Bas-Congo : travailleurs sous-traités, exploités et peu payés

Bas-Congo : travailleurs sous-traités, exploités et peu payés
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Rangée de magasins en ville basse à Matadi/Infobascongo

Pour réduire les charges sociales, des commerçants du Bas-Congo, au sud-est de Kinshasa, préfèrent se fournir en main-d’œuvre auprès de sous-entrepreneurs, une pratique parfois en contradiction avec le Code du travail. Ces travailleurs sous-traités se plaignent d’être beaucoup moins bien payés que ceux sous contrat.

 

 

Ils sont facturiers, caissiers, livreurs, chefs de dépôt ou agents de sécurité dans des magasins ou de petites entreprises de commerce de Matadi, chef-lieu de la province du Bas-Congo. Nombre de ces travailleurs ne sont pas directement employés par ces commerces ou autres mais travaillent pour des sociétés qui leur vendent leurs services. Celles-ci signent un contrat de prestation de services avec les propriétaires de ces entreprises et paient eux-mêmes ces employés. Ces agents se disent moins bien payés que ceux sous contrat, qui assument les mêmes fonctions qu’eux.

A la mi-juillet, lors d’une visite du gouverneur de province auprès de cette catégorie d’employeurs, ils ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « pire forme d’exploitation de l’homme par l’homme ». Là où, par exemple, les travailleurs directement engagés touchent 150$ par mois, ceux qui dépendent des sous-entrepreneurs gagnent trois fois moins. Ce qui, à leurs yeux, est « injuste et inadmissible. »
Mais, dans la ville portuaire de Matadi de nombreux jeunes sans emploi qui sont en quête permanente de petits boulots, ne sont généralement pas très exigeants lorsque des marchands de main-d’œuvre les embauchent. Au lieu de les engager et de leur faire signer des contrats qui soient conformes au Code du travail, ce qui leur coûterait beaucoup plus cher, les entreprises préfèrent travailler avec des sous-traitants qui leur livrent cette main-d’œuvre bon marché. Elles ne leur versent en effet, ni allocations familiales, ni indemnités de transport, de logement ou de santé.

Supprimer les avantages des travailleurs
Appelé à arbitrer régulièrement des conflits sociaux entre employeurs et employés, Henri Nsolo, Inspecteur provincial intérimaire du travail au Bas-Congo, indique que les fonctions de caissier, de facturier ou de chef de dépôt, notamment, constituent des tâches qui cadrent directement avec l’objet social d’une entreprise. A ce titre, « elles ne peuvent pas faire l’objet d’une sous-traitance ». Contrairement aux autres tâches comme la manutention, le gardiennage, etc. qui, elles, peuvent être « sous-traitées ». Selon le Code congolais du travail, leurs services ou travail sont exécutés moyennant un « prix forfaitaire » payé au sous-entrepreneur qui, à son tour, va payer aux agents qu’il loue.
Secrétaire confédéral local du syndicat CDT, Jean-Claude Kalenga voit dans cette pratique une volonté délibérée de supprimer les avantages dus à ces travailleurs qui devraient en principe être pleinement engagés. Régulièrement pointées du doigt, des entreprises tenues par des Asiatiques se défendent. « Quand un travailleur est malade ou absent, nous avons du mal à le remplacer, explique un commerçant indien qui tient des magasins au centre-ville de Matadi. Nous recourons alors à un sous-entrepreneur qui dispose en permanence d’un personnel prêt à tout faire ». C’est le cas de Bylt security qui recrute des jeunes pour le service de gardiennage mais qui, par moments, peut les envoyer dans des magasins pour être employés par une tierce entreprise comme facturiers, guichetiers…
Le commerçant asiatique s’étonne toutefois qu’on s’en prenne chaque fois à eux uniquement, alors que des nationaux recourent aux mêmes pratiques. Selon l’inspecteur du travail, c’est chez eux que ce problème a été dénoncé en premier et il assure que des enquêtes seront menées auprès d’autres commerçants.

Non respect du Code du travail
Depuis le 1er mai 2008, jour dédié chaque année aux travailleurs, le gouvernement congolais a fixé le Smig (salaires minima interprofessionnels garantis) à 3 $ par jour de travail. Ce que très peu d’employeurs et l’Etat lui-même, ne respectent scrupuleusement. Dans le secteur du commerce, la sous-traitance s’est presque généralisée pour contourner cette loi. Certains patrons sont ainsi à la fois propriétaires d’entreprises et de sous-entreprises. Ces dernières leur servant de viviers qui leur fournissent en temps opportun une main-d’œuvre à bas prix.
Pour « lutter contre les pires formes de sous-traitance observées dans le secteur du commerce et informel », le ministre national du Travail avait pris fin 2009 une note circulaire. Des sanctions pouvant aller jusqu’à la fermeture provisoire des entreprises qui ne respectent pas les prescrits de la loi et du Code du travail en la matière, avaient alors été brandies à leur encontre. Le gouverneur du Bas-Congo Mbatshi Batshia a aussi lancé un appel dans ce sens, pour que « les revendications des travailleurs ne viennent pas perturber le climat social à l’approche des élections ». Mais rien ne semble avoir réellement changé à ce jour…

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