Des manuels scolaires gratuits, vendus sur le marché

sensibilisation des élèves /infobascongo

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(Syfia Grands Lacs/Rd Congo)Alors qu’ils doivent être distribués gratuitement aux élèves de l’école primaire de la Rd Congo, de nouveaux manuels scolaires arrivés depuis plus d’un an destinés aux plus petits sont vendus sur le marché, sans que le réseau au centre de ce détournement ne soit démantelé. Dans les écoles où les enseignants sont formés à leur bon usage, tout le mode se rejette la balle…

 

 Sur la place Bracongo près du commissariat général de la police à Matadi, des jeunes vendent, étalés à même le sol, des ouvrages de français et de mathématiques. Au bas de la page de couverture de ces manuels scolaires, la mention en caractère gras couleur noire « Ne peut être vendu« , a été raturée ou découpée. Ces livres sont vendus ici, à un prix qui varie entre 4500 et 5500 Fc (5 à 6 $). Une centaine de mètres plus loin, les mêmes manuels sont également proposés à la vente, exposés sur un présentoir devant le grand bâtiment Dragage qui abrite les divisions provinciales des ministères. Un homme, vraisemblablement fournisseur, arrive sur le lieu portant un sac contenant un nombre important de ces ouvrages. « Il te faut aussi prendre Les Champions, c’est un très bon livre« , dit-il à un client.

Ces manuels sur les cours de mathématiques et de français sont distribués depuis plus d’un an dans les écoles conventionnées et publiques de la Rd Congo, par la Coopération technique belge (CTB) et le Projet d’appui au redressement du secteur de l’éducation (PARSE, financé par la Banque mondiale). Ils sont destinés aux élèves des quatre premières années du primaire (À la Fontaine, Les Champions en français, Jenovic, Muntu et les mathématiques). Outre l’interdiction de les vendre, des spots et chansons sont diffusés dans les médias pour expliquer leur importance dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement primaire.

 

Fuites dans le circuit de distribution

C’est à la grande surprise qu’ils se retrouvent dès lors sur le marché, là où on ne les attendait pas. « A Kisangani où nous avons mené une première enquête, nous en avons découvert étalés sur le marché de la ville« , témoigne Simon Kayoyo Umbela, coordonnateur du projet PARSE qui distribue un lot de 14 millions d’exemplaires. A la CTB, Alain Dresse reconnaît les nombreuses difficultés dans le circuit de distribution de ces livres, qui occasionnent ces « fuites » sur le marché. « Nous nous appuyons sur les structures de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP), à savoir les divisions, sous divisions et les écoles, explique-t-il. Mais dans l’ensemble le travail n’est pas bien fait et les écoles qui n’ont pas de bons bâtiments ne conservent pas bien les manuels… »

Des vols surviennent à plusieurs niveaux, même lors des opérations de transport. « A Matadi comme à Goma, on a attrapé des voleurs« , renseigne le chef de projet de la CTB. Dans les divisions et les écoles, tous se défendent. Un agent de la division de l’EPSP au Bas-Congo s’étonne d’appendre que ces manuels sont vendus. Dans les dépôts où ils sont stockés, les cartons sont hermétiquement fermés et un gardien y veille, dit-il. Cet agent pointe un doigt accusateur vers les directeurs d’école.

« Je trouve irresponsable qu’un directeur le fasse, réagit Missiengo Kuniekita, directeur de l’école primaire Ngemba de Matadi. Quand un enseignant prend des livres, il signe dans un registre même quand il les remet. C’est à la division que cette maffia peut se commettre. »

 

Changer de mentalité

Depuis qu’ils sont informés de ces détournements, la CTB et le PARSE se concertent. Mi-novembre, un atelier doit les réunir avec les représentants du ministère de l’EPSP, de la police, des tribunaux et les médias. « Nous sommes conscients du problème et cherchons à le résoudre« , assure Alain Dresse. Pour lui, c’est un vrai problème de changement de mentalité qu’il faut opérer dans le pays. « Même des dons de riz du Japon ont été vendus…« , s’étonne-t-il.

Entre-temps, 70 mille enseignants ont été formés depuis septembre 2009, pour maîtriser l’usage de ces manuels scolaires. Au total, 110 mille devraient l’être d’ici avril 2011. Quelques critiques ont été entendues sur leur contenu, certaines écoles le jugeant non conforme au programme scolaire de la Rd Congo. « Comparés avec Maker, A nous les maths, A nous le français…, ils sont d’un niveau bas« , estime un directeur d’école. A la demande du ministère de l’EPSP, les passages sur le VIH/Sida et les dessins ont été barrés. Ces extraits mis à part, « le contenu [d’ensemble] correspond bien au programme national« , assure Alain Dresse qui souhaite voir les enseignants faire un bon usage de ce précieux outil de leur travail.

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