Masisi : le calvaire dure pour des milliers de déplacés

Masisi : le calvaire dure pour des milliers de déplacés
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(Syfia Grands-Lacs/Rd Congo) Regroupée dans un camp à Mpati au Nord Kivu, la population qui a fui, depuis 2009, des villages occupés par des groupes armés vit difficilement. Dépourvue de biens de première nécessité, elle ne souhaite que le retour des militaires des Forces armées congolaises (FARDC), qui ont déserté leurs bases.

Les déplacés de guerre à l'EST de la RDCongo

« Depuis le début de ce mois, nous avons accueilli plusieurs centaines de nouveaux déplacés qui fuient leurs villages passés sous le contrôle des combattants Mai Mai alliés aux FDLR « , explique le président du camp de Mpati, qui existe depuis 2009 (150 km au nord-est de Goma).
Pourtant, d’anciens déplacés commençaient, ces derniers mois, à regagner leurs villages. Las, la population du camp a désormais doublé, pour atteindre plus de 4 000 ménages suite aux récents affrontements entre les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la coalition Mai Mai-FDLR dans plusieurs localités en territoire de Masisi.
Dans cette zone, l’activisme des groupes armés est permanent. Les populations préfèrent se concentrer dans les grandes agglomérations sécurisées par l’armée régulière — qui fuit, elle aussi, l’avancée des FDLR dans les villages. « Nous avons parfois du mal à nous rendre dans les champs situés à une grande distance du centre pour ne pas faire face aux tracasseries des groupes armés qui y vivent », explique une femme déplacée venue de Kitso, à plus de trois heures de marche de Mpati. « Et lorsque les militaires désertent leurs positions, nous n’avons d’autre choix que de quitter ces lieux pour ne pas subir les exactions des groupes armés », précise–t–elle. Un autre déplacé venu de Nyange, village situé à 6 km de Mpati, explique que parmi les exigences des combattants Mai-Mai et FDLR, il faut leur trouver à manger, chèvres ou poules : « Alors que nos enfants sont en train de mourir de faim, nous devons encore nourrir ces combattants », s’offusque Bizi, un père de famille portant un petit panier contenant quelques bananes vertes : « Avec mes trois enfants, mon épouse et mon neveu qui est sous ma tutelle depuis que son père a été enlevé par les groupes armés actifs dans notre région, comment ces bananes seront–elles partagées ? », s’interroge-t-il.

Pas de nourriture, pas d’argent, pas de travail
Les familles déplacées à Mpati vivent dépourvues de presque tout. Seuls les plus anciens du camp ont pu couvrir leurs abris de fortune de bâches élimées. Dans l’un d’eux, une jeune femme tente de calmer son enfant de deux ans : « Depuis le matin, je ne lui ai donné qu’un morceau de patate que j’ai réservé sur le repas d’hier. En attendant que son père revienne du village où il est allé chercher du travail auprès des habitants, j’essaie de le calmer afin qu’il dorme. Sans succès », soupire-t-elle. Seules possessions visibles, une petite casserole noircie par la fumée et deux gobelets accrochés à un stick de bois qui sert de pilier.
Ici, les déplacés n’ont aucune assistance : « Nous manquons de médicaments, l’eau est insuffisante et les installations hygiéniques n’existent pas », explique le président du camp. Ironie du sort, certains déplacés travaillent dans les champs des populations locales de villages proches. En échange, ils reçoivent un peu de nourriture. Mais « ces derniers temps, il est devenu difficile de trouver du travail. Nous sommes trop nombreux », indique une femme qui affirme avoir circulé toute la matinée sans trouver à s’embaucher.
Ces déplacés demandent le redéploiement des militaires des FARDC dans cette zone pour les sécuriser et faciliter le retour de ceux qui peuvent regagner leurs villages. Les autorités militaires au niveau de la province reconnaissent les difficultés. Selon Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, la sécurité, préalable à l’assistance humanitaire, sera vite rétablie. En attendant, lors d’un café presse organisé le 23 mars dernier par le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Onu (OCHA), les humanitaires des agences onusiennes se sont dits démunis face à l’insécurité omniprésente qui les empêche de porter secours aux déplacés. La récente désertion et reprise des armes des hommes de Bosco Ntaganda combattue par l’armée congolaise ne fait que compliquer encore un peu plus une situation déjà bien difficile.

Alain Wandimoyi

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