Matadi : gaspiller l’eau qui peut servir à d’autres

Matadi : gaspiller l’eau qui peut servir à d’autres
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Une pompe qui fait couler de l'eau à longueur de journée à Matadi/Infobascongo

Laisser couler l’eau sans utilité, ne pas réparer les fuites… les habitants de Matadi au Bas Congo gaspillent volontairement 30% de ce précieux liquide en privant d’autres quartiers dont les robinets restent à sec. Pensant se venger de la Regideso, ils plombent les efforts d’amélioration des réseaux.

Pendant qu’elle balaie la cour en chantonnant, une femme laisse couler l’eau du robinet dans sa parcelle située en contrebas sur l’avenue du Marché à Matadi. Ses voisins en amont attendent en grinçant les dents, car ils ne peuvent puiser de l’eau que si leur voisine diminue la pression de sa pompe. « Ils aiment bien me lancer des diatribes, justifie-t-elle. Ils attendront longtemps ». Mais parfois, elle a une autre justification : « Il n’y a personne pour puiser et le robinet pose problème pour se fermer, c’est comme ça que je préfère laisser couler l’eau ».
Au quartier Sadisi dans la commune de Kinkanda, un tuyau troué dans une parcelle laisse fuir l’eau sans que personne ne s’en préoccupe. Il en est de même à Muamba Kalala où les eaux d’un tuyau sectionné ont formé une flaque d’eau ainsi que de la boue qui entrave la circulation. Pourtant la Regideso (la société commerciale qui a le monopole de la fourniture d’eau en RDC) appelle en effet les habitants dans les médias ou sur des calicots à éviter de gaspiller l’eau et à signaler toute fuite d’eau constatée dans la cité.
Dans plusieurs quartiers de Matadi, évoquant diverses raisons les abonnés continuent à gaspiller allègrement l’eau. « Elle (Régideso) nous donne de l’eau quand elle veut parce que nous sommes dans un camp. C’est normal que nous en profitions quand c’est disponible », bafouille l’épouse d’un policier qui ne soucie guère de fermer le robinet. « Je paye très cher mes factures de consommation pendant que je reçois l’eau difficilement. Pourquoi ne pas l’utiliser à fond », estime normal, une autre habitante. A Kinkanda, au quartier derrière la Rtnc, l’eau n’a pas coulé pendant deux jours. « Je me laverai encore aujourd’hui avec un peu d’eau, rouspète, une jeune fille, un bidon attaché au dos. Avec ce soleil de plomb, dès que l’eau est rétablie, je resterai même pendant deux heures sous la douche pour compenser la carence ».

Changer de mentalité
Directeur technique de la Regideso, Philipe Mbambi estime à plus de 30% la quantité d’eau gaspillée par les abonnés. Ce qui cause des préjudices à d’autres ménages qui ne peuvent pas être servis. Dans certains quartiers de Matadi, les habitants n’ont ainsi pas vu une seule goutte d’eau depuis plusieurs mois. « Ce n’est pas normal. Ils se causent du tort en agissant ainsi. Ces abonnés ne doivent pas anéantir les efforts de la Regideso. Il faut une bonne éducation civique de la population », propose Jean-Marc Nzeyidio, le maire.
« Nous avons tout un ministère de l’éducation à la nouvelle citoyenneté qui doit faire son travail pour un changement de mentalité », estime Didier Mambweni, vice-président de la société civile du Kongo central (Socikoc).
Pour trouver une solution à la pénurie d’eau à Matadi, la Banque Mondiale a financé la Regideso à hauteur de 20 millions de dollars. L’entreprise Souza de Pedro qui a gagné le marché installe déjà son chantier. Elle construira une usine de 720 m3 à Mpozo à l’entrée de la ville. « Cela va augmenter la production et chaque habitant n’aura plus de problème d’eau. Il y aura désormais des compteurs partout. Plus de 10 000 compteurs ont déjà été commandés, annonce Philippe Mbambi. Mais le problème qui restera, c’est comment éviter de gaspiller l’eau qui peut servir à d’autres ».

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