Au lancement des consultations populaires au Kongo central , les frustrations désignées comme cause des massacres des adeptes de BDK

Au lancement des consultations populaires au Kongo central , les frustrations désignées comme cause des massacres des adeptes de BDK

La caravane des consultations populaires sur la justice transitionnelle arrive au Kongo central, province victimes des massacres des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK) mué en parti politique Bundu dia Mayala (BDM). A la cérémonie de lancement, des intervenants désignent les frustrations comme cause de ces tueries.

Me Cherine Luzaisu est présidente de l’Association des femmes juristes congolaises du Kongo central. Elle prête la voix à toutes les ONG des droits de l’homme du Kongo central. « Il y a eu des massacres des adeptes de Bundu dia kongo en 2007, plus proche de nous encore en avril 2020 avec le Bundu dia Mayala… Il est vrai que les victimes ont toujours exprimé leur soif de justice, elles veulent voir leur souffrance être reconnues mais est-ce suffisant pour arrêter ce cycle de violence ?  », se demande le consortium des ONG des droits de l’homme. Il pense « qu’il est important de mettre l’accent en toute franchise sur les causes qui seraient à la base des frustrations de ces compatriotes, tant que ces causes ne seront pas décelées et traitées, il sera difficile de mettre fin à ce cycle. »  » Le Kongo central a été secoué sérieusement par certaines frustrations tribalo-politico-religieuses et certaines injustices l’ayant propulsé dans un cycle malheureux de violations des droits de l’homme  », reconnait aussi, pour sa part, Nicole Bwatshia, directeur de cabinet adjoint du président de la République. Ces massacres ont été perpétrés à Matadi, Songololo, Luozi, Kimpese, Mbanza-Ngungu, Muanda, Sekebanza, Lemba…

Tant d’injustices

Sur les injustices, Me Cherine en veut pour preuve: Depuis que Mbuta Kasa Vubu a été démis de ses fonctions par un coup d’état en 1965, aucun fils du kongo central n’a été élevé aux fonctions de Premier ministre, aucun fils du kongo central n’a été président de l’Assemblée nationale ou président du Sénat et ce, malgré le poids économique de la province. « Que dire lorsqu’il y a des nominations au sein des entreprises du portefeuille ? Que ne constatons nous pas lorsqu’il y a des engagements dans des entreprises ou services publics de l’Etat ici en province ? La main d’œuvre des fils du terroir est sacrifié au profit d’autres personnes alors qu’il faut toujours un quota consistant pour  » les autochtones  » si nous devons le dire ainsi sans oublier les rétrocessions insignifiantes du péage sur la RN1, la liste est longue « , énumère-t-elle. Sa majesté Fumu Difima embouche la même trompette : »Ce peuple qui a donné le nom à ce pays, ce peuple martyrisé qui a affronté le colon, c’est encore ce peuple qui doit souffrir. Partout où le Kongo doit émerger, la République s’organise pour l’étouffer. A quoi ç’aura servi de donner une République si c’ est pour subir soi-même ? « 
Ces frustrations portées par les adeptes de BDK ont conduit à des actions réprimées fortement par les forces de défense et de sécurité nationale. A cela s’ajoute, les représailles des adeptes de ce mouvement en 2007 après l’élection du gouverneur et vice-gouverneur etc. « Nous devons aussi à la vérité, de reconnaître que le chef de l’Etat a commencé à nous rencontrer dans la mesure où pour la première fois, il y a un record des membres du gouvernement originaires du Kongo central :cinq. Depuis la création du ministère des Hydrocarbures alors que les hydrocarbures à ce jour ne sont exploités qu’au Kongo central, jamais un fils de cette province n’a eu à occuper ce ministère. Aujourd’hui avec le président de la République, au moins on a un digne fils de cette province qui dirige ce ministère  », défend Albert-Fabrice Puela, le ministre des Droits humains.

Pardon

Les consultations populaires qui démarrent au Kongo central, ont aussi déjà été lancées dans les provinces de Tanganyika, Kasaï et Nord-Kivu, des provinces qui ont aussi connu les affres de la guerre, des conflits interethniques… « Je réitère le soutien et l’appui des Nations Unies en général et du Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme en particulier dans la poursuite de l’objectif global de construction d’une paix durable basée sur les droits de l’homme pour une justice transitionnelle en RDC  », rassure Aboul Aziz, directeur de BNCDH.

Lire aussi:Crimes en RDC: « Que ces auteurs ne se cachent pas derrière des immunités parlementaires », plaide Albert-Fabrice Puela aux consultations populaires de Tshikapa

Le rapport mapping des Nations Unies de 2010 a répertorié beaucoup de ces exactions. « Ça suffit ! Essayons l’amour, adoptons la paix  », prescrit Nicole Bwatshia.
La paix passe aussi par la réconciliation. Tout ministre qu’il est, il n’a pas oublié les us kongo lorsque l’on doit s’adresser aux chefs coutumiers. Il dépose à même le sol de l’argent. Puis, comme il a fait pour les victimes de Tshisuku dans le Kasaï, à genoux , Puela demande pardon au nom de la République pour les exactions commises au Kongo central. Acte qui glace la salle de l’hôtel Ledya. Pendant ce temps, les yeux de Fumu Difima perlent de larmes. Le geste est très fort.

« Le pardon, oui, car dit-on que le pardon libère celui qui l’a demandé. Mais le pardon ne libère pas les victimes, c’est la réparation qui libère les victimes. Ce pardon est accepté par l’autorité coutumière. Ici, c’est le ministre qui demande mais la charge revient à vous. Il n’y aura pas de Congo sans les Bakongo. La volonté de ramener le mukongo dans sa vraie valeur n’y est pas encore. Vous êtes la Ndona, la personne la plus respectée chez les Bakongo . Madame la dircab, de grâce, que cela ne soit pas comme toujours  », plaide-t-il(Mukongo, originaire du Kongo centra, Ndlr).

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