Sud-Kivu : les hommes en armes, principaux destructeurs des forêts

Sud-Kivu : les hommes en armes, principaux destructeurs des forêts
Partagez

fdlr_rebels_sud_kivu_z/radio Okapi

Au Sud-Kivu, il est interdit de couper des arbres sans autorisation a récemment décidé l’autorité provinciale. Mais comment faire respecter une telle mesure, alors que les forêts sont surtout pillées par des hommes en armes, que l’électricité est rare, la pauvreté grande et les services de l’environnement démunis. Pourtant la déforestation a déjà de graves conséquences.

En avril, la coordination provinciale de l’Environnement du Sud Kivu, à l’est de la RD Congo, à interdit de couper les arbres dans toutes les forêts de la province, sans une autorisation délivrée par le service de l’Environnement, après vérification de la demande. Les contrevenants paieront une amende de 111 et 1111 $. Ils seront, en outre, contraints de planter dix arbres là où leur indiquera l’autorité. Jean-Paul Lubula, le coordinateur, espère, grâce à cette mesure, prévenir les catastrophes environnementales graves qui commencent à se faire sentir dans la région : allongement de la saison sèche, érosions, coulées de terre sur les routes…

Source de revenus pour les militaires
Mais il n’est pas évident que cette interdiction puisse stopper la déforestation qui s’est fortement accentuée ces quinze dernières années. La première cause en est, en effet, la prolifération des groupes armés qui exploitent impunément le bois et les minerais de la région de même que des militaires loyalistes. Ces « intouchables » font ce qu’ils veulent et se moquent bien de la mesure prise. Clément Kitambala, coordinateur d’Action pour le développement des communautés paysannes (ADECOP), une association qui mène des actions pour préserver l’environnement, en témoigne : « Dans le territoire de Fizi, de Mwenga et de Kalehe des hommes en arme coupent eux-mêmes ou font couper sous leurs ordres, des arbres pour fabriquer de la braise qu’ils vendent pour survivre ». « Les mai-mai alleluya, nous prennent de force pour aller dans la forêt couper des arbres », se lamente ainsi Kasikiele, un habitant de Kikongo en territoire de Fizi. Willy P., exploitant forestier de Kalonge (65 km au nord de Bukavu) renchérit : « Les militaires ont des armes et personne ne peut oser le leur interdire. Leurs braises et planches débarquent dans les marchés de Bukavu en toute quiétude… »
S’ajoutent à ce pillage les habitudes des habitants: « Les communautés locales, par exemple dans la plaine de la Ruzizi, coupent des arbres à leur gré à la recherche de combustible et de bois pour les meubles », constate Moïse Masaro, environnementaliste de Sange.
Minembwe, sur les moyens plateaux du territoire de Fizi, est habité à 60% par des éleveurs qui brûlent la brousse pour que repoussent de jeunes feuilles pour leurs troupeaux. Les agriculteurs eux défrichent pour avoir des espaces cultivables. Déjà à Minembwe, les conséquences sont palpables. « Quelques trois sources sur sept se sont déjà taries et des rivières ont vu leur débit réduit », avoue Gasosi Alexis, un habitant.
Les paysans de la vaste plaine de la Ruzizi, territoire d’Uvira, eux ne savent plus à quelle période semer car la saison pluvieuse n’arrive plus qu’en novembre ou décembre au lieu de septembre. Dans la ville d’Uvira, on remarque une hausse de température poussant certaines gens à dormir à l’extérieur.
Le déficit énergétique de la province où environ 80 % de la population n’a pas d’électricité accentue les problèmes. Le bois est la principale source d’énergie pour la cuisson.

Des répercussions sur les plus démunis

Bien qu’ils approuvent la mesure de l’autorité, les défenseurs de l’environnement restent ainsi sceptiques quant à son application. . « Comment l’exécuter pendant que les grandes forêts de la province sont entre les mains des groupes armés nationaux et étrangers ? », s’interroge Gisèle Nsimire, une environnementaliste de Bukavu. C. Kitambala constate que le service de l’Environnement ne peut affecter que deux agents peu qualifiés pour dix localités, vastes de surcroît
Le Coordinateur d’ADECOP craint aussi que cette mesure « renforce la pauvreté car beaucoup de ménages vivent de la braise. C’est renvoyer au chômage ces scieurs qui peuvent être tentés de devenir rebelles ». Pour lui, il vaudrait mieux imposer, par exemple, de planter 5 ha de bois quand on en coupe un. Bien sûr les militaires loyalistes doivent avoir interdiction de couper des arbres et les groupes armés démantelés…
En attendant sur le marché, les braises se font de plus en plus rares et chères. Le prix ne cesse de grimper et il faut en faire la commande plusieurs jours avant. Jean-Paul Lubula espère qu’en formalisant la filière bois et en déployant les éléments de la police environnementale dans les endroits où la coupe de bois est la plus forte, les désastres seront limités. Des associations locales sensibilisent déjà des femmes à l’utilisation des foyers améliorés qui économisent le bois de chauffe. Et à leur retour au pays, les réfugiés reçoivent chacun 15 arbres, dont cinq fruitiers, à planter chez eux.

ENCADRE

Sud-Kivu
Les foyers moins gourmands en bois encore peu répandus

A son retour au pays en 2011, Jeanne Mwibakecha, réfugiée en Tanzanie pendant 15 ans, a reçu un foyer amélioré remis par l’Ong ADRA. Ces foyers qui permettent une diminution très nette du bois ou de la braise utilisée pour la cuisson sont ronds, l’enveloppe extérieure métallique protège un foyer en argile qui emmagasine la chaleur. Selon C. Kitambala, coordinateur d’Action pour le développement de communautés paysannes ‘ADECOP) citant les récentes études de FAO, il faut 10 kg de bois pour faire 1 kg de braise nécessaire pour cuire un repas dans les fourneaux traditionnels. Dans ces nouveaux foyers, il en faut deux fois moins.
Pour l’instant ce sont les Ong qui les distribuent. Le programme environnement et changement climatique au Sud-Kivu du ministère provincial de l’Environnement prévoit cependant la production et la distribution de 50 mille foyers améliorés dans les cinq ans. Ce qui, pour C<; Kitambala, est largement insuffisant pour une population d’environ 6,4 millions d’habitants dans la province.
Bien que moins gourmands en bois de chauffe, peu de ménages les utilisent jusqu’à présent car ils coûtent plus de deux fois plus cher que les foyers habituellement utilisés (de 3 000 (3,3$) et 6 500 FC (7,2$), vite remboursés pourtant par les économies réalisées sur l’achat des braises. Ils sont fabriqués par des associations comme ADECOP qui en a déjà vendu 3 000 depuis 2008 dont 2000 depuis janvier 2012 à Uvira.

Trésor Makunya Muhindo, Jean Chrysostome Kijana

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de confidentialité, ainsi que les Conditions de service Google s’appliquent.