Frontières, zones minières et grandes villes, lieux de prédilection de la traite des personnes en RDC

Frontières, zones minières et grandes villes, lieux de prédilection de la traite des personnes en RDC
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L’Agence pour la prévention et la lutte contre la traite des personnes(APLTP) a célébré le 30 juillet à Béatrice Hôtel à Kinshasa, la journée mondiale de lutte contre la traite des personnes en RDC. Si des progrès ont été enregistrés, beaucoup reste à faire dans la lutte contre la traite des personnes en RDC notamment dans des frontières, zones minières et grandes villes, lieux de prédilection de cette violation des droits humains.

“Exploitation des femmes et des filles comme esclaves sexuelles par des groupes armés, recrutement forcé des garçons et hommes comme combattants, espions ou porteurs de charges, mariage forcé des filles et des femmes dans les zones de conflits, utilisation des femmes et des enfants dans les mines artisanaux et carrières comme main d’œuvre gratuite, rapt des filles et des femmes pour exploitation sexuelle et domestique, vente d’organes, enlèvement des élèves aux alentours des écoles, mendicité forcée dans des grandes villes et agglomérations”, sont parmi les violations de droits humains les plus commises en RDC, indique l’APLTP qui s’appuie sur les rapports du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, des experts des différents ministères, de la Police et des FARDC.  

Ces abus sont répertoriés dans les provinces des Nord et Sud-Kivu, Ituri, Haut et Bas-Uele, Kasaï, Kasaï central, Kasaï oriental, Kwango, Kwuilu, Kongo central, Haut-Katanga, Lualaba et Tanganyika. La police évoque le démantèlement des réseaux bien organisés à Goma de recrutement des filles de 14 ans à 18 ans emmenées à Kinshasa pour une exploitation des travaux forcés de ménage, arrestation en janvier 2021 de deux garçons de 17 ans engagés pour recruter des jeunes de leur province et les emmener au Congo Brazzaville, interpellation de 27 expatriés libanais, jordaniens victimes d’exploitation des travaux forcés, à la frontière de Lufu au Kongo central, arrestation d’un fonctionnaire qui exploitait une fille de 17 ans à des travaux forcés et exploitation sexuelle, K.M, une fille de 15 ans, exploitée et violée pendant quatre jours dans la forêt. Elle a contracté le Sida. A Kenge, sept corps sans vie avaient été retrouvées dans la zone tampon entre l’Angola et la RDC avec des parties intimes et gorges coupées…“Située au coeur de l’Afrique, la RDC demeure un terrain de prédilection des trafiquants. Elle est un pays de départ, de transit ou de destination des victimes de la traite de personnes qui est un crime odieux et une violation grave des droits de l’homme”, déplore Cécile Meta coordinatrice de l’APLTP. Conséquence de cette traite: En 2005, la RDC est placée en zone rouge selon l’indice des pays où la traite des personnes bat son plein. 

Prendre la mesure du fléau

Depuis 2005, la RDC saisit l’ampleur du drame et le 7 mai 2019, soit près de 15 ans après ce classement, est née, l’Agence pour la prévention et la lutte contre la traite des personnes (APLTP). Grâce au financement du trésor public, l’accompagnement technique des partenaires dont les USA et l’Office des Nations unies contre le crime et la drogue, l’APLTP a pu réaliser des progrès. Depuis le 1er janvier 2020, la RDC est dotée d’un plan stratégique de 5 ans pour lutter contre la traite des personnes, grâce notamment à la coopération avec les USA, la Belgique, la France. Elle a soumis au gouvernement un projet de loi portant répression de la traite des personnes. Il y a documentation des cas, des trafiquants aux arrêts, formation du personnel, sensibilisation des différentes couches sociales notamment à Kinshasa. Un bond en avant dont se félicite l’APLTP car le pays est passé du rouge à orange en 2020. Mais beaucoup reste à faire. “Cette célébration est une occasion de sensibiliser la population et de l’informer des différentes formes et de la dangerosité de ce trafic d’humains”, souligne Cécile Meta.

Les victimes au cœur de la lutte

Pour la coordinatrice de l’APLTP, “il faut placer les victimes au centre de la campagne à mener et souligner l’importance de les écouter pour apprendre d’elles les modes et techniques opératoires des trafiquants, car les victimes sont des acteurs-clés dans cette lutte et jouent un rôle crucial dans la mise en œuvre des politiques de lutte efficaces”.

Il s’agit de tirer leçon de leur expérience et transformer leurs déclarations en actions en vue d’adapter les approches les plus efficaces centrées sur leur protection.

C’est aussi l’avis de Me Tonny Ntambu, le directeur de cabinet du ministre des Droits humains. “Il faut garder une écoute attentive à la voix des victimes, leur accorder une attention et considération particulières, conseille-t-il, car ceci est fondamentale pour l’établissement d’une société juste, pour une paix durable, d’un état de droits. Et, tout le monde se doit de contribuer à cet effort, car la force d’un fleuve provient des différentes rivières, petites et grandes qui l’alimenter.»

Relever des défis 

Pour davantage lutter contre le phénomène traite des personnes en RDC, l’APLTP, entend s’appuyer sur la parole des victimes mais s’est également fixé des défis. Il s’agit entre autres d’ici à juin 2022, “de mobiliser assez des recettes; faire un plaidoyer pour que le projet de loi sur la répression de la traite des personnes soit voté et promulgué pour que la justice vienne au secours des victimes et sanctionne les trafiquants pénalement et saisisse ou gèle leurs biens; construire au moins cinq centres d’hébergement pour victimes dans les zones les plus touchées; sensibiliser la population pour avoir d’elle des dénonciations et notifications des cas; lancer une ligne verte en faveur des victimes pour saisir l’agence; doter les points focaux dans les provinces d’outils pour la collecte des données afin d’alimenter la base de données de l’agence; former les enquêteurs qui sont les magistrats du parquet, des OPJ à compétence générale et/ou restreinte pour mieux traquer les trafiquants et démanteler leurs réseaux; renforcer les capacités des avocats et assistants sociaux pour venir en aide aux victimes sur les plans judiciaire, psychologique et médical…”

Célébrée sous le haut patronage du président de la République sous le thème “Victimes de la traite des personnes en RDC, priorité de notre combat”, la journée mondiale de lutte contre la traite des personnes a connu entre autres la présence de la représentante du président Félix Tshisekedi, la ministre de la formation professionnelle Antoinette Kipulu, qui a plaidé pour ”l’accélération de l’examen du projet de loi portant prévention et répression de la traite des personnes”. Il y avait aussi la représentante de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique.

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