Crimes en RDC: « Que ces auteurs ne se cachent pas derrière des immunités parlementaires  », plaide Albert-Fabrice Puela aux consultations populaires de Tshikapa

Crimes en RDC: « Que ces auteurs ne se cachent pas derrière des immunités parlementaires  », plaide Albert-Fabrice Puela aux consultations populaires de Tshikapa

A Tshikapa, au Kasaï, une des provinces victimes des crimes crapuleux, Albert-Fabrice Puela, le ministre des Droits humains congolais lance les consultations populaires prologue de la justice transitionnelle. Le Parlement devenu un endroit où des auteurs de ces atrocités s’y réfugient pour éviter des poursuites, il interpelle la chambre basse.

Tshikapa est la deuxième ville après Kalemie dans le Tanganyika à vivre les consultations populaires. Goma au Nord-Kivu et Matadi au Kongo central en sont aussi concernées. Depuis des décennies, plusieurs provinces sont le théâtre de graves violences (trois fosses communes ont été découvertes au Nord-Kivu en 2005). Celles de 1993 à 2003 ont fait objet du rapport mapping des Nations Unies. D’autres ont été commis après au Kongo central avec les Bundu dia Kongo, Équateur avec les Enyeles, Bandundu des suites du massacre de Yumbi etc.  »La RDC n’a pas encore pansé ses plaies depuis l’époque coloniale  », regrette le ministre des Droits humains. Pourtant en 2002, au dialogue intercongolais tenu à Sun city en Afrique du Sud, la justice transitionnelle avait été retenue en vue de trouver des solutions aux crimes perpétrés au Congo. Malheureusement, rien n’a été fait. En novembre 2020, le président de la République Félix Tshisekedi a sollicité de la Haute commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, un appui technique afin d’aider la RDC à amorcer le processus de la justice transitionnelle. « Elle commence par les consultations populaires, prélude à la mise en place d’une politique nationale de la justice transitionnelle qui ne doit pas vous être imposées par le pouvoir central. C’est lui qui vient à la base pour vous demander ce qui est nécessaire  », explique Me Yvette Mukendi, conseillère juridique à la présidence de la République. Prix nobel de la paix qui intervient depuis Genève espère que ces consultations « aboutiront à l’adoption d’une politique holistique de la justice transitionnelle  ».

Sanctionner les auteurs

Dans le Grand Kasai, l’assassinat du chef coutumier Kamuina Nsapu en septembre 2016 a engendré un cycle de violences exacerbées en 2017. Un jeune de 17 ans a même été forcé à avoir des relations sexuelles avec sa mère par des militaires congolais avant de les décapiter tous deux. L’ONU a répertorié au total 51 morts, 21 localités affectées par les conflits, 806 cases brûlées, des bâtiments détruits, près de 12 000 déplacés à Dibaya, des viols. Les communautés se sont aussi associées aux atrocités avec la milice Kamuina Sapu associée aux Lubas, Écurie Pembe aux Pendes et Bana Moura aux Tshokwes.

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Et, deux experts de l’ONU Zaida Catalan et Michael Sharp qui enquêtaient sur ces atrocités ont été tués en mars 2017 au Kasaï. Cependant, les auteurs et commanditaires des différences crimes dans cette partie du pays voire ailleurs sont libres. D’autres ont même obtenu un mandat du peuple. « Que ces auteurs ne se cachent pas derrière des immunités’ parlementaires  », plaide Puela au député national Simon – Pierre Lyanano, président de la commission permanente des Droits de l’homme à la chambre basse. « L’Assemblée nationale et tous les 500 élus du peuple qui la compose s’engagent résolument à soutenir la politique de la justice transitionnelle dans notre pays  », rassure le député. Dans cette politique, il y a notamment le mécanisme des sanctions contre les auteurs de ces crimes.  »Les Nations Unies ont toujours soutenues que la paix, la cohabitation pacifique et la réconciliation passent nécessairement par un processus de lutte contre l’impunité des toutes ces violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire  », prévient le responsable du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme(BNCDH) Kasaï.

25 000 habitants visés

Les organisations de la société civile du Kasai demande au gouvernement central et à ses partenaires de rendre disponible tous les moyens nécessaires pour garantir l’atteinte des objectifs escomptés, que les consultations soient menées dans tous les territoires du Kasai… C’est ce qui a été prévu. Des enquêteurs locaux vont interviewer 23 000 habitants et des focus groups de 2 000 personnes seront organisés.
Le ministre de Droits humains remercie le président de la RDC, le Premier ministre, le BNCDH, les USA et le Royaume de Belgique pour leur soutien à la justice transitionnelle en RDC. ‘‘La justice transitionnelle est indispensable non seulement à la promotion de la protection des droits de l’homme mais aussi et surtout à la mise en œuvre d’une justice qui soit véritablement au service des victimes afin de favoriser la paix et la sécurité au sein de communauté et de contribuer à la bonne gouvernance et au développement  », soutient Albert-Fabrice Puela. Il remémore aux Congolais une citation de Martin Luther King: « Nous devrons apprendre à vivre comme des frères pour ne pas vivre comme des idiots. »

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