Kikwit : des agriculteurs ne cultivent plus car les terres sont trop chères

Kikwit : des agriculteurs ne cultivent plus car les terres sont trop chères

Récolte pomme de terre/Bruno Kitiaka

A Kikwit et ses environs, les fermiers et les chefs de terre augmentent chaque année les prix des portions des forêts qu’ils vendent ou louent aux paysans pour défricher leurs champs. Plusieurs planteurs démunis n’ont pas pu ainsi cultiver l’année dernière.

Germaine Mukanga, une habitante de Kazamba, une commune rurale de Kikwit, principale agglomération de Bandundu à 375 km à l’est de Kinshasa, cultivait des champs dans le secteur de Kipuka à une dizaine de kilomètres de la ville. « La saison dernière, je n’ai ni semé ni récolté les arachides, maïs, courges et maniocs comme par le passé. Un champ de 25 ares, que nous achetions à 42.000 Fc (45,6$) en 2010, est passé à 60.000 Fc (65,2 $) l’année suivante. J’étais essoufflée », regrette-t-elle. Pierre Mufondia, 50 ans, un paysan de Kikwit III, se trouve dans la même situation. Souvent il faisait ses champs à Mudikongo et Mipangu, à une vingtaine de kilomètres de la ville. Mais aujourd’hui, il ne peut plus : « Le champ de 30 ares que nous louions a doublé de prix en deux ans. Nous sommes paralysés ».

Une loi pour règlementer le prix de la terre
Les mêmes pleurs sont entendus auprès d’un grand nombre d’agriculteurs de la région. « Ce sont les chefs des terres et les fermiers. Ils exagèrent », accusent-ils. Ceux-ci ainsi que les propriétaires des forêts, justifient cette hausse de prix par la multiplication des taxes qu’ils sont contraints de verser à l’État, en particulier au ministère de l’Environnement et conservation de la nature. Pour abattre un arbre, ils doivent avoir un certificat qui est payant, précise aussi Oscar Aka, chef de service urbain de Kikwit. « Qui doit supporter cela ? C’est pourquoi nous les répercutons sur les prix de vente des champs », se justifie Pierrot Musimantoy, un fermier rencontré à Kikwit III.
La population du Bandundu à 80% rurale en pâtit. « Bientôt la disette va frapper nos foyers. Et nous n’aurons que nos yeux pour pleurer », prévient G. Mukanga. « L’accès à la terre reste un casse-tête pour les agriculteurs », reconnait Christophe-Arthur Mampuya, directeur chef de service au secrétariat général à l’Agriculture, Pêche et Élevage. « L’augmentation constante des prix de la terre piétine les activités agricoles. C’est pourquoi, l’État doit sortir une loi qui réglemente les prix des champs pour que les paysans respirent un peu, suggère Jean-Baptiste Mbwengele, président d’une coopérative paysanne de Bandundu, sinon beaucoup de conflits vont surgir dans la région ».

Badylon Kawanda

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