Bukavu : la RTNC boudée par les Congolais

Bukavu : la RTNC boudée par les Congolais

La station de la Rtnc Bas-Congo/infobascongo

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Autrefois fierté nationale, la RTNC exaspère désormais bon nombre de Congolais qui estiment que cette chaîne publique n’est plus celle de l’ensemble des citoyens. Ils se plaignent de devoir bientôt payer une redevance pour un média trop proche du pouvoir à leur goût.

La Radio télévision nationale congolaise, RTNC, chaîne publique, était pompeusement appelée Tam-tam d’Afrique à l’époque du président Mobutu. Elle diffusait alors sur une grande partie du continent. Créée en 1945, elle ne semble aujourd’hui plus être que l’ombre d’elle-même. « Sa couverture est de plus en plus faible », regrette Gaston Manga, activiste des droits humains. « Depuis deux mois, la station de Bukavu ne couvre que deux ou trois des huit territoires de la province. Et encore, pas 24 heures sur 24, quand le délestage de la Société nationale d’électricité ne s’en mêle pas… » Pourtant, la radio reste l’unique moyen de s’informer pour la grande majorité de la population rurale et analphabète du Sud-Kivu.
La RTNC est, depuis plus de dix ans, concurrencée, parfois même dépassée, par les radios privées. Selon le résultat d’une enquête menée en juillet 2010 à Bukavu à la demande de Radio Okapi par lmmar, un cabinet d’étude de marchés basé à Paris, Radio Maendeleo, une radio communautaire, est la station la plus suivie de la ville avec 31 % d’audience. Viennent ensuite Okapi, RTNC, Maria, Iriba et Star. Immar a travaillé sur un échantillon de 400 personnes sur 12 radios émettant ou écoutées à Bukavu.

« Cette station n’informe pas »
L’émission Dialogue entre Congolais de Radio Okapi, qui passe tous les soirs, est l’un des programmes les plus populaires en RD Congo. Elle est consacrée aux grands sujets du moment, ceux qui préoccupent l’ensemble de la population. « C’est la chaîne publique qui devrait nous proposer de telles émissions », déplore Defo Balibuno, analyste politique indépendant de Bukavu. Visiblement déçu par la RTNC, il poursuit : « Cette station n’informe pas. Elle ne donne pas la parole à l’ensemble des auditeurs, ni aux citoyens à travers le pays. Les sujets discutés sur ses antennes sont ceux qui ne font pas l’actualité, fâchent, ou encensent le pouvoir ! » Serge Ngwasi, enseignant de Cirunga, un village du territoire de Kabare à dix kilomètres environ de Bukavu, regrette que cette chaîne diffuse peu d’émissions en langues locales, alors que d’autres médias multiplient les émissions interactives dans différents dialectes du Sud-Kivu.
La RTNC, qui prétend parfois être l’église au milieu du village, est souvent accusée de ne donner la parole qu’aux grandes personnalités politiques. De même, le ministère chargé de la Presse et de la Communication exercerait une censure permanente sur elle. Lors de son dernier passage au Sud-Kivu, en 2010, Valentin Mubake de l’Union pour la démocratie et le progrès social le dénonçait en ces termes : « Les journaux parlés ne tournent qu’autour des activités des ministres et du PPRD, le parti du président Kabila, comme cela se faisait du temps de Mobutu. » Et, d’enfoncer le clou : « Devenue une véritable caisse de résonance des idées et des opinions d’un seul parti, la RTNC ne m’apprend rien. Elle abrutit plutôt. »
D’autres se plaignent d’être écartés par les responsables de la chaîne publique. « Alors qu’on accueille quotidiennement en grandes pompes notamment les ministres et bonzes du PPRD, les opposants n’y ont pas de place », soulignent certains partisans de l’Union pour la Nation congolaise. Le député national Justin Bitakwira prend un exemple récent : « Alors que toute la presse privée a parlé de la venue de Vital Kamerhe (candidat à la présidentielle de 2011, Ndlr) à Bukavu, la RTNC est restée aphone sur cet événement marquant. »

Redevance et grincements de dents
Autant d’accusations que réfute Balolage Kalala, rédacteur en chef à la RTNC Bukavu : « Nous faisons passer tout le monde à l’antenne. Notre ligne éditoriale est de contribuer au développement du pays, dans la responsabilité et la concorde. Même si nous connaissons des difficultés techniques de plus en plus difficiles à surmonter. » Avec la multiplication des médias en RDC, bon nombre de journalistes de la RTNC ont été débauchés par des chaînes nouvelles et très appréciées (Okapi, Raga, Tropicana TV, Antenne A).
La chaîne publique emploie plus de 100 personnes à Bukavu, dont une majorité ne demanderait qu’à partir à la retraite. Son budget annuel n’est pas connu, car c’est l’État qui se charge de verser ce qu’il veut, plus ou moins quand il le veut. C’est dans ce contexte que vient se greffer la proposition de loi d’une redevance annuelle sur les appareils récepteurs de radiodiffusion, de télévision et des NTIC. Initiée par Boris Mbuku Laka, premier vice-président de l’Assemblée nationale, cette proposition est en cours d’examen à l’Assemblée. Elle comporte dix-neuf articles et propose une redevance comprise entre 1 000 et 100 000 Fc (entre un et plus de 100 $) selon la classification du redevable, à verser au service public de radiodiffusion et de télévision.
Le caractère global et contraignant de cette redevance n’est pas du goût de tout le monde. Mécontents, les gens se demandent, entre autres, si des percepteurs feront du porte-à-porte pour vérifier qui a une radio ou une télé…

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