Bas-Congo : être prêtre une vocation et non un métier

Abbé Paraclet Nkuti/Photo Infobascongo

Abbé Paraclet Nkuti/Photo Infobascongo

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Au Bas-Congo comme partout en RDC, devenir prêtre demande de la conviction et de la persévéranceLes études ne sont plus gratuites et ce sacerdoce ne rapporte plus autantSeuls ceux qui ont une véritable vocation rentrent aujourd’hui dans l’Eglise… Ils sont beaucoup moins

Après près de 17 ans de formation et de patience, Paraclet Nkuti a finalement été ordonné prêtre, en novembre dernier, au diocèse de Matadi, l’un des trois que compte le Bas-Congo. Sur la cinquantaine de candidats de sa promotion au petit séminaire de Kibula, il est le seul à arriver en fin parcours. Heureux, il a du mal à s’expliquer d’être l’unique prêtre de sa promotion « à avoir tenu bon ». Le diocèse a dû attendre six autres prêtres de trois promotions montantes pour organiser son ordination sacerdotale. Car, « il n’était pas indiqué de le faire avec un seul prêtre », explique un prélat.
« Devenir prêtre est une vocation. Mon fils a démontré que c’est à cela qu’il a été choisi », s’est écrié Josué Nkuti, le père de l’abbé Paraclet. Attirés jadis par la vie aisée que menait le clergé et par l’image qu’il reflétait dans la société, de nombreux jeunes du Bas-Congo et d’ailleurs choisissaient souvent d’aller au séminaire, pour porter un jour la soutane. Mais aujourd’hui beaucoup de choses ont changé. « Pour éviter que certains aspirants sans réelle vocation ne soient formés gratuitement, les diocèses ne prennent plus que partiellement en charge leurs études », explique un prélat.

Mettre la main à la poche

Ils doivent mettre la main à la poche pour parachever leur cursus. Les moins tenaces des séminaristes jettent l’éponge en cours de formation s’ils ne sont pas remerciés par leurs formateurs. « Moi, j’ai abandonné car je ne pouvais accepter de continuer de vivre les dures conditions du grand séminaire », affirme un défroqué. Niché à Inga, cité abritant le barrage hydroélectrique du même nom, un prêtre reconnaît que ce n’est pas facile du tout. « Si ce n’est pas à cela que vous avez été choisi, vous ne pourriez tenir le coup ».
Après une rigoureuse formation qui dure une quinzaine d’années, les nouveaux prêtres doivent exercer leur sacerdoce dans des conditions beaucoup plus rudes que celles des années des Pères blancs. Le départ des anciens missionnaires à partir des années 80 a, en effet, progressivement entraîné la ruine de la plupart des paroisses. La manne financière qu’elles recevaient alors des Eglises du Nord n’arrive plus qu’au compte-goutte. Pour faire vivre et marcher leurs paroisses, les curés doivent souvent compter sur les bonnes grâces de leurs fidèles. Mais ceux-ci, généralement pauvres, pensent qu’ils donnent déjà assez de leur maigre bourse. « Nous étions habitués à donner des offrandes. C’est difficile de changer d’habitude », affirme Martin Nsololo, de la Famille chrétienne, une structure catholique.
Pour ne pas être très dépendants des subsides ou autres donations, des prêtres exercent de petites activités lucratives. Ils construisent des centres d’accueil ou d’hébergement où sont organisés séminaires et ateliers, montent de petites pharmacies, cultivent des champs… D’autres profitent d’un voyage d’études en Europe pour y rester car les conditions de vie y sont moins éprouvantes. Ils trouvent assez facilement un poste puisque le même problème de crise de vocation se pose dans le vieux continent.

« Qu’avez-vous fait de nos prêtes ? »
Tout cela renforce la crise de la prêtrise. Si au Bas-Congo des prêtres sont encore visibles et officient des messes, ils ne sont plus aussi nombreux qu’avant pour couvrir l’ensemble des diocèses de la province. Chef de secteur de Wombo et fidèle catholique, Kerson Matondo reconnaît que leur tâche n’est pas une sinécure. « Il est difficile qu’ils soient partout dans les 120 villages de ma juridiction », dit-il. Enfourchant leurs motos ou vélos, ils parcourent de longues distances pour rencontrer leurs ouailles. Ils sont relayés dans cette mission par des « Tata Nlongi », des axillaires laïcs formés pour l’encadrement spirituel des fidèles.

Evêque coadjuteur du diocèse de Matadi, Mgr Daniel Nlandu est souvent à l’écoute des abbés et des fidèles pour se rendre compte des difficultés de l’Eglise. Et il ne cesse de galvaniser les chrétiens, pour qu’ils n’abandonnent pas leurs pasteurs. « Qu’avez-vous fait de nos prêtres ? », interroge-t-il à chaque occasion.

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