Bas-Congo : controverse autour des évasions à répétition des prisonniers

Bas-Congo : controverse autour des évasions à répétition des prisonniers

Prison de Matadi et ses détenus affamés /infobascongo

Des évasions de prisonniers sont devenues monnaie courante dans les prisons du Bas-Congo peu sécurisées, relâchant dans la nature des criminels qui continuent à perpétuer violences et viols. Mais personne ne veut en assumer la responsabilité.

Quinze détenus dont des criminels de mauvaise réputation se sont évadés début mars de la prison centrale de Kasangulu, 300 km à l’est de Matadi. Selon les témoins, ils ont profité de l’absence des gardiens partis chercher la nourriture pour s’évader. L’administrateur du territoire de Kasangulu, Jean-Pierre Mukinzi, regrette que les actions qui avaient été menées avec la population pour les arrêter soient aujourd’hui réduites à néant. Aussitôt informée de cette évasion, la population de Kasangulu a saccagé certains bureaux de l’Etat qu’elle accuse de passivité.
Cette évasion n’est pas la première. L’année dernière, la prison de Mbanza-Ngungu, un autre territoire du Bas-Congo, a enregistré plusieurs évasions. Dans une correspondance adressée aux autorités administratives et judiciaires, un des agents de cette prison a accusé le gardien d’orchestrer l’évasion des détenus contre de l’argent ou en prétextant les transférer à l’hôpital. « C’était une façon de les faire évader », soutient cet agent qui a fini par été muté ailleurs. Ce que réfute le gardien. « Ce sont de fausses accusations. Le parquet fait chaque fois des inspections. Pourquoi ne constate-t-il pas », s’interroge-t-il. Une année plus tôt, le Bureau conjoint des Nations-Unies aux droits de l’homme (Bcnudh), a dénoncé des évasions enregistrées dans cette prison, notamment le jour de l’élection présidentielle (novembre 2011).

Personne responsable…
Avocat au tribunal de grande instance de Mbanza Ngungu, Me John Peter Mujanayi, s’indigne de l’attitude des gestionnaires des prisons. « L’évasion est souvent spectaculaire et alarme tout le monde. Comment peut-elle faire l’objet de débat ? Quelqu’un doit y répondre. Nous marchons à l’envers », se demande-t-il. « Nous avons déjà rencontré le procureur mais cette situation grave ne semble pas préoccuper les gens », s’étonne Me Annie Masengo, présidente de la société civile de Mbanza-Ngungu. Elle prend à témoin la Mission des Nations-unies pour la stabilisation du Congo (Monusco) qui a même été dans cette prison pour s’en rendre compte. « Mais pourquoi, les gens ne veulent pas en parler ? », se demande Masengo.
« C’est à cause notamment de ces évasions à répétition dans les prisons que l’insécurité est devenue récurrente à Matadi », explique Georges Kuleka, commandant de la police de cette ville. Et à Mbanza-Ngungu, les violences sexuelles continuent à augmenter. « Les violeurs ne sont pas dissuadés car nombreux d’entre eux finissent par s’évader », regrette Me Annie Masengo qui se dit déterminée à mener le combat. « La prison est un cadre de correction pour les victimes des actes infractionnels. Après la prison, la personne ne devait plus être la même. Quand il y a évasion, on n’atteint pas les résultats escomptés. Ces gens peuvent redevenir beaucoup plus dangereux », craint pour sa part Mujanayi. Et les prisons du Bas Congo ne sont pas les seules à laisser filer des prisonniers dangereux qui sèment la terreur.

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