Bas-Congo : la coutume dévoyée des Ndoyi pour extorquer des fonds

Bas-Congo : la coutume dévoyée des Ndoyi pour extorquer des fonds

Des parents et leurs triplés à Mbanza-Ngungu/Infobascongo

Au Bas-Congo, des parents donnent souvent le nom d’une autorité ou d’une personne nantie à leur enfant dans l’espoir de lui soutirer de l’argent ou certains biens. Un dévoiement d’une vieille tradition, « Ndoyi », qui veut qu’un membre de famille donne au nouveau-né le nom d’un ancien pour l’immortaliser.

A deux jours des festivités de nouvel an, une jeune dame maugrée après avoir reçu un appel téléphonique. « J’ai déjà envoyé une robe à l’enfant auquel a été donné mon nom. Sa mère m’appelle encore pour demander des chaussures. Elle en fait trop », se plaint-elle auprès de ses amis. Cadre dans une entreprise, la dame dit avoir été surprise lorsqu’un travailleur a décidé de donner son nom à sa fillette. « Il ne m’a même pas consulté. Maintenant, son épouse m’appelle tout le temps pour solliciter une intervention financière en faveur de cet enfant », poursuit-elle.
Une coutume très ancienne, le « Ndoyi » (homonymes, en français, Nldr) veut qu’un nouveau-né porte le nom d’un ancien. Autrefois, selon la culture Ne Kongo, le « Ndoyi » était un proche parent, un membre de famille décédé qui s’incarnait dans le nouveau-né pour être immortalisé en guise de reconnaissance. Mais cette tradition est aujourd’hui déviée de son sens premier. Des familles, surtout à faible revenu, donnent des noms des autorités ou des gens nantis à leur fils pour leur demander de l’aide en cas de problème. « La situation socio-économique précaire pousse ces parents aujourd’hui à fuir leur responsabilité. Ils cherchent à contourner certaines difficultés », regrette Pierre Vika. Et Laurent Kinzonzi, un conservateur de la tradition Ne Kongo d’ajouter : « C’est triste que le monde d’intérêt prime. Ces parents perdent la notoriété familiale. Ils oublient que le nom a une signification. Souvent le Ndoyi suit le caractère de son homonyme. Malheureusement, ils n’en tiennent pas compte. Et le lien qui unit les enfants aux aïeux se trouve ainsi brisé ».

Une tradition dévoyée

Certains changent même de nom au gré des circonstances. « Le Ndoyi de mon fils aîné était conseiller dans un cabinet politique. Il l’a totalement pris en charge. Mais quand le régime a changé, il ne s’en sortait plus. J’ai résolu de donner un autre prénom à mon fils. Le nouveau Ndoyi travaille dans une entreprise de télécommunication. C’est lui qui s’est occupé du petit pendant toutes ces festivités », raconte, souriant, un parent.
Ces « Ndoyi » sont ainsi acculés pour intervenir à la sortie de la maternité, pour l’achat des habits, en cas de maladie voire pour le paiement des frais scolaires de l’enfant. De peur de tomber dans ce piège, les avertis refusent carrément. « Une autorité a refusé que je donne son nom à mon fils pourtant, je voulais garder sa mémoire en guise de bon souvenir en sa personne. C’est un homme simple, humble et social », relate un jeune parent avec un brin de déception. Sans même de contraintes, certains Ndoyi se sentent redevables : « J’ai trois Ndoyi dont les parents ne me dérangent pas. Mais je me suis senti obliger dernièrement d’envoyer une somme d’argent à l’un d’eux puisque sa mère m’a dit qu’il était malade », rapporte Serge Banzaba, un fonctionnaire de Matadi.
Si beaucoup de « Ndoyi » se plient à la tradition pour sauver leur honneur, d’autres restent de marbre devant toutes les sollicitations. « J’ai des Ndoyi sans consentement. Je reçois régulièrement de coup de fil pour une quelconque intervention. Mais jusqu’ici, je n’ai fait aucun geste », déclare un habitant.
Malgré cette déviation de la culture, certains parents décident de rester des conservateurs et ne font porter à leur fils que les noms des aïeux. Selon, eux, le nom est une identité et généralement le comportement de l’enfant ressemble à celui de son « Ndoyi ».

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