Bas Congo : des « prophètes » brisent des familles

Bas Congo : des « prophètes » brisent des familles

Dans la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, les « prophéties » des Églises de Réveil, brisent de nombreuses familles, surtout les plus démunies. Pour expliquer leurs maux, des « hommes de Dieu » font porter à des innocents le malheur de leurs proches.

Une église de réveil à Kimpese/Infobascongo

Une église de réveil à Kimpese/Infobascongo

L’histoire se passe fin mai dernier à la cité de Lukala, à quelque 160 km de Matadi, chef-lieu du Bas-Congo. Isabelle Lusalakio cuisinait tranquillement chez elle quand son père et sa mère ont débarqué chez elle et lui ont demandé, toutes affaires cessantes, de quitter le toit conjugal. « Fais ta valise et rentre chez nous à Boma. L’homme avec lequel tu vis n’est pas celui que le Seigneur a choisi pour toi. Voilà pourquoi vous avez passé 10 ans ensemble sans jamais avoir d’enfant, nous a révélé Jacob Dumbi, le prophète de notre église », lui explique le père. Isabelle, obéissante , est partie sans même attendre le retour de son mari. Les deux familles vivent désormais à couteaux tirés.
Quelques mois auparavant, à Matadi, une femme a forcé son neveu à boire du sang de coq mélangé à du pétrole avant que son oncle le mette dans la rue. Ils l’accusaient d’être à l’origine du décès, deux semaines plus tôt, de leur fillette de 6 ans tombée foudroyée. La maman éplorée a ainsi réagi au retour d’un culte matinal où son « prophète » lui avait dit que le neveu était responsable de la mort de son enfant. Mise au courant du sort fait à son fils, la mère du neveu a débarqué chez son frère et s’en est prise violemment à sa belle-sœur allant jusqu’à lui casser un bras…

L’unité de la famille est brisée à jamais

Dans presque toutes les grandes villes, cités et agglomérations de la province du Bas-Congo, de telles histoires sont fréquentes. « Elles illustrent la croyance aveugle de la population en certains prophètes qu’elle prend pour de petits « dieux » alors que la plupart sont des charlatans dont les actes brisent des familles entières », se plaint Didier Mambueni, acteur de la société civile du Bas-Congo. Les uns monnayent leurs services et sont taxés de faux prophètes, d’autres les font gratuitement suivant, disent-ils la volonté divine. Ceux qui y croient sans doute y ont intérêt ou cela leur permet de rejeter sur d’autres leurs maux et leurs propres fautes.

Poussés par la pauvreté
C’est, la plupart du temps, l’extrême pauvreté qui pousse les gens à être très attentifs aux prophéties. « Ceux qui croient aux prophéties sont généralement des personnes issues de familles démunies, à la recherche du bonheur, d’emploi, du mari ou encore d’une fiancée », constate Gustave Ngoma, un habitant de Boma. Mais un agriculteur de Tshela en visite de famille à Matadi soutient, lui, avoir vu de grandes personnalités politiques et de hauts cadres d’entreprises de la province fréquenter un prophète très célèbre à Matadi.
Pour l’évêque Damien Lukoki, responsable provincial des Églises du réveil au Bas-Congo, « un prophète n’annonce pas que des choses fâcheuses ou destructrices mais, par inspiration divine, prédit aussi des événements futurs ». Précautionneux, le prophète Kavungu de l’Église de Jésus-Christ par l’Esprit de Vérité Bima (EJCEVB), bien que s’appuyant sur la Bible qui dit que « une Église sans prophétie est une Église morte », conseille à ses collègues d’autres Églises « d’éviter de citer dans leurs prophéties les noms des gens… » Ce n’est que de cette façon-là, dit-il, qu’ils pourront se mettre « à l’abri de toute poursuite judiciaire qui n’honore guère la profession des serviteurs de Dieu« . Un membre de la Coordination provinciale de la Société civile du Kongo-Central (Socikoc) qui préfère rester anonyme voudrait bien, en effet, voir ces charlatans déférés devant la justice car leurs prophéties causent des désastres au sein des familles.

Dieudonné Mwaka Dimbi

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