Bas-Congo:Dot non fixée par les députés : les jeunes s’impatientent

Bas-Congo:Dot non fixée par les députés : les jeunes s’impatientent

Vote à l'assemblée provinciale du Bas-Congo/Infobascongo

L’assemblée provinciale du Bas-Congo n’a toujours pas pris d’édit fixant le montant de la dot. Pourtant, le Code de la famille le lui enjoint. Conséquence : des jeunes continuent d’avoir du mal à assumer le montant parfois élevé de la dot.

En plus de cinq ans de mandature, aucun édit sur la dot n’a été pris par les députés provinciaux du Bas-Congo. Pourtant, cette question préoccupe de nombreux jeunes célibataires. « S’ils avaient pris cet édit, je me serais déjà marié », jure Paul Menga, un jeune de Matadi. Selon le Code de la famille, en son article 361 : « Le futur époux et sa famille doivent convenir avec les parents de la future épouse d’une remise de biens ou d’argent qui constituent la dot au bénéfice des parents de la fiancée. Le mariage ne peut être célébré que si la dot a été effectivement versée, au moins en partie. »

Or, au Bas-Congo, plusieurs jeunes n’arrivent pas à se marier à cause de la cherté de la dot. Celle-ci varie entre 2000 $ et 3000 $. « Sans emploi, où trouver une telle somme? », se demande Henri Masika. Trop cher ? Le Code de la famille, en son article 363, dispose que « la dot ne peut dépasser la valeur maximale  fixée par l’ordonnance du  président de la République, prise sur proposition des assemblées régionales ». « Valeur maximale » qui n’est pas fixée à ce jour.

Depuis 2008, Me Chérine Luzayisu, activiste des droits de l’homme, fait de cette loi son cheval de bataille. Elle passe dans les médias pour en parler. « La dot devient de plus en plus chère. Or, dans le temps, elle n’était que symbolique. Cette ordonnance publiera un montant équilibré en visant la coutume Ne kongo et mettra ainsi fin aux exagérations, pour permettre aux jeunes de jouir de ce droit civique », ne cesse-t-elle de tempêter (Ne Kongo : originaire du Bas-Congo, Ndlr). Pour pousser les députés à prendre un édit, elle leur a adressé une correspondance. L’assemblée provinciale s’est contentée d’«accuser bonne note de son contenu’’.

Pauvreté

Les parents qui marient leurs filles exigent une dot élevée pour plusieurs raisons. « Ce sont les conditions sociales qui nous y poussent. Moi qui marie ma fille, je dois recevoir ma belle-famille le jour du mariage coutumier, préparer de la nourriture qu’elle doit emporter, lui remettre un sac de foufou, une chèvre et un coq et recevoir d’autres invités, se justifie Nestor Mabiala. C’est trop. »

D’autres parents fixent la dot en fonction du niveau d’études de leur fille. « Je ne peux pas marier ma fille ingénieur comme toutes les autres. Je dois lui donner de la valeur car j’ai beaucoup dépensé pour ses études », justifie un parent. Une attitude qui déplaît à Me Bibianne Bakento : « Nous ne devons pas rendre la tâche difficile aux jeunes en fixant onéreusement la dot », explique-t-elle.

Au Bas-Congo, une fille qui n’est pas prise en mariage est sujette aux moqueries. Pour se marier absolument, certaines filles se battent bec et ongles pour que leur dot soit revue à la baisse. Marie Nsona, une habitante de Boma, en est un exemple. Sa dot était fixée à 2500$, elle a finalement « coûté » 1600$…

Insécurité pour la femme

D’autres filles, par contre, n’arrivent pas à convaincre leurs familles. Elles attendent longtemps un mariage qui n’arrive pas faute de moyens. Beaucoup préfèrent la cohabitation. T.D. en a fait les frais. « Après deux ans de vie commune, il m’a chassé, regrette-t-elle. J’avais accepté de tomber enceinte bêtement. » « Ce n’est pas prudent car, sans dot, la femme n’a aucune protection juridique, quel que soit le nombre d’années passées sous le toit de son présumé mari, avertit Chérine. La dot doit conserver son caractère symbolique. Ne profitons donc pas de l’indifférence de notre assemblée provinciale pour exagérer ».

Cependant, à l’assemblée, les députés soutiennent que la question sera bientôt au rendez-vous. « Nous tâcherons de convoquer une plénière sur la question après le congé parlementaire », apaise Philipe Muanda, rapporteur de l’assemblée provinciale.

Mais, en attendant cet édit, Jean-Pierre Ngimbi, un habitant chômeur qui s’est marié en novembre 2012, conclut : « Quand on veut, on peut. Il faut fournir des efforts pour payer sa dot en attendant la promulgation de cette ordonnance. »

Rosianne Nduli

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