Nord-Kivu:Les militants désertent les partis politiques

Nord-Kivu:Les militants désertent les partis politiques

militants du PPRD/Infobascongo

 (Syfia Grands Lacs/RD Congo) À Goma, au Nord-Kivu, les partis politiques se vident : les anciens militants déçus désertent et il n’y a pas de nouveaux adhérents. Très rares sont ceux qui s’y intéressent, et beaucoup brandissent la menace d’un vote sanction lors des prochaines élections.

A la veille des prochaines échéances électorales, de nombreux partis politiques refont surface à Goma, après près de cinq ans d’absence sur la scène politique. Partout à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, les permanences de partis ouvrent leurs portes, avec drapeaux et calicots appelant les militants et sympathisants à venir battre campagne. En cette fin de mandat, de nombreux membres, déçus, se méfient de leurs élus, qui ont brillé par leur absence et leur silence pendant toute la durée de la présente législature. « Nombre de nos anciens membres ne répondent pas à nos invitations et se désintéressent de plus en plus de nos activités« , reconnaît le Secrétaire exécutif du Parti SCODE (Solidarité congolaise pour la Démocratie). Même son de cloche dans d’autres partis politiques qui n’enregistrent plus de nouveaux adhérents et ne vendent donc plus de cartes de membres. Selon certains responsables de partis, même les membres effectifs ne versent plus leurs cotisations. « La vente des cartes aux nouveaux adhérents et les cotisations des membres effectifs contribuaient tant soit peu aux frais de fonctionnement du bureau. Maintenant, on ne peut plus y compter« , confie un cadre du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), chargé du recrutement et des relations avec les autres partis politiques.

Promesses non tenues

Les cadres et membres des partis politiques qui s’étaient donnés corps et âme pour faire passer leurs leaders au cours des élections de 2006 espéraient obtenir par leur biais des emplois et des promotions dans les services publics et paraétatiques. Mais une fois installés au pouvoir, les élus ont rompu le contact avec la base pendant toute la durée de leur mandat. « Notre bureau avait été fermé dans des conditions humiliantes. Le propriétaire du local qui nous servait de bureau nous a mis dehors, en confisquant le mobilier,  raconte un cadre d’un grand parti de la place. Nous avions dix mois d’arriérés de loyer. Le président de notre parti, élu député national puis nommé ministre, avait promis de payer le loyer. De passage à Goma, il ne voulait plus en entendre parler« .

Les exemples sont nombreux pour illustrer cette rupture et la méfiance entre les élus et la base. « Un des députés de notre parti est homme d’affaires de la place. Nous avions battu campagne pour lui. Pendant ses vacances parlementaires, nous sommes allés lui rendre visite mais il n’a pas voulu nous recevoir, affirmant qu’il n’avait pas de compte à nous rendre. Selon lui, il doit son élection à sa fortune et aux largesses faites aux électeurs« , regrettent quelques militants d’un parti politique.

D’autres plaignants courent depuis les élections de 2006, derrière les indemnités prévues pour les membres accrédités par la Commission électorale indépendante CEI (actuelle Commission électorale nationale indépendante, CENI), pour représenter leurs partis dans les bureaux de vote. « Nous avions passé toute la nuit dans des bureaux de vote, pour assister au dépouillement des bulletins. Dès la proclamation des résultats, on n’a plus eu de nouvelles« , regrette un membre permanent d’un parti politique. 

La menace d’un vote sanction

La prochaine campagne électorale s’annonce difficile pour les élus qui espèrent renouveler leur mandat. Les partis multiplient les opérations de charme pour attirer les électeurs potentiels. Certains organisent des congrès, des contacts dits de sensibilisation de la population. Sans leurs anciens membres rodés à ce genre d’exercices, ils le font sur la place publique ou dans des salles vides. « La plupart des personnes qui assistent à ces rencontres sont des badauds, quelques étudiants ou des personnes sans occupation, qui viennent y passer le temps« , constate un membre de la société civile.

Pour reconquérir leurs anciens adhérents et sympathisants, d’autres partis improvisent des distributions de dons et se lancent dans des opérations de bienfaisance. « Ils vont dans les hôpitaux ou les centres de santé, paient deux ou trois factures de maternité pour des mamans et font appel aux radios locales pour médiatiser leurs actions« , remarque le Président de la Société civile, qui pense que les militants vont prendre leur revanche lors des élections prévues à la fin de cette année, avec un vote sanction à l’encontre de ces hommes politiques.

Désiré Bigega

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