Bas-Congo : la mauvaise gestion de l’argent du péage ruine la route

img10209(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Depuis que l’argent du péage de la Nationale n°1 reliant Kinshasa à Matadi est géré par le Fonds national d’entretien routier, celle-ci se dégrade rapidement. La rétrocession de 20% des recettes à la province, qui lui permettait de faire des travaux utiles, ne suit pas et les agents de péage découragés se laissent corrompre.

Les routes se portent mal dans le Bas-Congo au sud-ouest de Kinshasa. Sur la Nationale n°1 qui relie la capitale congolaise à Matadi, capitale du Bas-Congo, des têtes d’érosion menacent la voie à plusieurs endroits. La chaussée est jalonnée de nids de poule et de dos d’âne. Rouler dessus est un casse-tête pour les conducteurs qui redoutent, à tout moment, des accidents. « Comment expliquer que cette route se détériore ainsi alors que le tarif du péage a été revue à la hausse ? », questionne Mabanga Mabaro, président de l’Association pour l’encadrement des transporteurs poids lourds du Bas-Congo.
Longue de 365 km, la Nationale n°1 a été réhabilitée en 2006, grâce à un financement de la Banque mondiale. Son entretien et le paiement du personnel étaient alors confiés à Malta Forrest, l’entreprise privée qui avait préfinancé les travaux de construction des trois postes de péage installés sur ce tronçon. Selon les autorités provinciales qui percevaient 20 % des recettes du péage (80 % étant gérés par Forrest), cette taxe produisait à l’époque 400 000 $ par mois. « Cela nous a aussi permis de réhabiliter et de construire d’autres routes, de jeter des ponts, d’embellir des ronds-points et d’éclairer des avenues », regrettent les autorités provinciales.

Gestion floue des recettes

Mais depuis 2008, la gestion de ces recettes a échappé à la province. Elle a été confiée au Fonds national d’entretien routier (Foner), créé la même année avec comme mission de collecter les ressources nécessaires à l’entretien et à la protection des routes, et de la voirie urbaine d’intérêt national. Si les recettes ont entre-temps doublé voire triplé, atteignant selon certaines sources près de 2 millions de $ par mois, cette « passation de pouvoir » tarde à produire des effets sur le terrain. Vitale pour les imports-exports, l’état de la route Kinshasa-Matadi laisse aujourd’hui à désirer.
Après la création du Foner, le gouvernement central a confié la tâche d’entretien de cette route à l’entreprise chinoise Crec. Mais rien de concret n’a encore été fait. « L’idéal du péage n’a jamais été respecté. Les routes que cette entreprise devrait construire sont toujours en état de délabrement », rouspète Mabanga Mabaro. Le gouvernement provincial se plaint, pour sa part, de ne pas recevoir ce qui lui revient. Au lieu de 20 % sur les recettes actuelles, il ne lui serait rétrocédé que 120 000 $ le mois et de manière irrégulière. « Nous aurions pu faire beaucoup de choses », disent les autorités locales. Des travaux d’asphaltage se sont arrêtés à Matadi, les toilettes sont hors d’usage aux postes de péage et plusieurs territoires restent enclavés par manque de routes et ponts en bon état…

Une solidarité démotivante

Au Foner, les explications ne manquent pas. « Le Foner est un fonds de solidarité nationale », dit une source ayant requis l’anonymat. Une part des recettes des péages irait à l’exécution d’autres travaux, notamment la modernisation des grands boulevards à Kinshasa… D’après la même source, le Foner a adressé une demande aux gouvernorats des provinces pour qu’ils envoient leurs programmes prioritaires d’entretien des routes. Ceux-ci devraient déboucher sur l’élaboration, avec le ministère des Travaux publics, infrastructures et reconstruction, d’un programme national d’entretien routier. « Mais le Bas-Congo n’a pas encore répondu. »
En attendant la route s’abîme et les agents qui perçoivent les taxes se démotivent.
Depuis trois ans, ils travaillent sans contrat et se plaignent d’être mal rémunérés. Ils gagnent, selon les grades, entre 100 et 1100 $. « C’est une tentation de brasser d’importantes sommes d’argent et d’en gagner si peu à la fin du mois », enrage l’un d’eux. Les plus mal payés ont déserté leur poste. Ainsi au péage de Lukala (170 km de Matadi), seuls cinq guichetiers travaillent au lieu de dix. Pour compléter leurs maigres salaires et malgré le risque d’encourir des sanctions, certains trouvent de petits arrangements avec les transporteurs routiers. « C’est l’unique moyen de se faire un peu d’argent », justifient-ils, expliquant que toutes leurs revendications n’ont jusque-là guère trouvé d’écho satisfaisant auprès des autorités.

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