Bas-Congo : la révision du fichier électoral peine à se terminer

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Un bureau d'enrolement/infobascongo

Un bureau d'enrolement/infobascongo

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) La révision du fichier électoral pour les élections de 2011 s’est avérée laborieuse dans la province du Bas-Congo (sud-ouest de Kinshasa). Matériel vétuste, nombre insuffisant de centres d’inscription, rupture des stocks de fiches, personnel peu formé et démotivé, problème de cartes d’identité… En ce mardi d’août, jour ouvrable, le centre d’inscription des électeurs de Mabeki, à Matadi, chef-lieu du Bas-Congo, n’a pas ouvert ses portes pour cause de rupture de stocks des fiches d’enrôlement. « Nous n’avions déjà pas assez de temps pour chercher de quoi mettre sous la dent et la CEI (Commission électorale indépendante, Ndlr) s’arrange pour nous en faire perdre », enrage Alain Mbedi, un électeur.
Démarrée en mai, l’opération de révision du fichier électoral devait entièrement prendre fin le 16 août dans cette province. Mais la CEI l’a prolongée de 10 à 20 jours, pour une soixantaine de centres qui n’ont pas fini leur travail. Car de nombreuses difficultés ont émaillé ce processus. Elles vont de la rupture des stocks des fiches d’inscription et du carburant – qui fait tourner les générateurs dans les régions éloignées où il n’y a pas d’électricité – à la vétusté du matériel utilisé, en passant pas l’insuffisance du nombre de centres, la démotivation d’un personnel mal payé ou parfois mal formé, le problème de carte d’identité… « C’est normal que cela arrive. Le gouvernement n’a pas donné les moyens, nous ne travaillons qu’avec ce que la Communauté internationale a mis à notre disposition », raconte révolté, un responsable de la CEI à Matadi.

Travail harassant et délicatC’est essentiellement le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) qui finance ces premières opérations de révision du fichier électoral. Capitales pour le bon déroulement des scrutins de 2011 dont le calendrier a été publié ce mois d’août par la CEI, elles concernent tous les Congolais de 18 ans et plus, y compris ceux qui auront cet âge lors de ces échéances. Le 16 août, 1,4 millions de personnes ont été enrôlées sur les listes au Bas-Congo, ce qui représente 85 % des prévisions, selon la CEI.
Cette structure qui doit céder sa place à la CENI (Commission nationale électorale indépendante), a dû réduire ses moyens d’action dans la province. « Faute d’argent, il n’y a que 447 centres cette année, contre 515 en 2005 », compare un agent de la CEI. Dans ces centres parfois très éloignés des villages des électeurs, les kits électoraux qui ont déjà servi aux précédents scrutins tombent régulièrement en panne. A cela s’ajoute la lenteur et la non maîtrise de l’outil informatique par certains enrôleurs. Peu motivés, ceux-ci se plaignent de ne toucher que 250 à 300 $ mensuels, traînent les pieds ou quittent les centres plus tôt que prévu. La rémunération est faible, disent-ils, « car ce travail est harassant et délicat. La CEI devait nous payer en conséquence pour éviter toute tentative de tricherie. »
Des accusations de manipulation des cartes d’identité ont notamment été signalées dans la province. A Mabeki, un habitant qui s’était rendu compte que de nombreuses personnes manquaient de pièce d’identité, fabriquait de fausses cartes d’élèves qu’il vendait à qui en faisait la demande. D’autres, à défaut d’avoir un tel document, se présentaient avec des témoins qui ne les connaissaient pas mais qui, pour les besoins de la cause, confirmaient leur nationalité congolaise. « C’était l’unique moyen d’obtenir ma carte d’électeur », avoue une habitante de la cité de Kisantu, à 245 km de Kinshasa.

Des craintes pour la suite
Dans les centres d’enrôlement, les policiers aussi sont mal lotis. Ils sont payés 900 Fc/jour (1 $), ce qui ouvre la voie à toutes sortes de tentations. « Sans la part (de financement) du gouvernement, les difficultés persisteront », s’inquiète un agent de la CEI qui rappelle qu’en 2005, la rémunération quotidienne des policiers était de 10 $.
Démarrées dans la capitale Kinshasa où elles doivent être refaites parce qu’elles n’avaient pris en compte que les électeurs qui viennent d’atteindre l’âge majeur de vote et aussi pour raison de renouvellement de la carte d’électeurs, ces opérations vont se poursuivre les mois à venir dans les neuf autres provinces du pays. Mais les problèmes qui se sont posés au Bas-Congo, font redouter qu’elles ne soient pas finies avant le premier scrutin fixé, selon le nouveau calendrier électoral, au 27 novembre 2011.

Encadré

Le calendrier électoral fait débat

La Commission électorale indépendante (CEI) de la Rd Congo a publié, le 9 août dernier, le calendrier des prochaines élections. Elles devraient se tenir entre 2011 et 2013. Le premier tour de la présidentielle et les législatives sont programmés au 27 novembre 2011, et le second tour de la présidentielle le 26 janvier, en même temps que les élections provinciales. L’élection des sénateurs est fixée au 13 juin 2012 et celle des gouverneurs et vice gouverneurs des provinces le 13 juillet de la même année. Quant aux élections communales et locales au départ prévues en 2010, elles sont remises en 2013.
Cette annonce suscite des houleux débats dans la classe politique et de la société civile. L’opposition notamment crie à la violation de la Constitution. L’article 73 de la Constitution prévoit, en effet, que l’élection présidentielle soit convoquée 90 jours avant l’expiration du mandat du président en exercice, qui se termine dans ce cas le 6 décembre.

 Pour l’opposition, le premier tour de cette élection devrait donc se tenir en septembre et non en novembre 2011. Alors que la loi créant la Commission nationale électorale indépendante (CENI) qui doit organiser ces scrutins a déjà été promulguée, l’opposition récuse, en outre, au président de la CEI, l’abbé Apollinaire Malu Malu, la compétence de publier le calendrier électoral.
Le bureau de la CENI n’ayant pas encore été constitué, Malu Malu affirme n’avoir pas violé la Constitution. Il demande à ceux qui contestent la démarche de la CEI, de saisir la Cour suprême de justice, pour qu’elle se prononce sur cette question.

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