cette date, qui tombaient tout le temps en panne. Pour éviter tout risque d’accident, la direction de cette entreprise publique a préféré jouer à la prudence. Sa gestion a par la suite été confiée en 2009 à Progosa, une firme espagnole qui a reçu mission de stabiliser et de proposer un plan de relance de l’entreprise.

Des villages se délocalisent

Le long de la voie ferrée, toutes les activités qui s’y déroulaient à chaque passage du train sont depuis paralysées. « Nous avons du mal à écouler les produits de nos cultures et à troquer les produits agricoles contre les biens manufacturés qu’apportaient les voyageurs », regrette mamie Siluwengi, du village Luzolu près de Tumba-Gare. Elle se souvient qu’à chaque fois que passait le train, elle écoulait tous les produits de ses champs (feuilles de manioc, oignon, tomate, piment…). « Aujourd’hui je peine à les vendre », dit-elle. Ceux qui faisaient le petit commerce le long du rail ont presque tous fermé boutique. « C’est pénible. Pour achalander ma boutique je devais parcourir de longues distances à pied pour atteindre la Nationale n°1 et de là prendre un véhicule pour Kinshasa ou Matadi », explique un petit commerçant qui a fini par abandonner cette activité.

Dans les villages, les paysans ne cultivent dès lors que pour leur propre consommation, pour ne pas voir moisir leurs produits agricoles. Les prix des produits manufacturés (sel, savon, pétrole lampant…) venant de la ville ont par ailleurs prix l’ascenseur. A la campagne, « ils sont passés presque du simple au double alors qu’avant la différence n’était pas aussi grande », témoignent des villageois. Une situation qui appauvrit davantage la campagne, et poussent les gens à nomadiser. Ils s’installent petit à petit le long de la Nationale n°1, où ils peuvent espérer vivre de l’intense trafic routier. Un village, Kindundu, s’est même entièrement délocalisé pour s’implanter au bord de cette route. « Du moment que le train ne circulait plus, nous n’avions plus d’autre alternative », confie Floribert Mutufuila, le chef de ce village. De nombreux villages leur ont emboîté le pas. D’autres paysans se sont installés dans de grandes agglomérations comme Mbanza-Ngungu, Songololo ou Kimpese.

Le retour du train conditionné

Avant de quitter leurs villages, certains vendent leurs champs ou les font louer à ceux qui préfèrent encore y vivre. « J’espère rentrer un jour dans mon village quand le train sera de nouveau opérationnel », explique Benjamin Lubaki, propriétaire de concessions agricoles qui est contre la délocalisation des villages, parce qu’elle perturbe la cartographie de la province. Mais le retour du train voyageur ne semble pas pour bientôt. Car le redressement de l’Onatra tant espéré tarde à se réaliser. « Progosa n’a rien innové et n’est même pas parvenu à acheter une seule locomotive », grognent des agents. Chef de service à la Société nationale des chemins de fer du Congo (Sncc), David Sumika Malanda pense que le problème de l’Onatra n’est pas uniquement lié au manque de locomotives. Pour lui, la remise en service du train voyageur est aussi conditionnée par « la réhabilitation complète de la voie ferrée qui présente des dangers à divers endroits et par la démolition des constructions anarchiques qui la longent. » Une précaution de sécurité qui vaut la peine d’être prise…

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