Inhumation de Suzanne Bueya, l’enseignante morte craie à la main à Boma : fortes émotions

Inhumation de Suzanne Bueya, l’enseignante morte craie à la main à Boma : fortes émotions

Honorée par les enseignants, élèves et autorités scolaires. C’est ce qu’il faut dire des funérailles de Suzane Bueya. Cette enseignante de l’EP Kiezila, à Boma est morte enseignant dans une salle de classe.

Il est 10heures lorsque la cloche du lycée Kiezila sonne. Salles de classe et directions scolaires ferment. Enseignantes, enseignants, élèves et chefs d’établissement, tous prennent une seule direction: le reposoir de l’hôpital général de référence de Boma. Sous une pluie fine, on pouvait déjà apercevoir le hangar de la morgue plein d’hommes, des femmes et de quelques bleu et blanc venus assistés aux obsèques de madame Suzanne Bueya Khonde enseignante à la deuxième direction de l’école primaire Kiezila (EP. Kiezila 2) décédée en plein exercice de son métier le 13 mars 2020 craie blanche à la main. Même dans les réseaux sociaux des hommages lui étaient rendus. ”Je voudrais rendre hommage à Maman Susanne Bueya, communément appelée “maîtresse Souza”. Elle m’a enseigné en 1985, en deuxième primaire, à l’école primaire Kiezila.
Une amie à ma mère, sa collègue enseignante, elle était devenue, avec le temps, plus qu’une enseignante pour moi : encadreure de l’église, au renouveau charismatique, soutien, conseillère et stratège politique. Germain, je n’ai pas besoin de ton argent, me disait-elle, lorsqu’on se retrouvait dans son salon, dans sa résidence du Camp onatra. Ma joie, poursuivait-elle, est que tu viennes chez moi me rendre visite. Je suis fière d’avoir formé un professeur d’université.
Je pleure aujourd’hui cette dame, décédée au champ de bataille, arme à la main. Ses nombreux souvenirs resteront à jamais gravés dans ma mémoire.
Qu’elle repose en paix auprès du Père qu’elle a servi fidèlement !
Sincères condoléances à toute sa famille!”, écrivait le professeur Germain Kuna Maba.

Fin de carrière sans merci

Au bout d’une demi-heure, la rosée est terminée. Le hangar se vide, des groupes des gens se forment çà et là en attendant la sortie du corps. Non loin du lieu on entend des élèves chanter sous le lead d’une enseignante. D’un air triste, mais encore un peu vibrant pour rendre hommage à celle qu’on appelait affectueusement madame Suzanne. ” Je dis adieu, ne vous en faites pas pour le départ de la maîtresse, tout passe dans la vie, nous vous souhaitons un grand au revoir car la séparation vient de Dieu!”, chantent en choeur ces élèves alors que de part et d’autres on pouvait déjà voir des enseignantes qui peinent à contenir leurs larmes. Dans la foulée des enseignantes pleurent …”Je manque la manière de te pleurer Bueya eeh “madame Suzanne”, Tu nous a quittés Suzanne”. A chacune des mots de souvenir, des paroles touchantes et révoltantes. Baby Paku, enseignant du secondaire est en larmes, lui aussi: ” Vraiment c’est triste de voir la fin d’une carrière sans merci. C’est comme ça en RDC, l’enseignant n’a pas de valeur. Aujourd’hui cette dame nous laisse mais comment l’Etat congolais va la récompenser , s’interroge-t-il. Seulement 6 mois, juste ça ! On va accorder à ses enfants de toucher le maigre salaire et puis c’est fini. Son numéro matricule sera attribué à une autre personne.”

D’autres enseignants inquiets

Le directeur de l’école était l’homme le plus attristé. On trouve un peu de réconfort auprès des inspecteurs chefs des pools et la sous proved de l’Enseignement primaire, secondaire et technique Boma. ”Nous sommes vraiment très inquiets pour nous qui restons parce que notre avenir est sans issue”, s’exprime pour sa part l’enseignante Ngoma. ”Que l’Etat nous vienne en aide! Que l’Etat pense à notre retraite”, ajoute Pascaline une autre enseignante de 70ans révolu.
Deux heures plus tard, le cercueil entre dans la morgue pour la mise en bière. A la sortie , quelques membres de famille dont les enfants de la défunte transportent le cercueil. Consternation, émotion et pleurs. Ce n’est qu’un au revoir maitresse!”, rendaient hommage les élèves.
S’en était suivi le temps du recueillement. Les autorités puis les enseignants pendant que les orphelins entouraient avec difficultés le cercueil à cause de l’afflux des gens. Tout le monde voulait se précipiter pour voir madame Suzanne mais désormais inerte dans un cercueil de haute facture. Honorée par ses enfants et la mutuelle des enseignants.
Empêchés d’accéder au hangar pour le recueillement les élèves de la défunte se sont refugiés plus loin en train de pleurer leur enseignante. Inconsolables, au moment de la levée du corps ces bleu et blanc ont vite couru vers le corbillard, qu’ils ont pris en otage. Hélas! il fallait conduire madame Bueya en sa dernière demeure. Kiphungu 2. C’est dans ce cimetière que Suzanne Khonde reposera. Chrétienne catholique, elle laisse sept orphelins.

Leave a Reply

Your email address will not be published.