Matadi:les enseignants construisent leur hôpital

Matadi:les enseignants construisent leur hôpital

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Dans la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, les cotisations mensuelles des enseignants leur ont permis de construire leur propre centre de santé qui leur permet de mieux se faire soigner.

Des enseignants à Stone Palace à Mataddi/Infobascongo

Des enseignants à Stone Palace à Matadi/Infobascongo

Un enseignant d’une école primaire à Matadi, incapable de faire face aux ordonnances médicales de ses deux enfants malades, internés dans un hôpital privé en février dernier, les a perdus tous les deux en l’espace de deux semaines. Quatre mois auparavant, toujours au chef-lieu du Bas-Congo, un autre enseignant à l’Institut Tomisa Luzingu a assisté impuissant à la mort de son épouse manquant de quoi payer les poches de sang nécessaires à sa perfusion.

De drames analogues frappent souvent les familles des enseignants au Bas-Congo et ailleurs dans le pays. En cause : la précarité de leurs conditions sociales qui ne leur permet pas de supporter les coûts élevés des soins de santé. « Nous avions déjà vécu des cas similaires avec la mort soit d’une épouse, soit d’un fils d’enseignant… Tout cela c’est parce que nous sommes sous-payés et sans couverture médicale », regrette John Ngoma, Préfet des études à l’institut Mvuzi.

Véritable bouffée d’oxygène

Mais rien ne sera plus comme avant à Matadi grâce aux cotisations que les enseignants des écoles publiques ont versé depuis plus de dix ans comme l’explique Théophile Miafuna Bafuka, président de l’Association mutuelle des enseignants du Bas-Congo (AMEBAC). Et pour empêcher tout détournement possible, aucune sortie de fonds ne pouvait se faire sans la triple signature du président, du vice-président et du trésorier de l’association, avalisée par l’assemblée générale des membres. « Nous cotisions chaque mois à raison de 4 500 Fc (5 $) par enseignant pour construire notre propre centre de santé afin de garantir notre prise en charge médicale. Car, dans les autres hôpitaux où nous nous rendions souvent, le personnel ne s’occupait pas bien de nous », affirme le président de l’association qui compte à ce jour 2 500 membres.

Inauguré le 1er juillet, l’hôpital des enseignants, dont la construction  a coûté 82 000 $, a une capacité d’accueil de 40 lits. Tous les services de base d’une formation médicale y sont actifs, notamment la pédiatrie, la gynéco-obstétrique, la chirurgie, la médecine interne, l’échographie, la consultation prénatale… « Cette formation médicale qui est aussi ouverte au grand public applique une tarification accessible à toutes les bourses », précise Théophile Miafuna. Tous les enseignants des écoles publiques de Matadi en règle avec leurs cotisations ainsi que leurs membres de famille sont d’office des ayants-droits.   

Sous-directeur au Lycée Vuvu-Kieto dans la commune de Matadi, David Devolo ne cache pas son soulagement : « Ma fille y a subi récemment une intervention chirurgicale d’appendicite pour une modique somme de 50 $. Si je m’étais rendu dans d’autres centres de santé publics ou privés, je débourserais 150 $ à 250 $ ».  « Si notre association ne nous avait pas dotés de cet hôpital, on continuerait à compter davantage de morts parmi nous et nos familles », se réjouit Michel Mvondo, un vieux enseignant retraité, assis sur un banc dans la salle d’attente de l’hôpital.

 Des efforts encore à faire

En plus du centre médical, les enseignants disposent d’un service de pompes-funèbres qui leur permet d’assister leurs membres en cas de décès. Jean-Marc Nzeyidio Lukombo, maire de Matadi, salue « cette belle initiative » qui, selon lui, « est un acte de générosité exceptionnelle qui apporte à la ville une véritable bouffée d’oxygène ».

En dépit des efforts déjà consentis par cette association pour assurer le bon fonctionnement de ce centre, « beaucoup reste encore à faire », rappelle le président de l’AMEBAC qui invite les membres à continuer à verser leur cotisation mensuelle. « Nous devons acquérir les équipements médicaux nécessaires pour soigner convenablement nos membres et les autres habitants », dit-il. L’association sollicite par ailleurs l’implication des autorités provinciales pour régler certains problèmes « Si nous sommes aujourd’hui bloqués, rappelle le président, c’est entre autres parce que nous ne savons pas entrer en possession de nos fonds logés dans deux coopératives qui ont mis la clé sous la porte…Nous appelons les autorités à nous aider à rentrer dans nos droits ».

Dieudonné Muaka Dimbi

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de confidentialité, ainsi que les Conditions de service Google s’appliquent.