Bas-Congo:Condiments industriels : le goût avant la santé

Bas-Congo:Condiments industriels : le goût avant la santé

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Dans la province du Bas-Congo (Ouest) comme partout en RD Congo, on utilise de plus en plus de condiments industriels et d’exhausteurs de goût dans la cuisine. Les diététiciens rappellent que les aromates naturels valent mieux que ces produits plus ou moins chimiques, sans réel intérêt nutritionnel, voire nocifs pour les consommateurs.

Condiments et epices/Photo Internet

Au petit marché du rond-point Kikanda, à Matadi (chef-lieu de la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa), les vendeuses garnissent très tôt le matin leurs étals de différents produits maraichers ou champêtres. À côté des légumes (tomates, poivrons, oignons, ails, ciboules…), l’une d’elles, Annette Matondo, vend aussi ce qu’on appelle couramment ici, « les goûts » : du classique poivre blanc aux cubes Maggi, en passant par les condiments Onja, Benny ou le sel Vedan, etc. « J’ignore le contenu de ces produits, mais ils proviennent de Kinshasa« , dit-elle simplement.

Une chose est cependant sûre : les ménagères du Bas-Congo comme celles du reste du pays utilisent de plus en plus ces condiments alimentaires industriels pour assaisonner leurs plats. Joëlle Konko, de Matadi, affirme ne jamais manquer de ces « goûts » dans sa cuisine : « La publicité m’a séduite« , avoue-t-elle. Elle ne croit guère à l’avertissement d’une de ses voisines, qui lui a pourtant expliqué que ces produits, souvent riches en sel, peuvent, à la longue, nuire à la santé. Une autre ménagère considère de telles mises en garde comme de simples rumeurs. « Si cela était le cas, les fabricants et les vendeurs de ces produits seraient déjà arrêtés« , lance-t-elle, un peu moqueuse. 

Contrôles peu rigoureux

La publicité pour ces produits s’attache à séduire les femmes par des clips présentant de nouvelles recettes. Elle y réussit d’autant mieux qu’assaisonner les plats avec un seul de ces condiments paraît, en effet, assez économique, un atout pour des ménages souvent pauvres. « Pour préparer des feuilles de manioc avec des aromates naturels (oignons, ail, poivrons…, Ndlr), il faut débourser de 800 à 1 000 Fc (0,8 à 1,1 $), alors qu’un cube Maggi à 150 Fc (0,1 $) peut suffire« , justifie Élysée Mwanza.

Coordonnateur provincial du programme national de nutrition, Jean Peta rappelle que la population ignore généralement les règles de base d’une bonne alimentation : variée avec peu de graisse, de sucre et de sel notamment. Certes, ces condiments industriels peuvent au premier abord donner des résultats satisfaisants dans la cuisine, mais « ils peuvent aussi détruire l’organisme et sont soupçonnés parfois d’avoir des effets cancérigènes« , prévient-il. Selon lui, dans les pays où la réglementation sur la santé publique est rigoureuse, certains de ces produits sont prohibés. Mais « le contrôle n’est pas efficace chez nous« , regrette Jean Peta.

Nutritionniste à la zone de santé de Lukula, à 170 km de Matadi, John Malosa déplore que les mamans remplacent souvent les aromates traditionnels, riches en vitamines et micronutriments, par ces « goûts » artificiels. Ces produits « n’apportent rien sur le plan nutritif« , explique-t-il, dénonçant ce changement d’habitudes alimentaires qu’il attribue aux migrations et aux voyages.

Maladies cardiaques

Les nutritionnistes sont unanimes à dire que la consommation de ces condiments peut à la longue provoquer des maladies. Peu informées, la plupart des ménagères se posent rarement des questions sur les effets qu’ils peuvent avoir sur leur santé et celle de leur famille. Riches en sel, ces produits industriels contribuent à l’hypertension et aux maladies cardiovasculaires.

Le rapport de synthèse des maladies à déclaration mensuelle de l’Inspection provinciale de la Santé indique que les cardiopathies sont en nette augmentation ces dernières années dans le Bas-Congo.  « Nous n’avions jamais connu une telle situation dans le passé« , affirme Jean Peta, qui voit un lien direct entre ces maladies et le régime alimentaire des populations.

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