Un diacre et un commissaire principal de la police présumés complices des bandits à Matadi

Un diacre et un commissaire principal de la police présumés complices des bandits à Matadi

S’il est connu que des hommes en uniforme font partie de ceux qui entretiennent l’insécurité au Kongo central, il est probable que  »des hommes de Dieu » soient aussi dans le coup. L’arrestation d’un diacre et d’un commissaire principal à Matadi, en dit long.

T-shirt bleu, pantalon jeans noir, visage d’ange, assis menotté au milieu des biens volés, Daddy est diacre dans une église de Matadi. L’homme a tout l’air d’un saint mais, loin des apparences, il est en fait la personne qui gardait des effets volés par des bandits et les revendait ensuite chez des tiers. Ce sont des vêtements, chaussures, valises, horloges, écrans plasma, lecteurs DVD, radios etc.  »C’est un diacre, il est beau, il prêche, il prie et impose des mains sur des gens, nos filles et soeurs lui font confiance, Il est pourtant le parrain des voleurs de la commune de Nzanza et c’est lui qui les oriente même où attaquer et voler », ironise le maire. Daddy, comme si de rien n’était, esquisse un sourire en écoutant les commentaires du maire. L’assistance sursaute alors.  »Faux pasteur, faux jeune », lui flaque-t-elle.

Victimes satisfaites

Dans l’assistance, les propriétaires des biens, victimes d’attaques et vols de la part des bandits , venus les récupérer. Un poste téléviseur pour Aristote Makitu habitant le camp Banana, dont la famille a subit une attaque la nuit du 07 au 08 décembre. « Cette nuit là mes parents et mes soeurs ont été terrorisés et menacés par une vingtaine des bandits armés de machettes qui se sont introduits dans la maison alors qu’une vingtaine était dehors, explique-t-il. Ils ont emporté des biens parmi lesquels la télé, des sacs pour écoliers, des téléphones, de l’argent. Agés, mes parents sont encore sous le choc. Les plus petits de mes frères, traumatisés, n’arrivent plus à fermer l’œil de la nuit. »
Mfumu Buala lui, de Nzanza toujours, récupère sa paire de souliers tout neufs. Vendeuse de beignets, Khonde accompagnée par son mari et sa fille, vient elle aussi de Nzanza. Victime d’attaque criminelle le 23 juillet, elle remercie le maire et la police et reprend son poste téléviseur tout comme Nsungu habitant Nouvelle avenue qui, télécommande en mains, s’empare de son écran plasma. Il dit lui aussi toute sa reconnaissance aux autorités urbaines.

Stratégies payantes

C’est dans la nuit du 07 au 08 décembre que Daddy a été arrêté au camp Banana dans la commune de Nzanza dans ce que l’on peut appelé « sa caverne d’Ali Baba ». Tous les biens exposés au commissariat urbain de la police étaient gardés et retrouvés chez lui, dans une maisonnée. C’est à la faveur d’une opération menée conjointement par la Mairie, la Police nationale et la Police militaire que le diacre a été débusqué, dénoncé par un autre bandit arrêté plus tôt cette nuit au domicile d’un Commissaire Principal.
« C’est la deuxième opération que nous avons menée à Nzanza après l’évasion de quelques 200 prisonniers du camp Molayi, explique Pathy Nzuzi. Et nous avons fait recours à la Police militaire car au sein de la Police nationale congolaise, se trouvent quelques brebis galeuses. »
Le maire présente alors le commissaire principal bien connu des Matadiens. Ce dernier bruyant interrompt à plusieurs fois Pathy Nzuzi qui s’adresse aux journalistes.

Dénoncer

A Matadi, la mairie a, en effet, depuis le second semestre 2020, mis en place un certain nombre des stratégies pour mettre hors d’état de nuire des bandits qui sèment terreur et désolation dans la ville. C’est notamment l’opération 100$ contre Kuluna qui a permis l’arrestation de Shina Rambo. La Mairie et la Police multilpient des stratégies pour combattre le phénomène, mais « seules, elles n’en arriveront pas à bout », reconnaissent-elles.
Lors de la récupération des biens volés et la présentation de Daddy et du commissaire principal, Pathy Nzuzi a rappelé que des voisins de Daddy ont affirmé avoir vu par plusieurs fois et tard la nuit des gens s’introduire chez Daddy avec des biens et des lampes torches pour éclairer à peine les lieux de peur d’être reconnus. « C’est pour dire que nos bourreaux vivent avec nous sans que nous ne le dénonçions. Agir ainsi, c’est alimenter l’insécurité », regrette le maire en s’adressant à ses administrés.
Il en appelle, lui et le commandant Police ville de Matadi, le commissaire supérieur principal Beaudouin Kilima, à la collaboration police-population pour dénoncer toute personne suspecte et surtout des bandits connus de tous.

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