Equateur: Les hippopotames disparaissent, les cours d’eau s’assèchent

Equateur: Les hippopotames disparaissent, les cours d’eau s’assèchent
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(Syfia Grands Lacs/RD Congo) A cause du réchauffement climatique mais surtout de la disparition des hippopotames, trop braconnés, des chenaux et cours d’eau de la région de Mbandaka, à l’Equateur (nord-ouest de la RDC), se dessèchent. Les poissons disparaissent et les pêcheurs sont contraints de se déplacer.

Les Hippopotames de la RDCongo

Au large de Mbandaka, sur le fleuve Congo, le chenal de Bondema riche en poissons qui séparait deux îlots, est depuis le début de cette année, bouché par des herbes folles. De ce canal long d’environ 1 km, il ne reste plus qu’une sorte de prairie marécageuse asséchée, qui ressemble au loin à une vallée enserrée entre deux collines. Seule une petite concentration de palmiers à huile et de vielles casseroles ensablées sur ce terrain témoignent que des gens y vivaient encore récemment. « C’est là que se trouvait notre campement. Nous l’avons quitté car l’endroit était devenu improductif », raconte Paul Lingonda, vieux pêcheur qui a dû s’installer dans un autre îlot, quelques centaines de mètres plus loin.

Ces dernières années, en effet, de nombreux chenaux et petits cours d’eau de l’Equateur ont connu le même sort. Ceux des environs de Mbandaka, chef-lieu de la province, sont particulièrement touchés : Mankoso, Centrale, Kisangani et tout récemment Bondema, ont disparu de la carte hydrographique de la région. Tous ont presque connu le même scénario : bouchage et ensablement de la tête du canal, obstruction du lit de la rivière à cause de l’enracinement des herbes et autres débris des végétaux, puis assèchement des eaux…

Régulateurs des écosystèmes

 De l’avis des riverains, le réchauffement climatique constaté ces dernières années n’explique pas à lui tout seul ce dessèchement. La petite saison des pluies qui a généralement lieu à l’Equateur, entre avril et juin, n’a certes pas été au rendez-vous cette année. Mais cela s’est déjà observé dans le passé, sans que les chenaux ne disparaissent. Agronome vétérinaire et pécheur de longue date, Timothée Mangwele, qui assiste impuissant à la disparition de ces « réservoirs de poissons », avance une autre explication : « Souvent, c’est dans les milieux où il n’y a plus assez ou pas d’hippopotames que ce phénomène se pose avec plus d’acuité ». Pour ce vétérinaire, ces gros mammifères amphibies qui mesurent entre 3 et 4 m de long et pèsent 2 à 3 t, sont de grands herbivores et ont le mérite de faire le toilettage des chenaux et des berges des cours d’eaux. Ils en consomment les herbes et autres végétaux. « Dès lors qu’ils disparaissent d’un milieu, celui-ci est livré à la nature. Car le travail de régulation ne se fait plus, la végétation sauvage reprend ses droits », explique Timothée. Enseignant à l’Institut supérieur de pêche de Mbandaka, Jean Benoit Maleka regrette que les hippopotames, qui jouent un rôle important dans la régulation et la préservation de l’écosystème, soient continuellement traqués par des braconniers. « En se déplaçant, dit-il, ils creusent des sillons et approfondissent les lits des cours d’eaux, créent des étangs là où ils se reposent et leurs excréments nourrissent les alevins qui, à leur tour, attirent des gros poissons ».

Regrets des riverains

Mammifère en voie d’extinction, l’hippopotame est une espèce protégée à travers le monde. En 2010, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) avait tiré la sonnette d’alarme. Les hippopotames d’Afrique subsaharienne figurent, en effet, sur sa liste rouge des espèces rares qu’il faut protéger, en raison de la baisse vertigineuse de leur nombre en République démocratique du Congo, où plus de 80% d’entre eux ont disparu en l’espace d’une seule décennie. En cause, les conflits dans le pays qui ont permis aux chasseurs de se procurer facilement des armes et de les tuer sans la moindre restriction, pour leur viande et l’ivoire de leurs dents. « Autrefois, il ne se passait pas un jour sans qu’ils viennent brouter l’herbe dans les parages, témoigne Ambroise Linge, pêcheur à Moboyo, un campement des environs de Mbandaka. Aujourd’hui, des semaines voire des mois entiers s’écoulent, sans qu’on ne puisse entendre leurs cris ni voir leurs traces récentes… »

 Mathieu Mokolo

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